Histoire du livre et textualité électronique . CHARTIER Roger

Chapitre

Titre: L'ordre des livres
Durée: 00:09:09   [00:00:00 > 00:09:09]
Ce second entretien avec Roger CHARTIER se centre sur ses recherches consacrées à l’histoire du livre, aux cultures écrites, et à leurs mutations contemporaines. Dans un ouvrage publié en 1992 intitulé « L’ordre des livres », Roger CHARTIER a soutenu la thèse selon laquelle entre le XIVe et le XVIIIe siècle en Europe, une nouvelle définition du livre a vu le jour. Celle-ci associait un objet, un texte et un auteur. Il précise tout d’abord cette définition. Il replace tout d’abord cette émergence dans différentes durées, afin de mieux la comprendre. Il précise ainsi que le livre tel que nous le connaissons aujourd’hui est à la fois héritier dans sa forme du codex, dans sa technique de l’imprimerie de Gutenberg, et enfin dans sa conception d’une transformation allant vers une unité de l’objet matériel avec les textes d’un seul auteur. Enfin, la révolution numérique semble remettre en cause ces trois caractéristiques.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Bernard LAHIRE
Url: http://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1993_num_34_1_4226
Lahire Bernard. Chartier Roger, L'ordre des livres. Lecteurs, auteurs, bibliothèques en Europe entre XIVe et XVIIIe siècle. In: Revue française de sociologie, 1993, 34-1. Sur la scolarisation. pp. 135-137.
Titre: Une histoire des modes de lecture
Durée: 00:08:34   [00:09:09 > 00:17:44]
Il est ici demandé à Roger CHARTIER de préciser sa démarche visant à effectuer une histoire des modes de lecture. La première difficulté est que les possibilités d’appropriation des textes par les lecteurs sont multiples et difficiles à observer. La seconde tient au fait que les traces de lectures sont rares et différemment réparties socialement. L’enjeu principal est donc d’arriver à reconstruire des modèles partagés de lecture dans différents groupes sociaux mais aussi d’entrer de manière plus fine dans les singularités d’appropriation des textes par les lecteurs. Roger CHARTIER précise que l’histoire du livre et de la lecture s’est majoritairement et logiquement intéressée aux sources massives, plus faciles à traiter. Cependant, aucune de ces sources ne permet d’analyser les modes singuliers d’appropriation de lecture.
Titre: Les 'modèles partagés' par les communautés de lecteurs
Durée: 00:07:07   [00:17:44 > 00:24:52]
Roger CHARTIER explique dans ce passage ce que sont les modèles partagés de lecture. Il a tenté d’étudier à travers les répertoires et la matérialité des textes (genre, nombre de pages, taille, prix, etc.) ce que pouvaient être les attentes de lecture. Cette démarche a été menée par Carlo GINZBURG dans « Le fromage et les vers » : cet historien a ainsi essayé de reconstruire la manière dont un meunier du XVIe siècle s’appropriait les textes qu’il lisait. Roger CHARTIER précise la complexité des rapports entre textes et appropriations individuelles.
Titre: Une source de documentation historique : les procès d'inquisition
Durée: 00:06:18   [00:24:52 > 00:31:10]
Une source permettant de rentrer dans les modes de lecture des groupes populaires est celle des procès d’inquisition : lors de ceux-ci, des questions relatives aux lectures et aux interprétations étaient posées aux accusés. L’étude de ces sources a permis de mettre en lumière la complexité de la circulation des livres dans différents groupes sociaux. Roger CHARTIER en profite ici pour indiquer que la lecture d’un livre ne suppose pas nécessairement d’adhésion à son contenu : il existe des pratiques « à rebours » dont il faut tenir compte dans l’analyse.
Titre: De la généalogie textuelle
Durée: 00:04:51   [00:31:10 > 00:36:01]
Roger CHARTIER aborde ici les répertoires populaires. Contre l’idée d’un répertoire populaire immédiat et évident, Roger CHARTIER indique qu’une étude de la généalogie des textes permettrait de comprendre par quelles médiations certains livres se retrouvent, à un certain moment et dans un certain espace, proposés au plus grand nombre. Il s’agirait donc d’appliquer à des œuvres populaires des études philologiques plus majoritairement réservées aux œuvres considérées comme légitimes.
