Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation de différents types de populations (chasseurs-cueilleurs contemporains, nomades, horticulteurs sur brûlis) . DESCOLA Philippe

Chapitre

Titre: Introduction
Durée: 00:23:05   [00:00:00 > 00:23:05]
Genre: Extrait d'un séminaire de recherche filmé
Philippe DESCOLA commence cette séance en envisagent plusieurs positions relatives au rapport entre nature et culture. Malgré les différences entre celles-ci, s’organisant sur un continuum allant du monisme naturaliste au monisme culturaliste, elles reposent toutes sur un présupposé identique : un monde universellement partagé par une ligne de fracture similaire entre nature et culture. Ce présupposé se repèrerait dans trois étapes de la construction anthropologique : la constitution de son objet, de ses méthodes, et du type de connaissance produit. Ainsi, différentes perspectives ont tenté de rendre compte des systèmes d’objectivation de la réalité dans plusieurs sociétés, en les considérant comme des variantes de notre propre schème de perception. Celles-ci ne semblent pas prendre en compte les représentations complexes que chacun entretient avec son environnement, qui n’autorisent pas une distinction tranchée entre savoirs pratiques et représentations symboliques. L’anthropologue préfère envisager une approche quelque peu différente. Loin de postuler une approche relativiste (qui présuppose toujours un fond universel), il propose un nouveau cadre analytique qui permettrait de traiter la distinction moderne entre nature et culture non plus comme un étalon permettant de juger des cultures différentes mais comme une expression de schèmes gouvernant l’objectivation du monde. Philippe DESCOLA indique que ce programme large est traité dans le cadre de son enseignement au Collège de France. Au sein de ce séminaire, il envisagera de manière plus restreinte la question de la non universalité de la nature et de la culture. L’examen de l’opposition entre sauvage et domestique serait un bon indicateur de la justesse des propositions plus générales du chercheur. Ainsi, il procèdera en plusieurs temps : il envisagera les conceptions de l’environnement en fonction de son degré d’anthropisation, puis la manière dont s’est formée cette opposition, et enfin certains scénarios de la néolithisation pour étudier certains préjugés implicites de la distinction entre sauvage et domestique.
Titre: Les chasseurs-cueilleurs contemporaines (Esquimaux, Pygmées, Aborigènes, etc.)
Durée: 00:24:07   [00:23:05 > 00:47:12]
L’anthropologue rappelle ici la question guidant ce séminaire : tout humain opère-t-il ou non des distinctions élémentaires dans son environnement selon que ce dernier porte ou non les marques de l’action humaine ? Cette distinction recoupe celle faite par les géographes comme Augustin BERQUE entre écoumène (lieux fréquentés régulièrement) et érème (lieux fréquentés plus rarement). Philippe DESCOLA tente de répondre à cette question en étudiant en premier lieu le cas des chasseurs-cueilleurs contemporains, qui peuvent, par analogie, nous renseigner dans une certaine mesure sur ceux d’avant la révolution néolithique. Il apparait que dans toutes les zones marginales, un même rapport au lieu prédomine : l’occupation de l’espace se déploie à travers un réseau d’itinéraires ponctués par des haltes, plutôt que d’irradier depuis un point fixe. L’environnement des chasseurs-cueilleurs est donc socialisé à tous les endroits. Des empreintes sont laissées dans ces lieux, qui revêtent des significations principalement individuelles, mais aussi parfois collectives. En définitive, pour ces peuples, l’opposition entre nature et culture n’a pas de sens, car l’ensemble du territoire parcouru est considéré comme une demeure, aménagé avec une très grande discrétion. Il ne peut donc être considéré comme espace sauvage.
