Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 2/3. SPERBER Dan

Chapitre

Titre: Théorie de la communication
Durée: 00:07:19   [00:00:00 > 00:07:19]
Dan SPERBER aborde plus précisément au cours de cet entretien son travail avec Deirdre WILSON sur la théorie de la pertinence. Le chercheur indique que cette réflexion sur la communication s’inscrit dans son projet global de recherche sur la culture. En effet, cette dernière étant transmise, toute théorie de la culture se doit d’aborder de manière sérieuse la question de la communication. Un modèle classique en communication, allant d’Aristote jusqu’à la sémiotique moderne, indique qu’un émetteur encode un message à l’aide de signaux publics, et que le destinataire décode ce même message. Le même code doit donc être partagé par les deux interlocuteurs. Or, ce modèle d’encodage-décodage pose de nombreux problèmes, dont celui de la sous-détermination des énoncés. D’autres mécanismes semblent donc pouvoir permettre la communication. C’est à ceux-ci que s’intéresse la pragmatique linguistique, au sein de laquelle prend place la théorie de la pertinence.
Titre: La pragmatique de Paul Grice
Durée: 00:13:26   [00:07:19 > 00:20:45]
Le philosophe anglais Paul GRICE est le fondateur de la pragmatique anglaise. Ses conférences de 1967 à Harvard servent de point de référence à la constitution de la discipline. Les philosophes du langage ordinaire faisaient alors remarquer la polysémie des termes. Paul GRICE s’opposa à cette idée. Selon lui, le sens d’un terme ne change pas, c’est son interprétation qui varie selon le contexte. Il développa un ensemble d’idées expliquant comment l’implicite est construit, comment le sens d’un énoncé est enrichi au-delà de son codage au moyen d’inférences supposant un principe de coopération. C’est sur cette proposition que se constitua la discipline, et aussi le travail de Deirdre WILSON et Dan SPERBER. Ils s’en écartèrent cependant sur certains points, notamment les idées d’implicite et de coopération
Titre: La pertinence au niveau cognitif
Durée: 00:07:34   [00:20:45 > 00:28:19]
Dan SPERBER indique que le principe de coopération, supposé systématiquement par GRICE, s’explique par l’anticipation pour le récepteur d’un effet cognitif positif. Cela a mené les chercheurs à développer la notion de pertinence, notion floue chez GRICE. Parmi toutes les informations présentées par l’environnement et celles disponibles dans la mémoire, seules les plus pertinentes seront retenues. L’esprit humain effectue donc un arbitrage inconscient entre les efforts mentaux déployés et les gains cognitifs apportés par une information nouvelle. Ces deux critères permettent de définir la pertinence des informations. L’hypothèse est donc que la cognition humaine sélectionne les informations dans l’environnement et la mémoire les plus pertinentes.
Titre: Théorie de la pertinence et recherches sur la communication humaine
Durée: 00:14:06   [00:28:19 > 00:42:26]
L’acceptation de ce principe cognitif de pertinence a des répercussions directes sur la communication. Une propriété intrinsèque à la communication humaine est dès lors que tout énoncé véhicule une présomption de sa pertinence. Ce principe a été le point de départ d’un modèle inférentiel de la communication, s’opposant à un modèle dominant en termes de code. Selon le modèle inférentiel, le locuteur fournit au destinataire des données à partir desquelles le destinataire peut inférer le message transmis. Les énoncés de la langue ne sont donc pas des codages, mais des indices du vouloir-dire du locuteur. Le processus d’inférence est guidé par les critères de pertinence expliqués précédemment.
Titre: Spécificité de la communication humaine
Durée: 00:03:03   [00:42:26 > 00:45:29]
La théorie de la pertinence se caractérise donc par une analyse de l’acte de communication intentionnelle entre êtres humains. Contrairement à la communication animale, ce type spécifique cherche à la fois à véhiculer un contenu, mais aussi à comprendre le vouloir-dire du locuteur.
Titre: La force explicative de la théorie de la pertinence
Durée: 00:03:05   [00:45:29 > 00:48:35]
La force de théorie de la pertinence vient du fait qu’elle permet d’expliquer la communication humaine sans faire appel à d’autres mécanismes, ou d’autres ajouts conceptuels.
Titre: Théorie cognitive et sociale
Durée: 00:01:56   [00:48:35 > 00:50:31]
La théorie de la pertinence postule un mécanisme à la fois cognitif, mais aussi social. Elle tente d’articuler ces deux pans. Cette volonté se retrouve dans l’ensemble du travail de Dan SPERBER.
Titre: Travail expérimental #1: l'ironie
Durée: 00:10:41   [00:50:31 > 01:01:12]
Après avoir expliqué la théorie de la pertinence, Dan SPERBER envisage les recherches expérimentales dont elle a fait l’objet. La première d’entre-elles a été le traitement de l’ironie. En général, l’ironie est définie comme une inversion de sens, ce qui ne permet pas de comprendre pourquoi il existe une certaine asymétrie entre différents types d’ironie. Deirdre WILSON et Dan SPERBER soutenaient que dans l’ironie, l’énoncé est présenté comme l’écho de ce qu’a pu penser autrui, dans un contexte où cet écho est faux. L’ironie prend place au sein de la théorie de la pertinence en ce qu’elle n’est plus considérée comme un procédé linguistique particulier, mais comme un indice qui évoque dans certaines conditions au destinataire une opinion d’autrui qui se révèle être fausse dans la situation dans laquelle la conversation se déroule. L’interprétation ironique découle dès lors de la recherche de la pertinence, sous certaines conditions.