Titre: Le genre picaresque et le genre de la gueuserie - de la longévité des genres de la littérature populaire
Durée: 00:11:16   [00:36:01 > 00:47:17]
L’historien développe ici les différences entre les genres du picaresque et de la gueuserie. Ce dernier genre avait déjà fait l’objet d’une analyse lors de son précédent entretien accordé à l’ESCoM. Selon l’historien, il s’agit bien au sein du répertoire populaire de deux projets différents, répondant à des volontés différentes de la part des libraires, différemment reçus par le public dans la durée et ayant fait l’objet de nombreuses réappropriations. Roger CHARTIER illustre cette idée par l’exemple des livres de modèles de lettres au XVIIe siècle, réappropriés par les individus des milieux populaires.
Titre: Au sujet des représentations véhiculées par la bibliothèque bleue
Durée: 00:06:43   [00:47:17 > 00:54:01]
Roger CHARTIER s’inscrit contre l’interprétation selon laquelle ce répertoire littéraire populaire aurait contribué à redoubler la domination sociale dans l’ancien régime. Il existait selon lui une distance ironique entre les représentations des milieux populaires véhiculées par les producteurs lettrés et les appropriations réelles par le lectorat de milieux populaires. Soulignant les écarts existant entre production et réception des textes, il cite les analyses de Richard HOGGART et de Michel de CERTAU, qu’il développera lors du troisième entretien accordé à l’ESCoM.
Titre: Les répertoires populaires dans le XIXème et XXème siècles
Durée: 00:04:49   [00:54:01 > 00:58:50]
Vers 1860 s’opère une transformation de ces répertoires populaires, qui disparaissent au profit de nouvelles formes imprimées comme les romans feuilletons, les publications par livraison, etc. En ce qui concerne le XXe siècle, Roger CHARTIER souligne que la création du livre de poche et l’abaissement du prix de l’imprimé n’a pas eu pour effet principal d’élargir le lectorat mais plutôt de renforcer les possibilités de lecture déjà existantes. Il souligne la complexité de ces évolutions contemporaines. Les relais de la culture populaire ne semblent plus se situer du côté de l’écrit mais des médias audiovisuels. L’historien cite ici les analyses de Richard HOGGART à ce propos.
Titre: Le colportage
Durée: 00:13:01   [00:58:50 > 01:11:52]
Roger CHARTIER approfondit ici la question du colportage, ou vente par correspondance d’imprimés et aussi d’objets divers. Cette pratique commerciale a revêtu des modalités différentes selon les pays dans lesquels elle se déroulait. Après avoir développé quelques enjeux relatifs à ce fait, Roger CHARTIER explique que le colportage a été concurrencé à partir des années 1860 par la construction de réseaux ferroviaires et postaux. Il n’a pas pour autant disparu. Aux Etats-Unis, la figure du colporteur existe non plus pour vendre des livres, mais pour vendre des souscriptions à des livres qui seront envoyés par la poste. Il a donc été réadapté à un contexte en évolution.
Titre: Le colportage et la 'spécialisation en vente' de genres particuliers
Durée: 00:02:17   [01:11:52 > 01:14:09]
Cette technique du colportage se met en place au XIVe siècle face à la vente en librairie. Cette vente par colportage se caractérise par le vente de genres particuliers pouvant être qualifiés de populaires, mais aussi par la matérialité spécifique des ouvrages vendus.
Titre: 'Le livre en révolutions'
Durée: 00:09:01   [01:14:09 > 01:23:11]
Dans « Le livre en révolutions », Roger CHARTIER a discuté des transformations s’effectuant autour du texte, du texte et du lecteur, de la lecture, de la bibliothèque, et du numérique. L’historien précise cette réflexion. L’idée fondamentale est celle selon laquelle il est impossible de se contenter d’une seule relation entre auteur et lecteur lorsqu’il est question de culture écrite : il existe une multitude de médiations à prendre en compte dans l’analyse de la construction du texte. Par exemple, une réflexion sur l’auteur mène, à la suite de Michel FOUCAULT, à distinguer le fait qu’il existe des textes pouvant ou non être assignés à un nom propre, dans certains contextes historiques, sociaux, et juridiques. Cette « fonction-auteur » semble avoir émergé au sein d’un dispositif juridique plus large permettant de réprimer ou de censurer l’auteur connu d’un texte. Roger CHARTIER encourage enfin à étudier les résistances contemporaines à cette assignation d’un texte à un auteur.
Titre: « La mort de l’auteur » face à la textualité électronique
Durée: 00:03:41   [01:23:11 > 01:26:53]
« La mort de l’auteur » est un texte de Roland BARTHES indiquant le débordement des intentions de l’auteur et la prise de contrôle du texte par le lecteur. Roger CHARTIER met cette réflexion en lien avec la textualité électronique, qui « ouvre » le texte bien plus que ne le supposait Roland BARTHES : la mort de l’auteur et la souveraineté du lecteur seraient encore plus grandes.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Roland BARTHES
Url: http://www.seuil.com/livre-9782020189040.htm
BARTHES Roland, « La mort de l’auteur », in Le Bruissement de la langue. Essais critiques IV, Paris, Seuil, « Points Essais », 1993 [1984], 448p.
Titre: (Re)définition du livre dans le monde électronique - fragments textuels numériques et genre
Durée: 00:20:51   [01:26:53 > 01:47:44]
Roger CHARTIER approfondit ici la problématique de la redéfinition du livre dans le contexte contemporain marqué par le numérique. Comme indiqué au début de cet entretien, le numérique semble remettre en cause le livre dans sa forme, sa technique et sa conception. Il existe un effort de la part de l’édition électronique cherchant à fixer le texte et son identité, allant profondément à l’encontre des possibilités de la communication électronique. L’historien souligne cette tension extrêmement forte, qui est une mutation de l’ordre des discours. Dans le monde manuscrit, l’ordre des discours est lié à la matérialité des textes. En revanche, dans le monde électronique, il existe une continuité entre les textes qui étaient avant distingués. Roger CHARTIER envisage ensuite les liens entre fragments de textes numériques et catégories interprétatives héritées du texte matériel.
Titre: L'institution de la bibliothèque dans l'ère électronique - comment construire un 'espace public' électronique
Durée: 00:18:03   [01:47:44 > 02:05:48]
Roger CHARTIER aborde, après celles du lecteur et de la lecture, la question de la bibliothèque à l’ère électronique. La question de la fonction d’une bibliothèque se pose, au moment où les textes seraient de plus en plus facilement disponibles sous leur forme électronique. Contre l’idée généralement admise, Roger CHARTIER indique que plus la textualité électronique se développe, plus les bibliothèques sont nécessaires, et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, les textes manuscrits, imprimés et électroniques n’étant pas équivalents, la bibliothèque a donc pour fonction de conserver les discours dans leurs matérialités successives. En second lieu, la bibliothèque comme l’école ont pour fonction de rappeler aux générations accédant à la culture écrite par la médiation de l’écran que d’autres formes ont existé avant celles-ci. Par ailleurs, des hiérarchies d’autorité existent au sein de la culture écrite imprimée, gommée par la textualité électronique. Un effort pédagogique et d’apprentissage est donc aussi à réaliser dans ce contexte. Enfin, plus la lecture est isolée, plus la bibliothèque peut jouer la fonction de l’échange de parole, ou d’ « espace public », autour de la culture écrite. En définitive, les fonctions de conservation, d’apprentissage et de sociabilité semblent pouvoir être assurées par la bibliothèque à l’heure du numérique.

14 chapitres.
  • Ce second entretien avec Roger CHARTIER se centre sur ses recherches consacrées à l’histoire du livre, aux cultures écrites, et à leurs mutations contemporaines. Dans un ouvrage publié en 1992 intitulé « L’ordre des livres », Roger CHARTIER a soutenu la thèse selon laquelle entre le XIVe et le XVIIIe siècle en Europe, une nouvelle définition du livre a vu le jour. Celle-ci associait un objet, un texte et un auteur. Il précise tout d’abord cette définition. Il replace tout d’abord cette émergence dans différentes durées, afin de mieux la comprendre. Il précise ainsi que le livre tel que nous le connaissons aujourd’hui est à la fois héritier dans sa forme du codex, dans sa technique de l’imprimerie de Gutenberg, et enfin dans sa conception d’une transformation allant vers une unité de l’objet matériel avec les textes d’un seul auteur. Enfin, la révolution numérique semble remettre en cause ces trois caractéristiques.