Titre: Les nomades: l'exemple des Peuls Wodaabe du Niger et des Basseris du sud de l'Iran
Durée: 00:11:46   [00:47:12 > 00:58:59]
Genre: Extrait d'un séminaire de recherche filmé
Après avoir mis en question l’opposition entre sauvage et domestique chez les chasseurs-cueilleurs, Philippe DESCOLA se demande maintenant si un changement radical de perspective s’observe chez les nomades. Le chercheur y répond négativement, en s’appuyant plus précisément sur les travaux de Marguerite DUPIRE sur les Peuls Wodaabe nigériens, ainsi que ceux de Fredrik BARTH et de Jean-Pierre DIGARD sur les Basseri iraniens. De la même manière que pour les chasseurs cueilleurs, la mémoire du groupe se réalise à travers des traces laissées sur l’environnement. Cela brouille la frontière entre demeure et environnement extérieur.
Titre: Les horticulteurs sur brûlis: l'exemple des Achuar, indiens de haute Amazonie
Durée: 00:15:50   [00:58:59 > 01:14:49]
L’opposition entre sauvage et domestique chez les horticulteurs sur brûlis est examinée à travers l’exemple précis des Achuar, chez qui l’anthropologue est allé effectuer un terrain. Bien que l’organisation de ce peuple semble suivre un schéma classique demeure centrale opposée au sauvage en périphérie, un examen des discours et pratiques des Achuar rend caduque cette perception. Par exemple, leur classification des plantes et des animaux ne suit pas cette ligne de partage, mais plutôt la distinction entre esprit et humain.
Titre: La distinction des lieux chez les Achuar
Durée: 00:08:35   [01:14:49 > 01:23:24]
En ce qui concerne les lieux, la classification Achuar ne répond pas plus au fait qu’elle ait subi l’action de l’homme ou non. Les Achuar balisent en effet leur espace par une série de discontinuités très fines et à peine perceptibles, que l’anthropologue détaille.
Titre: Une anthropisation indirecte de l'écosystème forestier
Durée: 00:15:00   [01:23:24 > 01:38:24]
Le processus d’anthropisation de la forêt en Amazonie a été étudié par l’anthropologue américain William BALEE chez les Ka’apor du Brésil. Ce processus de façonnage non intentionnel et peu visible de l’écosystème forestier n’a pas contribué à rendre légitime l’idée que la forêt est aussi domestiquée que le jardin. Dans les hautes terres de la Nouvelle Guinée, l’opposition entre Mbo et RØmi semble pouvoir être rapprochée du couple domestique et sauvage. Malgré cette impression, la situation semble être la même que dans la plus grande partie de l’Amazonie. Les habitants du Mont Hagen ne se considèrent pas comme entourés d’un environnement naturel.
Titre: Kubo, Etolo et Siane
Durée: 00:06:23   [01:38:24 > 01:44:47]
Philippe DESCOLA cite enfin un article de l’anthropologue Peter DWYER, « The invention of nature », qui montre à travers une étude dans trois tribus de Haute Guinée (les Kubo, les Etolo et les Siane), que la discontinuité entre des portions de l’espace différemment investies par la pratique humaine n’implique pas que certains domaines soient perçus comme sauvages, même par ceux ayant le plus anthropisé leur environnement.

7 chapitres.
  • Extrait d'un séminaire de recherche filmé. Philippe DESCOLA commence cette séance en envisagent plusieurs positions relatives au rapport entre nature et culture. Malgré les différences entre celles-ci, s’organisant sur un continuum allant du monisme naturaliste au monisme culturaliste, elles reposent toutes sur un présupposé identique : un monde universellement partagé par une ligne de fracture similaire entre nature et culture. Ce présupposé se repèrerait dans trois étapes de la construction anthropologique : la constitution de son objet, de ses méthodes, et du type de connaissance produit. Ainsi, différentes perspectives ont tenté de rendre compte des systèmes d’objectivation de la réalité dans plusieurs sociétés, en les considérant comme des variantes de notre propre schème de perception. Celles-ci ne semblent pas prendre en compte les représentations complexes que chacun entretient avec son environnement, qui n’autorisent pas une distinction tranchée entre savoirs pratiques et représentations symboliques. L’anthropologue préfère envisager une approche quelque peu différente. Loin de postuler une approche relativiste (qui présuppose toujours un fond universel), il propose un nouveau cadre analytique qui permettrait de traiter la distinction moderne entre nature et culture non plus comme un étalon permettant de juger des cultures différentes mais comme une expression de schèmes gouvernant l’objectivation du monde. Philippe DESCOLA indique que ce programme large est traité dans le cadre de son enseignement au Collège de France. Au sein de ce séminaire, il envisagera de manière plus restreinte la question de la non universalité de la nature et de la culture. L’examen de l’opposition entre sauvage et domestique serait un bon indicateur de la justesse des propositions plus générales du chercheur. Ainsi, il procèdera en plusieurs temps : il envisagera les conceptions de l’environnement en fonction de son degré d’anthropisation, puis la manière dont s’est formée cette opposition, et enfin certains scénarios de la néolithisation pour étudier certains préjugés implicites de la distinction entre sauvage et domestique.
  • L’anthropologue rappelle ici la question guidant ce séminaire : tout humain opère-t-il ou non des distinctions élémentaires dans son environnement selon que ce dernier porte ou non les marques de l’action humaine ? Cette distinction recoupe celle faite par les géographes comme Augustin BERQUE entre écoumène (lieux fréquentés régulièrement) et érème (lieux fréquentés plus rarement). Philippe DESCOLA tente de répondre à cette question en étudiant en premier lieu le cas des chasseurs-cueilleurs contemporains, qui peuvent, par analogie, nous renseigner dans une certaine mesure sur ceux d’avant la révolution néolithique. Il apparait que dans toutes les zones marginales, un même rapport au lieu prédomine : l’occupation de l’espace se déploie à travers un réseau d’itinéraires ponctués par des haltes, plutôt que d’irradier depuis un point fixe. L’environnement des chasseurs-cueilleurs est donc socialisé à tous les endroits. Des empreintes sont laissées dans ces lieux, qui revêtent des significations principalement individuelles, mais aussi parfois collectives. En définitive, pour ces peuples, l’opposition entre nature et culture n’a pas de sens, car l’ensemble du territoire parcouru est considéré comme une demeure, aménagé avec une très grande discrétion. Il ne peut donc être considéré comme espace sauvage.
  • Extrait d'un séminaire de recherche filmé. Après avoir mis en question l’opposition entre sauvage et domestique chez les chasseurs-cueilleurs, Philippe DESCOLA se demande maintenant si un changement radical de perspective s’observe chez les nomades. Le chercheur y répond négativement, en s’appuyant plus précisément sur les travaux de Marguerite DUPIRE sur les Peuls Wodaabe nigériens, ainsi que ceux de Fredrik BARTH et de Jean-Pierre DIGARD sur les Basseri iraniens. De la même manière que pour les chasseurs cueilleurs, la mémoire du groupe se réalise à travers des traces laissées sur l’environnement. Cela brouille la frontière entre demeure et environnement extérieur.
  • L’opposition entre sauvage et domestique chez les horticulteurs sur brûlis est examinée à travers l’exemple précis des Achuar, chez qui l’anthropologue est allé effectuer un terrain. Bien que l’organisation de ce peuple semble suivre un schéma classique demeure centrale opposée au sauvage en périphérie, un examen des discours et pratiques des Achuar rend caduque cette perception. Par exemple, leur classification des plantes et des animaux ne suit pas cette ligne de partage, mais plutôt la distinction entre esprit et humain.
  • Le processus d’anthropisation de la forêt en Amazonie a été étudié par l’anthropologue américain William BALEE chez les Ka’apor du Brésil. Ce processus de façonnage non intentionnel et peu visible de l’écosystème forestier n’a pas contribué à rendre légitime l’idée que la forêt est aussi domestiquée que le jardin. Dans les hautes terres de la Nouvelle Guinée, l’opposition entre Mbo et RØmi semble pouvoir être rapprochée du couple domestique et sauvage. Malgré cette impression, la situation semble être la même que dans la plus grande partie de l’Amazonie. Les habitants du Mont Hagen ne se considèrent pas comme entourés d’un environnement naturel.
  • Philippe DESCOLA cite enfin un article de l’anthropologue Peter DWYER, « The invention of nature », qui montre à travers une étude dans trois tribus de Haute Guinée (les Kubo, les Etolo et les Siane), que la discontinuité entre des portions de l’espace différemment investies par la pratique humaine n’implique pas que certains domaines soient perçus comme sauvages, même par ceux ayant le plus anthropisé leur environnement.
Titre: Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation de différents types de populations (chasseurs-cueilleurs contemporains, nomades, horticulteurs sur brûlis)
Sous-titre: Le sauvage et le domestique – Séance du 27 novembre 2003
Auteur(s): DESCOLA Philippe
Date de réalisation: 27/11/2003
Lieu de réalisation: EHESS 105 boulevard Raspail 75006 Paris France Paris France
Genre: Séminaire de recherche filmé
Langue(s): Français
Cette première séance du séminaire « Le sauvage et le domestique », mené durant l’année 2003 à l’EHESS, est consacrée à l’étude des rapports à l’environnement et au degré d’anthropisation de différents types de populations. Ce séminaire vise, à travers l’examen systématique de l’opposition entre sauvage et domestique, à évaluer la justesse de ses propositions plus globales relatives à la remise en cause d’un universalisme de la ligne de fracture entre nature et culture.
Philippe DESCOLA est anthropologue. Après avoir suivi des études de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, il se forme à l’anthropologie à l’université Paris X Nanterre puis à la VIe section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, qui deviendra par la suite l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Après un terrain ethnographique mené de 1976 à 1979 en Amazonie, il soutient une thèse de doctorat sous la direction de Claude LEVI-STRAUSS. Devenu professeur à l’EHESS, il est élu en 2000 au Collège de France, où il occupe la chaire d’Anthropologie de la nature. Il dirige également le Laboratoire d’Anthropologie Sociale. Son travail interroge les rapports entre humains et non-humains dans une perspective anthropologique. Il a ainsi publié de nombreux ouvrages qui ont fait date, tels que La Nature domestique en 1986, Les Lances du crépuscule en 1993, ou encore Par-delà nature et culture en 2005. Au cours de cette première séance, Philippe DESCOLA étudiera les conceptions du rapport entre sauvage et domestique dans des sociétés relativement peu anthropisées. L’impossibilité de corréler le degré d’anthropisation des sociétés à leur perception du « sauvage » lui permettra donc de mettre à mal l’évidence d’une universalité de la ligne de clivage supposée universelle entre nature et culture.
DESCOLA Philippe. « Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation de différents types de populations (chasseurs-cueilleurs contemporains, nomades, horticulteurs sur brûlis) », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°183, 2003, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/183/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BONNEMAZOU Camille, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2003
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© DESCOLA Philippe, anthropologue, LAS (Collège De France/EHESS/CNRS), Paris, France, 2003
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation de différents types de populations (chasseurs-cueilleurs contemporains, nomades, horticulteurs sur brûlis , cultivateurs permanents) »
Sous-titre: Le sauvage et le domestique – Séance du 27 novembre 2003
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Rapport à l'environnement et degré d'anthropisation de différents types de populations (chasseurs-cueilleurs contemporains, nomades, horticulteurs sur brûlis) ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 0e308d9c-4c75-4d91-b10d-f28074298abf
Id vidéo: 61232db5-1a43-4767-86b5-d40d0643f917
Analyse de la vidéo d’une séance de séminaire de Philippe DESCOLA.