Titre: Travail expérimental #2: l'autisme
Durée: 00:02:15   [01:01:12 > 01:03:27]
Le deuxième test expérimental a été réalisé à propos de l’autisme. Dans le cadre de la théorie de la pertinence, l’autisme est considéré comme un déficit dans la capacité à attribuer des états mentaux à autrui. Cette approche domine aujourd’hui le champ de recherche en la matière.
Titre: Travail expérimental #3: raisonnement et compréhension
Durée: 00:20:32   [01:03:27 > 01:24:00]
Le troisième test expérimental, réalisé en équipe, a commencé avec ceux menés en psychologie du raisonnement. Le chercheur développe ici les conditions du travail collectif réalisé autour de ce sujet.
Titre: Travail expérimental #4: donner l'heure
Durée: 00:06:59   [01:24:00 > 01:30:59]
La quatrième recherche expérimentale a étudié le fait de donner l’heure, et la tendance à « arrondir » celle-ci. D’un point de vue de la théorie de la pertinence, la réponse arrondie est plus pertinente pour le destinataire que la réponse exacte.
Titre: La théorie de la pertinence: conclusion et conséquences
Durée: 00:03:34   [01:30:59 > 01:34:34]
En définitive, une bonne partie du travail expérimental de Dan SPERBER a concerné la théorie de la pertinence. Un champ de recherche en la matière a émergé, tenant compte de son versant plus cognitif que social. Un de ses apports est de montrer, à la différence de la théorie du code, qu’il n’est pas question dans la communication de réplication. Dans la conception de la théorie de pertinence, la communication est comprise comme une activité d’inférence de la part du récepteur.
Titre: Le versant social de la théorie de la pertinence
Durée: 00:03:48   [01:34:34 > 01:38:22]
De manière plus globale, cette théorie mène à repenser les objectifs mêmes de la communication, variant selon ses conditions sociales.
Titre: Théorie de la pertinence contre modèle de transmission culturelle
Durée: 00:08:11   [01:38:22 > 01:46:33]
Genre: Extrait d'entretien filmé
Dan SPERBER reprend en conclusion un des premiers points développés lors de cet entretien : toute théorie de la transmission culturelle s’appuie sur une théorie de la communication. L’anthropologie s’est appuyée sur le modèle de code, en considérant que la communication garantissait la transmission des contenus culturels. Dan SPERBER indique en revanche que les facteurs cognitifs et de communication sont indispensables pour comprendre le phénomène de transmission culturelle. La théorie de la pertinence, prenant en compte que tout acte de communication est l’objet de transformations de contenu, permet de problématiser de manière nouvelle cette question globale.

14 chapitres.
  • Dan SPERBER aborde plus précisément au cours de cet entretien son travail avec Deirdre WILSON sur la théorie de la pertinence. Le chercheur indique que cette réflexion sur la communication s’inscrit dans son projet global de recherche sur la culture. En effet, cette dernière étant transmise, toute théorie de la culture se doit d’aborder de manière sérieuse la question de la communication. Un modèle classique en communication, allant d’Aristote jusqu’à la sémiotique moderne, indique qu’un émetteur encode un message à l’aide de signaux publics, et que le destinataire décode ce même message. Le même code doit donc être partagé par les deux interlocuteurs. Or, ce modèle d’encodage-décodage pose de nombreux problèmes, dont celui de la sous-détermination des énoncés. D’autres mécanismes semblent donc pouvoir permettre la communication. C’est à ceux-ci que s’intéresse la pragmatique linguistique, au sein de laquelle prend place la théorie de la pertinence.
  • Le philosophe anglais Paul GRICE est le fondateur de la pragmatique anglaise. Ses conférences de 1967 à Harvard servent de point de référence à la constitution de la discipline. Les philosophes du langage ordinaire faisaient alors remarquer la polysémie des termes. Paul GRICE s’opposa à cette idée. Selon lui, le sens d’un terme ne change pas, c’est son interprétation qui varie selon le contexte. Il développa un ensemble d’idées expliquant comment l’implicite est construit, comment le sens d’un énoncé est enrichi au-delà de son codage au moyen d’inférences supposant un principe de coopération. C’est sur cette proposition que se constitua la discipline, et aussi le travail de Deirdre WILSON et Dan SPERBER. Ils s’en écartèrent cependant sur certains points, notamment les idées d’implicite et de coopération
  • Dan SPERBER indique que le principe de coopération, supposé systématiquement par GRICE, s’explique par l’anticipation pour le récepteur d’un effet cognitif positif. Cela a mené les chercheurs à développer la notion de pertinence, notion floue chez GRICE. Parmi toutes les informations présentées par l’environnement et celles disponibles dans la mémoire, seules les plus pertinentes seront retenues. L’esprit humain effectue donc un arbitrage inconscient entre les efforts mentaux déployés et les gains cognitifs apportés par une information nouvelle. Ces deux critères permettent de définir la pertinence des informations. L’hypothèse est donc que la cognition humaine sélectionne les informations dans l’environnement et la mémoire les plus pertinentes.