  • Il est ici demandé à Roger CHARTIER de préciser sa démarche visant à effectuer une histoire des modes de lecture. La première difficulté est que les possibilités d’appropriation des textes par les lecteurs sont multiples et difficiles à observer. La seconde tient au fait que les traces de lectures sont rares et différemment réparties socialement. L’enjeu principal est donc d’arriver à reconstruire des modèles partagés de lecture dans différents groupes sociaux mais aussi d’entrer de manière plus fine dans les singularités d’appropriation des textes par les lecteurs. Roger CHARTIER précise que l’histoire du livre et de la lecture s’est majoritairement et logiquement intéressée aux sources massives, plus faciles à traiter. Cependant, aucune de ces sources ne permet d’analyser les modes singuliers d’appropriation de lecture.
  • Roger CHARTIER explique dans ce passage ce que sont les modèles partagés de lecture. Il a tenté d’étudier à travers les répertoires et la matérialité des textes (genre, nombre de pages, taille, prix, etc.) ce que pouvaient être les attentes de lecture. Cette démarche a été menée par Carlo GINZBURG dans « Le fromage et les vers » : cet historien a ainsi essayé de reconstruire la manière dont un meunier du XVIe siècle s’appropriait les textes qu’il lisait. Roger CHARTIER précise la complexité des rapports entre textes et appropriations individuelles.
  • Une source permettant de rentrer dans les modes de lecture des groupes populaires est celle des procès d’inquisition : lors de ceux-ci, des questions relatives aux lectures et aux interprétations étaient posées aux accusés. L’étude de ces sources a permis de mettre en lumière la complexité de la circulation des livres dans différents groupes sociaux. Roger CHARTIER en profite ici pour indiquer que la lecture d’un livre ne suppose pas nécessairement d’adhésion à son contenu : il existe des pratiques « à rebours » dont il faut tenir compte dans l’analyse.
  • Roger CHARTIER aborde ici les répertoires populaires. Contre l’idée d’un répertoire populaire immédiat et évident, Roger CHARTIER indique qu’une étude de la généalogie des textes permettrait de comprendre par quelles médiations certains livres se retrouvent, à un certain moment et dans un certain espace, proposés au plus grand nombre. Il s’agirait donc d’appliquer à des œuvres populaires des études philologiques plus majoritairement réservées aux œuvres considérées comme légitimes.
  • L’historien développe ici les différences entre les genres du picaresque et de la gueuserie. Ce dernier genre avait déjà fait l’objet d’une analyse lors de son précédent entretien accordé à l’ESCoM. Selon l’historien, il s’agit bien au sein du répertoire populaire de deux projets différents, répondant à des volontés différentes de la part des libraires, différemment reçus par le public dans la durée et ayant fait l’objet de nombreuses réappropriations. Roger CHARTIER illustre cette idée par l’exemple des livres de modèles de lettres au XVIIe siècle, réappropriés par les individus des milieux populaires.
  • Roger CHARTIER s’inscrit contre l’interprétation selon laquelle ce répertoire littéraire populaire aurait contribué à redoubler la domination sociale dans l’ancien régime. Il existait selon lui une distance ironique entre les représentations des milieux populaires véhiculées par les producteurs lettrés et les appropriations réelles par le lectorat de milieux populaires. Soulignant les écarts existant entre production et réception des textes, il cite les analyses de Richard HOGGART et de Michel de CERTAU, qu’il développera lors du troisième entretien accordé à l’ESCoM.
  • Vers 1860 s’opère une transformation de ces répertoires populaires, qui disparaissent au profit de nouvelles formes imprimées comme les romans feuilletons, les publications par livraison, etc. En ce qui concerne le XXe siècle, Roger CHARTIER souligne que la création du livre de poche et l’abaissement du prix de l’imprimé n’a pas eu pour effet principal d’élargir le lectorat mais plutôt de renforcer les possibilités de lecture déjà existantes. Il souligne la complexité de ces évolutions contemporaines. Les relais de la culture populaire ne semblent plus se situer du côté de l’écrit mais des médias audiovisuels. L’historien cite ici les analyses de Richard HOGGART à ce propos.
  • Roger CHARTIER approfondit ici la question du colportage, ou vente par correspondance d’imprimés et aussi d’objets divers. Cette pratique commerciale a revêtu des modalités différentes selon les pays dans lesquels elle se déroulait. Après avoir développé quelques enjeux relatifs à ce fait, Roger CHARTIER explique que le colportage a été concurrencé à partir des années 1860 par la construction de réseaux ferroviaires et postaux. Il n’a pas pour autant disparu. Aux Etats-Unis, la figure du colporteur existe non plus pour vendre des livres, mais pour vendre des souscriptions à des livres qui seront envoyés par la poste. Il a donc été réadapté à un contexte en évolution.
  • Dans « Le livre en révolutions », Roger CHARTIER a discuté des transformations s’effectuant autour du texte, du texte et du lecteur, de la lecture, de la bibliothèque, et du numérique. L’historien précise cette réflexion. L’idée fondamentale est celle selon laquelle il est impossible de se contenter d’une seule relation entre auteur et lecteur lorsqu’il est question de culture écrite : il existe une multitude de médiations à prendre en compte dans l’analyse de la construction du texte. Par exemple, une réflexion sur l’auteur mène, à la suite de Michel FOUCAULT, à distinguer le fait qu’il existe des textes pouvant ou non être assignés à un nom propre, dans certains contextes historiques, sociaux, et juridiques. Cette « fonction-auteur » semble avoir émergé au sein d’un dispositif juridique plus large permettant de réprimer ou de censurer l’auteur connu d’un texte. Roger CHARTIER encourage enfin à étudier les résistances contemporaines à cette assignation d’un texte à un auteur.
  • « La mort de l’auteur » est un texte de Roland BARTHES indiquant le débordement des intentions de l’auteur et la prise de contrôle du texte par le lecteur. Roger CHARTIER met cette réflexion en lien avec la textualité électronique, qui « ouvre » le texte bien plus que ne le supposait Roland BARTHES : la mort de l’auteur et la souveraineté du lecteur seraient encore plus grandes.
  • Roger CHARTIER approfondit ici la problématique de la redéfinition du livre dans le contexte contemporain marqué par le numérique. Comme indiqué au début de cet entretien, le numérique semble remettre en cause le livre dans sa forme, sa technique et sa conception. Il existe un effort de la part de l’édition électronique cherchant à fixer le texte et son identité, allant profondément à l’encontre des possibilités de la communication électronique. L’historien souligne cette tension extrêmement forte, qui est une mutation de l’ordre des discours. Dans le monde manuscrit, l’ordre des discours est lié à la matérialité des textes. En revanche, dans le monde électronique, il existe une continuité entre les textes qui étaient avant distingués. Roger CHARTIER envisage ensuite les liens entre fragments de textes numériques et catégories interprétatives héritées du texte matériel.
  • Roger CHARTIER aborde, après celles du lecteur et de la lecture, la question de la bibliothèque à l’ère électronique. La question de la fonction d’une bibliothèque se pose, au moment où les textes seraient de plus en plus facilement disponibles sous leur forme électronique. Contre l’idée généralement admise, Roger CHARTIER indique que plus la textualité électronique se développe, plus les bibliothèques sont nécessaires, et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, les textes manuscrits, imprimés et électroniques n’étant pas équivalents, la bibliothèque a donc pour fonction de conserver les discours dans leurs matérialités successives. En second lieu, la bibliothèque comme l’école ont pour fonction de rappeler aux générations accédant à la culture écrite par la médiation de l’écran que d’autres formes ont existé avant celles-ci. Par ailleurs, des hiérarchies d’autorité existent au sein de la culture écrite imprimée, gommée par la textualité électronique. Un effort pédagogique et d’apprentissage est donc aussi à réaliser dans ce contexte. Enfin, plus la lecture est isolée, plus la bibliothèque peut jouer la fonction de l’échange de parole, ou d’ « espace public », autour de la culture écrite. En définitive, les fonctions de conservation, d’apprentissage et de sociabilité semblent pouvoir être assurées par la bibliothèque à l’heure du numérique.
Titre: Histoire du livre et textualité électronique
Sous-titre: Entretien avec Roger CHARTIER
Auteur(s): CHARTIER Roger
Date de réalisation: 08/11/2002
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme 54 boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
L’historien Roger CHARTIER approfondit au cours de ce deuxième entretien ses recherches relatives à l’histoire du livre et à ses évolutions contemporaines, à l’heure du numérique.
Roger CHARTIER est historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et titulaire de la chaire « Ecrit et cultures dans l’Europe moderne ». Ses travaux sur l’histoire du livre, de l’édition et de la lecture ont apporté des contributions majeures pour la connaissance de ces objets et, de manière plus large, pour l’ensemble de la discipline et des sciences sociales. Outre ces activités académiques, il a notamment animé l’émission « Les lundis de l’histoire » sur France Culture jusqu’en 2014. Parmi ses publications majeures, on peut citer La Nouvelle Histoire publié en 1978, Figures de la gueuserie paru en 1982, les quatre tomes de l’Histoire de l’Edition Française, publiés entre 1982 et 1986, ou encore La Correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle en 1991. Au cours de cet entretien, Roger CHARTIER développe un ensemble de réflexions menées sur l’histoire du livre, comme la question des modes de lecture, les procès d’inquisitions, les genres populaires, le colportage, etc. Dans un deuxième temps, il analysera les grands enjeux du livre à l’heure du numérique : la redéfinition de l’auteur, la question des fragments textuels, les fonctions de la bibliothèque, etc.au XIXe siècle en 1991.
Sujet: Discipline/approche SHS
Topique: Histoire (Recherche en -)
Discipline(s), approche(s): Histoire culturelle
Discipline(s), approche(s): Histoire de la littérature
Discipline(s), approche(s): Histoire des cultures
Discipline(s), approche(s): Histoire des pratiques culturelles
Libellé: Histoire du livre et de la textualité électronique.
Mots-clés: Histoire; livre; électronique
Localisation spatiale du sujet: Europe de l'Ouest
Localisation temporelle du sujet: Epoque moderne
Les travaux de l'historien Roger CHARTIER sur l"histoire culturelle et littéraire se centrent principalement sur la période moderne.
Aspects rhétoriques et discursifs: Discussion ; Entretien ; Explication ; Exposé scientifique
Roger CHARTIER revient au cours de cet entretien sur ses recherches concernant, de manière large, l'histoire du livre et de la textualité électronique.
Au cours de cet entretien, Roger CHARTIER développe un ensemble de réflexions menées sur l’histoire du livre, comme la question des modes de lecture, les procès d’inquisitions, les genres populaires, le colportage, etc. Dans un deuxième temps, il analyse les grands enjeux du livre à l’heure du numérique : la redéfinition de l’auteur, la question des fragments textuels, les fonctions de la bibliothèque, etc
Sujet: Domaines et objets de recherche sur les cultures
Topique: Histoire des cultures
Approche, domaine: Histoire des pratiques culturelles
Mots-clés: Histoire; livre; numérique
Libellé: Histoire du livre
Localisation spatiale du sujet: Europe de l'Ouest
Localisation temporelle du sujet: Epoque moderne
Les travaux de l'historien Roger CHARTIER sur l"histoire culturelle et littéraire se centrent principalement sur la période moderne.
Aspects rhétoriques et discursifs: Discussion ; Entretien ; Explication ; Exposé scientifique
Les recherches de Roger CHARTIER concernent l'histoire culturelle et l'histoire littéraire à l'époque moderne.
Roger CHARTIER aborde ici l'histoire du livre et ses évolutions contemporaines face à la montée du numérique.
Sujet: La transmission culturelle
Topique: Transmission des cultures orales et écrites
Mots-clés: transmission; culture; oralité
Localisation spatiale du sujet: Europe de l'Ouest
Localisation temporelle du sujet: Epoque moderne
Aspects rhétoriques et discursifs: Dialogue ; Explication ; Exposé scientifique ; Hypothèse ; Interprétation
De manière globale, Roger CHARTIER a consacré un certain nombre de recherches à la question de la transmission des cultures orales et écrites en Europe à l'époque moderne. Il aborde ici ces questions par l'analyse des relations entre cultures manuscrites, imprimées et numériques à l'heure de la généralisation d'internet.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Entretien avec l’historien Roger CHARTIER destiné à toute personne s’intéressant à l'histoire du livre et à la textualité électronique.
CHARTIER Roger. « Histoire du livre et textualité électronique », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°77, 2002, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/77/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© CHALLULAU Hélène, réalisatrice, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © STOCKINGER Peter, professeur des universités, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© CHARTIER Roger, historien, Collège de France/EHESS, Paris, France, 2002
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
Titre: Analyse de la vidéo « Histoire du livre et textualité électronique »
Sous-titre: Entretien avec Roger CHARTIER
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Histoire du livre et textualité électronique ». (Portail ARC, 2016), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 170a5df8-e327-4bfa-a20f-c88e662b4cc6
Id vidéo: 4adb10b3-8498-4ba9-963b-028a41455ffb
Analyse du deuxième entretien avec l’historien Roger CHARTIER.