  • L’acceptation de ce principe cognitif de pertinence a des répercussions directes sur la communication. Une propriété intrinsèque à la communication humaine est dès lors que tout énoncé véhicule une présomption de sa pertinence. Ce principe a été le point de départ d’un modèle inférentiel de la communication, s’opposant à un modèle dominant en termes de code. Selon le modèle inférentiel, le locuteur fournit au destinataire des données à partir desquelles le destinataire peut inférer le message transmis. Les énoncés de la langue ne sont donc pas des codages, mais des indices du vouloir-dire du locuteur. Le processus d’inférence est guidé par les critères de pertinence expliqués précédemment.
  • Après avoir expliqué la théorie de la pertinence, Dan SPERBER envisage les recherches expérimentales dont elle a fait l’objet. La première d’entre-elles a été le traitement de l’ironie. En général, l’ironie est définie comme une inversion de sens, ce qui ne permet pas de comprendre pourquoi il existe une certaine asymétrie entre différents types d’ironie. Deirdre WILSON et Dan SPERBER soutenaient que dans l’ironie, l’énoncé est présenté comme l’écho de ce qu’a pu penser autrui, dans un contexte où cet écho est faux. L’ironie prend place au sein de la théorie de la pertinence en ce qu’elle n’est plus considérée comme un procédé linguistique particulier, mais comme un indice qui évoque dans certaines conditions au destinataire une opinion d’autrui qui se révèle être fausse dans la situation dans laquelle la conversation se déroule. L’interprétation ironique découle dès lors de la recherche de la pertinence, sous certaines conditions.
  • Le deuxième test expérimental a été réalisé à propos de l’autisme. Dans le cadre de la théorie de la pertinence, l’autisme est considéré comme un déficit dans la capacité à attribuer des états mentaux à autrui. Cette approche domine aujourd’hui le champ de recherche en la matière.
  • En définitive, une bonne partie du travail expérimental de Dan SPERBER a concerné la théorie de la pertinence. Un champ de recherche en la matière a émergé, tenant compte de son versant plus cognitif que social. Un de ses apports est de montrer, à la différence de la théorie du code, qu’il n’est pas question dans la communication de réplication. Dans la conception de la théorie de pertinence, la communication est comprise comme une activité d’inférence de la part du récepteur.
  • Extrait d'entretien filmé. Dan SPERBER reprend en conclusion un des premiers points développés lors de cet entretien : toute théorie de la transmission culturelle s’appuie sur une théorie de la communication. L’anthropologie s’est appuyée sur le modèle de code, en considérant que la communication garantissait la transmission des contenus culturels. Dan SPERBER indique en revanche que les facteurs cognitifs et de communication sont indispensables pour comprendre le phénomène de transmission culturelle. La théorie de la pertinence, prenant en compte que tout acte de communication est l’objet de transformations de contenu, permet de problématiser de manière nouvelle cette question globale.
Titre: Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 2/3
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Auteur(s): SPERBER Dan
Date de réalisation: 22/10/2002
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme 54 Boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Ce second entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER approfondit le pan de ses recherches concernant la théorie de la communication, qu'il a intégré à son projet plus global de réflexion sur les sciences sociales.
Dan SPERBER est un chercheur en sciences sociales et cognitives. Il est l’auteur de Le Structuralisme en anthropologie (Seuil 1968/1973), Le Symbolisme en général (Hermann 1974), Le Savoir des anthropologues (Hermann 1982), et La Contagion des Idées (Odile Jacob 1996). Dans ces trois livres, il a développé une conception naturaliste de la culture sous le nom d’épidémiologie des représentations. Dan SPERBER est aussi le co-auteur, avec Deirdre WILSON de l’Université de Londres de La Pertinence, Communication et Cognition (Minuit 1989 - Seconde Edition révisée en anglais : Relevance : Communication and Cognition Second Edition, Blackwell 1995). Ensemble, ils ont développé une conception cognitive de la communication sous le nom de Théorie de la pertinence. L’épidémiologie des représentations et la théorie de la pertinence ont l’une et l’autre suscité de nouvelles recherches et aussi des controverses. Au cours de ce second entretien, Dan SPERBER se centrera plus spécifiquement sur la théorie de la pertinence.
SPERBER Dan. « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 2/3 », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°215, 2002, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/215/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BILJETINA Charles, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © STOCKINGER Peter, professeur des universités, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© SPERBER Dan, chercheur en sciences sociales et cognitives, Institut Jean Nicod, Paris, France, 2002
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 2/3 »
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 2/3 ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 09c4c43c-048c-4fe3-803d-9861d494ce37
Id vidéo: 54622539-6a5d-43ba-ab5b-3fb78b4e4f05
Analyse du second entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER.