Homosexualité et homophobie en Afrique – Communications de l'après-midi. AWONDO Patrick, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, EKOTTO Frieda, DOZON Jean-Pierre, GALITZINE-LOUMPET Alexandra, GUEBOGUO Charles, MBAYE Aminata Cécile

Chapitre

Titre: Introduction par Remy BAZENGUISSA
Durée: 00:04:38   [00:00:00 > 00:04:38]
Langue(s): Français
Rémy BAZENGUISSA-GANGA est anthropologue et directeur d'étude à l'Institut des Mondes Africains, EHESS. Il précise que l'homosexualité en Afrique, si elle n'était pas nommée, existait lorsqu'elle a été construite comme une invention occidentale. Depuis les années 1990 se développe une véritable homophobie, qui culmine dans des scènes de mise à mort. Ce basculement pose un problème, débattu lors de cette journée d'étude.
Titre: Interpeller le silence : lire l'homosexualité et l'homophobie en Afrique Sub-Saharienne par Frieda EKOTTO
Durée: 00:28:26   [00:04:38 > 00:33:05]
Langue(s): Français
Frieda EKOTTO est professeur d'études afro-américaines et africaines et de littérature comparée à l'Université du Michigan Ann-Arbor. Selon elle, il est important de mettre en avant la sensualité des corps des femmes Noires, afin d'aborder le thème de la sexualité sous un angle nouveau, et libéré de ses connotations péjoratives. Elle expose aujourd'hui un travail d'analyse littéraire de la nouvelle « Jumping Monkey Hill » de l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, sur les femmes homosexuelles en Afrique Sub-Saharienne. Elle en vient ensuite à un état des lieux des travaux universitaires sur le thème de l'homosexualité en Afrique, qui mettent en évidence deux points saillants. Tout d'abord, des homosexuels vivent, et on toujours vécu en Afrique. En second lieu, leur existence doit être appréhendée à travers leurs structures socio-culturelles. Contre une idée répandue sur le continent, Frieda EKOTTO affirme que la diversité des sexualités africaines est un phénomène africain. La recherche actuelle, si elle est nécessaire, demeure insuffisante face à l'urgence constatée. Ainsi, l'homosexualité est criminalisée dans plusieurs pays d'Afrique Sub-Saharienne. Roger Jean-Claude Mbédé, homosexuel Camerounais, a ainsi été emprisonné durant trois ans, puis rejeté par sa famille, qui l'a laissé mourir. Ces exemples montrent le prix à payer pour briser le silence qui pèse sur l'homosexualité en Afrique Sub-Saharienne. Pour Frieda EKOTTO, l'écriture est un moyen de résistance.
Titre: Commentaires
Durée: 00:02:29   [00:33:05 > 00:35:34]
Langue(s): Français
Question 1 : Commentaire visant à rappeler que des femmes Africaines lesbiennes sont victimes de répressions sexuelles, et que des associations existent pour venir en aide à ces victimes.
Titre: De l’esthétique des réclamations socio-politiques vers l’esthétique du libre arbitre : l’homosexualité dans les productions filmiques en Afrique, le cas de Dakan par Charles GUEBOGUO ; texte lu
Durée: 00:30:09   [00:35:34 > 01:05:43]
Langue(s): Français
Charles GUEBOGUO est doctorant en littérature comparée à l'Université du Michigan Ann-Arbor. Ne pouvant être présent, son texte est lu par une collègue. Le but de cette présentation est d'analyser le passage d'une esthétique de la réclamation s'opérant depuis les années 1960 à un niveau macrosocial à une esthétique du libre-arbitre laissant place à la subjectivité, dans les productions cinématographiques du sud à travers un film brésilien (Do Começo ao Fim) et un guinéen (Dakan). L'hypothèse est que l'épuisement de la première esthétique a ouvert la voie à la deuxième. Une première partie analysera le contexte socio-historique de production de ces deux films, une seconde s'attachera à les décrire, puis une troisième les analysera de manière critique. I ) L'outil cinématographique a soutenu, suite à la littérature, différents projets de remise en cause de l'ordre établi dominant. Il a pu être utilisé par des militants de différents horizons. L'évolution du traitement du thème de la famine dans le cinéma brésilien sert ainsi d'exemple. En Afrique, les productions littéraires et cinématographiques ont joué le rôle, à l'époque des indépendances, de sites de mémoire, en réaction aux discours nationaux. Dans ces deux exemples, le passage d'une esthétique de revendication à une esthétique du libre-arbitre semble être favorisé par le fait de mettre en avant l'individu sujet et non plus objet. II) Dakan, film franco-guinéen de Mohamed Camara réalisé en 1997, retrace l'histoire amoureuse de deux camarades de classes guinéens. Cette relation inquiète leurs entourages et familles respectifs. Leur amour finit par triompher, au détriment de leurs relations sociales. Ils finissent par s'exiler pour vivre leur destin. Do Começo ao Fim (Jamais sans toi) est un film brésilien réalisé par Aluizio Abranches en 2009. La trame narrative pose la question de la relation intime entre deux demi-frères d'une famille bourgeoise au Brésil. III) Dans les deux films, la notion de libre-arbitre est posée dès la scène d'ouverture. Une interrogation sur la limite de ce libre-arbitre a aussi lieu : jusqu'à quel point l'individu peut-il choisir son destin ? Deux positions extrêmes, réprimée dans le cas guinéen et immodérée dans le cas brésilien, s'affrontent. Cependant, dans les deux cas, le désir amoureux finit par triompher, au prix d'un dépouillement de l'être. Cet idéal du dépouillement semble être la manœuvre à l'origine de l'esthétisation du libre-choix. L'attention est en tout cas portée sur l'acteur, et son désir. L'analyse porte ensuite sur une opposition entre une société phallocratique normative et prescriptive, et le développement du libre sujet. En conclusion, si le film brésilien peut être rattaché au mouvement queer, le film guinéen semble résister aux classifications. L'importance du thème du dépouillement par rapport à la norme et au pouvoir dominant est aussi rappelée.
Titre: Commentaires
Durée: 00:11:38   [01:05:43 > 01:17:22]
Langue(s): Français
Question 1 : Le réalisateur a Dakan a reçu de vives critiques suite à la sortie du film, notamment en raison de sa violence, non discutée lors de cet exposé. Elle semble problématique. Question 2 : Frieda EKOTTO et Charles GUEBOGUO ne semblent pas aboutir aux mêmes conclusions, la première insistant sur le silence, quand le deuxième préfère parler de dépouillement.
Titre: Société, famille et homosexualité au cœur des discours religieux et littéraires sénégalais par Aminata MBAYE
Durée: 00:29:40   [01:17:22 > 01:47:03]
Langue(s): Français
Aminata Cécile MBAYE est doctorante en sociologie à l'Université de Bayreuth. Au Sénégal, l'homosexualité est réprimée par la loi, depuis 1965. Depuis 2000 cependant, un renouveau du discours sur l'homosexualité s'opère, s'accompagnant d'un accroissement des actes homophobes. Il s'agit donc ici d'analyser la manière dont les discours littéraires et religieux s'emparent de la question homosexuelle. Comment cette dernière participe-t-elle d'une représentation de la société sénégalaise ? I) L'homosexualité et la crise dans le discours religieux. Aminata Cécile MBAYE commence par analyser la manière dont le champ religieux s'est historiquement emparé de la question homosexuelle. Elle explique que la crise économique qui touche le pays depuis les années 1980 a favorisé l'émergence de nouveaux discours religieux, prônant des repères moraux. De nouvelles formes de communications apparaissent alors : la question homosexuelle s'intègre dans une réflexion plus large sur les bonnes mœurs religieuses. 10 ans plus tard, l'homosexualité sera associée à un comportement déviant, dans le contexte de mondialisation et d'urbanisation. II) Analyse littéraire de « La folie et la mort ». La littérature rend également compte de cette évolution. Aminata Cécile MBAYE analyse ainsi l'ouvrage de Ken BUGUL « La folie et la mort ». Ses résultats principaux sont que le discours religieux semble subordonné à une entreprise de reformation des identités religieuses sociales, et sénégalaises. Ainsi, l'homosexualité permet de représenter une dénaturation des liens et pratiques religieuses dans un cadre de crise économique et politique. Si ces discours sont au départ portés par des groupes minoritaires, ils le sont progressivement par un pouvoir central. L'exemple de la littérature montre lui qu'il existe bien une interrogation sur les évolutions contemporaines de la société sénégalaises. Ainsi, l'œuvre analysée porte une réflexion originale sur un temps et un espace éclatés et multiples, dans lesquels de nouvelles représentations s'inventent.
Titre: Commentaires
Durée: 00:14:47   [01:47:03 > 02:01:50]
Langue(s): Français
Question 1 : Des radicalisations dans les discours ont eu lieu au Sénégal à la fin des années 2000. Comment cette violence s'est-elle introduite ? Question 2 : Un tel repli sur la tradition est-il propre au Sénégal, à l'Afrique, ou encore aux anciennes colonies ? Question 3 : Remarque de XXX sur les précautions à prendre sur les liens entre homosexualité, Occident et Afrique.
Titre: Le sexe et son double. Homosexualité, pouvoir et occulte au Cameroun par Patrick AWONDO
Durée: 00:29:43   [02:01:50 > 02:31:34]
Langue(s): Français
Patrick AWONDO est chercheur invité en sociologie et en anthropologie à l'Institut des Hautes Etudes du Développement de Genève. Avant de commencer son exposé, il précise que c'est bel et bien la politisation de l'homosexualité qui semble poser problème en Afrique. A partir des années 2000, l'homosexualité est devenue une question de morale publique. Cette politisation interne est à distinguer d'une de type « externe », en lien avec le VIH et les revendications internationales LGBTQI. Il part ainsi d'un fait spécifique pour analyser les liens qui sont faits entre homosexualité, pouvoir et occulte en Afrique centrale. Entre 2005 et 2006, des listes publiées par différents journaux dénonçaient l'homosexualité présumée de certains hommes politiques camerounais. L'idée que l'homosexualité serait le refuge de l'occulte et de cercles ésotériques est en effet répandue en Afrique centrale. Cette recherche semble intéressante en ce que la figure de l'homosexuel semble représenter un angle mort dans les recherches africaines. Par ailleurs, ce travail permet de dépasser l'argumentaire d'une Afrique précoloniale plus tolérante envers l'homosexualité. Ce discours ne semble en effet plus avoir aucun pouvoir explicatif dans l'Afrique contemporaine. I) Figures des hommes politiques dans la presse camerounaise. Un des points soulignés par Patrick AWONDO est l'association systématiquement faite entre sorcellerie et homosexualité dans les médias. D'où cela peut-il provenir ? II) Généalogie de ces figures homosexuelles et occultes à travers l'étude d'un rituel. Une piste de réponse est un débat qui a eu lieu entre anthropologues africanistes français autour d'un rituel féminin camerounais. Une société secrète féminine réalisait ces rituels, souvent sur demande des hommes, en temps de crise. Des descriptions évoquent des pratiques lesbiennes. Certains anthropologues y voyaient principalement une dimension symbolique, quand d'autres soutenaient qu'il s'agissait là d'une double sexualité. Ce débat permet de voir qu'il existait alors un discours sur l'homosexualité d'une part, et qu'une transmission problématique de cette mémoire a donc eu lieu, liée au mystique. C'est cette dernière qui va persister, sous la forme du double. III) Figures contemporaines de l'occulte. La figure du double est une figure classique de l'anthropologie. Dans certains groupes d'Afrique centrale, elle est considérée comme détentrice de pouvoir, permettant de changer de sexe. Cela éclaire donc sur la figure contemporaine de l'homosexuelle, liée imaginairement à l'occulte. C'est donc ce lien qu'il semble falloir interroger pour travailler sur la question de l'homophobie.
Titre: Discussion
Durée: 00:45:41   [02:31:34 > 03:17:15]
Langue(s): Français
Question 1 : Commentaire relatif à l'exposé de Patrick AWONDO, et plus particulièrement à la secte camerounaise du Rameau, ancrée dans les universités. Par ailleurs, il est précisé que le lien effectué entre occulte et homosexualité semble problématique. Question 2 : Il y aurait un intérêt à développer des études historiques et anthropologiques sur l'Afrique pour développer les connaissances à propos de ce territoire. Question 3 : Les politiques profitent-ils d'un mouvement général d'homophobie ou en seraient-ils à l'origine ? Question 4 : La question porte sur la diversité des personnes concernées par les listes : quels en sont les profils ? Question 5 : Question de méthodologie concernant les sources utilisées par Patrick AWONDO. Une autre partie de la question concerne la figure du double. Question 6 : Dans le roman analysé par Frieda EKOTTO, comment est-il possible de nommer l'homosexualité ? Diverses commentaires d'ordre général sont ensuite faits par Rémy BAGENGUISSA, en particulier le fait que toutes ces présentations abordent l'homosexualité dans des milieux fermés. Ne peut-on pas penser que c'est l'ouverture de l'homosexualité au monde social qui soit problématique ? Question 7 : Il semble important d'élargir la discussion à d'autres pays, comme par exemple l'Afrique du Sud, qui a beaucoup travaillé cette question. Question 8: Concernant la question des termes employés, il est précisé qu'en Occident, celui de lesbienne porte une position politique. Les revendications lesbiennes sont souvent différentes de celles des hommes. Question 9 : La question du langage est reprise. Par ailleurs, la notion de silence dont a parlé Frieda EKOTTO est interrogée.
Titre: Remerciements et mots de la fin
Durée: 00:02:28   [03:17:15 > 03:19:44]
Langue(s): Français
Jean-Pierre DOZON remercie les intervenants pour leur participation, avant de passer la parole à Alexandra GALITZINE-LOUMPET. Il est selon elle important de mélanger les subjectivités, et de considérer de nouveaux matériaux pour l'anthropologie, comme la littérature, le cinéma...

10 chapitres.
  • Rémy BAZENGUISSA-GANGA est anthropologue et directeur d'étude à l'Institut des Mondes Africains, EHESS. Il précise que l'homosexualité en Afrique, si elle n'était pas nommée, existait lorsqu'elle a été construite comme une invention occidentale. Depuis les années 1990 se développe une véritable homophobie, qui culmine dans des scènes de mise à mort. Ce basculement pose un problème, débattu lors de cette journée d'étude.
  • Frieda EKOTTO est professeur d'études afro-américaines et africaines et de littérature comparée à l'Université du Michigan Ann-Arbor. Selon elle, il est important de mettre en avant la sensualité des corps des femmes Noires, afin d'aborder le thème de la sexualité sous un angle nouveau, et libéré de ses connotations péjoratives. Elle expose aujourd'hui un travail d'analyse littéraire de la nouvelle « Jumping Monkey Hill » de l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, sur les femmes homosexuelles en Afrique Sub-Saharienne. Elle en vient ensuite à un état des lieux des travaux universitaires sur le thème de l'homosexualité en Afrique, qui mettent en évidence deux points saillants. Tout d'abord, des homosexuels vivent, et on toujours vécu en Afrique. En second lieu, leur existence doit être appréhendée à travers leurs structures socio-culturelles. Contre une idée répandue sur le continent, Frieda EKOTTO affirme que la diversité des sexualités africaines est un phénomène africain. La recherche actuelle, si elle est nécessaire, demeure insuffisante face à l'urgence constatée. Ainsi, l'homosexualité est criminalisée dans plusieurs pays d'Afrique Sub-Saharienne. Roger Jean-Claude Mbédé, homosexuel Camerounais, a ainsi été emprisonné durant trois ans, puis rejeté par sa famille, qui l'a laissé mourir. Ces exemples montrent le prix à payer pour briser le silence qui pèse sur l'homosexualité en Afrique Sub-Saharienne. Pour Frieda EKOTTO, l'écriture est un moyen de résistance.
  • Question 1 : Commentaire visant à rappeler que des femmes Africaines lesbiennes sont victimes de répressions sexuelles, et que des associations existent pour venir en aide à ces victimes.
  • Charles GUEBOGUO est doctorant en littérature comparée à l'Université du Michigan Ann-Arbor. Ne pouvant être présent, son texte est lu par une collègue. Le but de cette présentation est d'analyser le passage d'une esthétique de la réclamation s'opérant depuis les années 1960 à un niveau macrosocial à une esthétique du libre-arbitre laissant place à la subjectivité, dans les productions cinématographiques du sud à travers un film brésilien (Do Começo ao Fim) et un guinéen (Dakan). L'hypothèse est que l'épuisement de la première esthétique a ouvert la voie à la deuxième. Une première partie analysera le contexte socio-historique de production de ces deux films, une seconde s'attachera à les décrire, puis une troisième les analysera de manière critique. I ) L'outil cinématographique a soutenu, suite à la littérature, différents projets de remise en cause de l'ordre établi dominant. Il a pu être utilisé par des militants de différents horizons. L'évolution du traitement du thème de la famine dans le cinéma brésilien sert ainsi d'exemple. En Afrique, les productions littéraires et cinématographiques ont joué le rôle, à l'époque des indépendances, de sites de mémoire, en réaction aux discours nationaux. Dans ces deux exemples, le passage d'une esthétique de revendication à une esthétique du libre-arbitre semble être favorisé par le fait de mettre en avant l'individu sujet et non plus objet. II) Dakan, film franco-guinéen de Mohamed Camara réalisé en 1997, retrace l'histoire amoureuse de deux camarades de classes guinéens. Cette relation inquiète leurs entourages et familles respectifs. Leur amour finit par triompher, au détriment de leurs relations sociales. Ils finissent par s'exiler pour vivre leur destin. Do Começo ao Fim (Jamais sans toi) est un film brésilien réalisé par Aluizio Abranches en 2009. La trame narrative pose la question de la relation intime entre deux demi-frères d'une famille bourgeoise au Brésil. III) Dans les deux films, la notion de libre-arbitre est posée dès la scène d'ouverture. Une interrogation sur la limite de ce libre-arbitre a aussi lieu : jusqu'à quel point l'individu peut-il choisir son destin ? Deux positions extrêmes, réprimée dans le cas guinéen et immodérée dans le cas brésilien, s'affrontent. Cependant, dans les deux cas, le désir amoureux finit par triompher, au prix d'un dépouillement de l'être. Cet idéal du dépouillement semble être la manœuvre à l'origine de l'esthétisation du libre-choix. L'attention est en tout cas portée sur l'acteur, et son désir. L'analyse porte ensuite sur une opposition entre une société phallocratique normative et prescriptive, et le développement du libre sujet. En conclusion, si le film brésilien peut être rattaché au mouvement queer, le film guinéen semble résister aux classifications. L'importance du thème du dépouillement par rapport à la norme et au pouvoir dominant est aussi rappelée.
  • Question 1 : Le réalisateur a Dakan a reçu de vives critiques suite à la sortie du film, notamment en raison de sa violence, non discutée lors de cet exposé. Elle semble problématique. Question 2 : Frieda EKOTTO et Charles GUEBOGUO ne semblent pas aboutir aux mêmes conclusions, la première insistant sur le silence, quand le deuxième préfère parler de dépouillement.
  • Aminata Cécile MBAYE est doctorante en sociologie à l'Université de Bayreuth. Au Sénégal, l'homosexualité est réprimée par la loi, depuis 1965. Depuis 2000 cependant, un renouveau du discours sur l'homosexualité s'opère, s'accompagnant d'un accroissement des actes homophobes. Il s'agit donc ici d'analyser la manière dont les discours littéraires et religieux s'emparent de la question homosexuelle. Comment cette dernière participe-t-elle d'une représentation de la société sénégalaise ? I) L'homosexualité et la crise dans le discours religieux. Aminata Cécile MBAYE commence par analyser la manière dont le champ religieux s'est historiquement emparé de la question homosexuelle. Elle explique que la crise économique qui touche le pays depuis les années 1980 a favorisé l'émergence de nouveaux discours religieux, prônant des repères moraux. De nouvelles formes de communications apparaissent alors : la question homosexuelle s'intègre dans une réflexion plus large sur les bonnes mœurs religieuses. 10 ans plus tard, l'homosexualité sera associée à un comportement déviant, dans le contexte de mondialisation et d'urbanisation. II) Analyse littéraire de « La folie et la mort ». La littérature rend également compte de cette évolution. Aminata Cécile MBAYE analyse ainsi l'ouvrage de Ken BUGUL « La folie et la mort ». Ses résultats principaux sont que le discours religieux semble subordonné à une entreprise de reformation des identités religieuses sociales, et sénégalaises. Ainsi, l'homosexualité permet de représenter une dénaturation des liens et pratiques religieuses dans un cadre de crise économique et politique. Si ces discours sont au départ portés par des groupes minoritaires, ils le sont progressivement par un pouvoir central. L'exemple de la littérature montre lui qu'il existe bien une interrogation sur les évolutions contemporaines de la société sénégalaises. Ainsi, l'œuvre analysée porte une réflexion originale sur un temps et un espace éclatés et multiples, dans lesquels de nouvelles représentations s'inventent.
  • Question 1 : Des radicalisations dans les discours ont eu lieu au Sénégal à la fin des années 2000. Comment cette violence s'est-elle introduite ? Question 2 : Un tel repli sur la tradition est-il propre au Sénégal, à l'Afrique, ou encore aux anciennes colonies ? Question 3 : Remarque de XXX sur les précautions à prendre sur les liens entre homosexualité, Occident et Afrique.
  • Patrick AWONDO est chercheur invité en sociologie et en anthropologie à l'Institut des Hautes Etudes du Développement de Genève. Avant de commencer son exposé, il précise que c'est bel et bien la politisation de l'homosexualité qui semble poser problème en Afrique. A partir des années 2000, l'homosexualité est devenue une question de morale publique. Cette politisation interne est à distinguer d'une de type « externe », en lien avec le VIH et les revendications internationales LGBTQI. Il part ainsi d'un fait spécifique pour analyser les liens qui sont faits entre homosexualité, pouvoir et occulte en Afrique centrale. Entre 2005 et 2006, des listes publiées par différents journaux dénonçaient l'homosexualité présumée de certains hommes politiques camerounais. L'idée que l'homosexualité serait le refuge de l'occulte et de cercles ésotériques est en effet répandue en Afrique centrale. Cette recherche semble intéressante en ce que la figure de l'homosexuel semble représenter un angle mort dans les recherches africaines. Par ailleurs, ce travail permet de dépasser l'argumentaire d'une Afrique précoloniale plus tolérante envers l'homosexualité. Ce discours ne semble en effet plus avoir aucun pouvoir explicatif dans l'Afrique contemporaine. I) Figures des hommes politiques dans la presse camerounaise. Un des points soulignés par Patrick AWONDO est l'association systématiquement faite entre sorcellerie et homosexualité dans les médias. D'où cela peut-il provenir ? II) Généalogie de ces figures homosexuelles et occultes à travers l'étude d'un rituel. Une piste de réponse est un débat qui a eu lieu entre anthropologues africanistes français autour d'un rituel féminin camerounais. Une société secrète féminine réalisait ces rituels, souvent sur demande des hommes, en temps de crise. Des descriptions évoquent des pratiques lesbiennes. Certains anthropologues y voyaient principalement une dimension symbolique, quand d'autres soutenaient qu'il s'agissait là d'une double sexualité. Ce débat permet de voir qu'il existait alors un discours sur l'homosexualité d'une part, et qu'une transmission problématique de cette mémoire a donc eu lieu, liée au mystique. C'est cette dernière qui va persister, sous la forme du double. III) Figures contemporaines de l'occulte. La figure du double est une figure classique de l'anthropologie. Dans certains groupes d'Afrique centrale, elle est considérée comme détentrice de pouvoir, permettant de changer de sexe. Cela éclaire donc sur la figure contemporaine de l'homosexuelle, liée imaginairement à l'occulte. C'est donc ce lien qu'il semble falloir interroger pour travailler sur la question de l'homophobie.
  • Question 1 : Commentaire relatif à l'exposé de Patrick AWONDO, et plus particulièrement à la secte camerounaise du Rameau, ancrée dans les universités. Par ailleurs, il est précisé que le lien effectué entre occulte et homosexualité semble problématique. Question 2 : Il y aurait un intérêt à développer des études historiques et anthropologiques sur l'Afrique pour développer les connaissances à propos de ce territoire. Question 3 : Les politiques profitent-ils d'un mouvement général d'homophobie ou en seraient-ils à l'origine ? Question 4 : La question porte sur la diversité des personnes concernées par les listes : quels en sont les profils ? Question 5 : Question de méthodologie concernant les sources utilisées par Patrick AWONDO. Une autre partie de la question concerne la figure du double. Question 6 : Dans le roman analysé par Frieda EKOTTO, comment est-il possible de nommer l'homosexualité ? Diverses commentaires d'ordre général sont ensuite faits par Rémy BAGENGUISSA, en particulier le fait que toutes ces présentations abordent l'homosexualité dans des milieux fermés. Ne peut-on pas penser que c'est l'ouverture de l'homosexualité au monde social qui soit problématique ? Question 7 : Il semble important d'élargir la discussion à d'autres pays, comme par exemple l'Afrique du Sud, qui a beaucoup travaillé cette question. Question 8: Concernant la question des termes employés, il est précisé qu'en Occident, celui de lesbienne porte une position politique. Les revendications lesbiennes sont souvent différentes de celles des hommes. Question 9 : La question du langage est reprise. Par ailleurs, la notion de silence dont a parlé Frieda EKOTTO est interrogée.
  • Jean-Pierre DOZON remercie les intervenants pour leur participation, avant de passer la parole à Alexandra GALITZINE-LOUMPET. Il est selon elle important de mélanger les subjectivités, et de considérer de nouveaux matériaux pour l'anthropologie, comme la littérature, le cinéma...
Titre: Homosexualité et homophobie en Afrique – Communications de l'après-midi
Auteur(s): AWONDO Patrick, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, EKOTTO Frieda, DOZON Jean-Pierre, GALITZINE-LOUMPET Alexandra, GUEBOGUO Charles, MBAYE Aminata Cécile
Durée: 01:43:21
Date de réalisation: 30/04/2014
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme, 190 avenue de France, 75013 Paris, FRANCE
Genre: Colloque filmé
Langue(s): Français
La seconde et dernière partie de la journée d'étude dédiée à l'homosexualité et à l'homophobie en Afrique donne la parole à de jeunes sociologues, anthropologues et doctorants en littérature, qui complèteront les analyses effectuées durant la matinée. Ainsi, seront étudiés lors de cet après-midi les exemples de l'Afrique sub-saharienne, du Sénégal et du Cameroun ainsi que la manière dont est traitée l'homosexualité dans des films africains et brésiliens. La journée d'étude sera ensuite conclue par ue discussion permettant au public et aux intervenants d'interagir.
Sujet: Sujet
Topique: Analyse littéraire
Libellé: Homosexualité et homophobie en Afrique
Mots-clés: analyse littéraire, homosexualité, homophobie, Afrique
Localisation spatiale du sujet: Cameroun ; Sénégal
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C.
Type de discours consacré au sujet: Conversation ; Critique ; Débat ; Description ; Dialogue ; Discussion ; Explication ; Exposé spécialisé
Cette journée d'étude invite à étudier les thèmes de l'homosexualité et de l'homophobie en Afrique à travers une approche littéraire.
La seconde et dernière partie de la journée d'étude dédiée à l'homosexualité et à l'homophobie en Afrique donne la parole à de jeunes sociologues, anthropologues et doctorants en littérature, qui complèteront les analyses effectuées durant la matinée. Ainsi, seront étudiés lors de cet après-midi les exemples de l'Afrique sub-saharienne, du Sénégal et du Cameroun ainsi que la manière dont est traitée l'homosexualité dans des films africains et brésiliens.
Sujet: Sujet
Topique: Anthropologie culturelle
Libellé: Homosexualité et homophobie en Afrique
Mots-clés: anthropologie, homosexualité, homophobie, Afrique
Localisation spatiale du sujet: Cameroun ; Sénégal
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C.
Type de discours consacré au sujet: Conversation ; Critique ; Débat ; Description ; Dialogue ; Discussion ; Explication ; Exposé spécialisé
Cette journée d'étude envisage l'homosexualité et l'homophobie en Afrique d'un point de vue anthropologique.
La seconde et dernière partie de la journée d'étude dédiée à l'homosexualité et à l'homophobie en Afrique donne la parole à de jeunes sociologues, anthropologues et doctorants en littérature, qui complèteront les analyses effectuées durant la matinée. Ainsi, seront étudiés lors de cet après-midi les exemples de l'Afrique sub-saharienne, du Sénégal et du Cameroun ainsi que la manière dont est traitée l'homosexualité dans des films africains et brésiliens.
Nom: AWONDO
Prénom: Patrick
Rôle: Intervenants avec communication
Fonction: Chercheur, Institut des Hautes Etudes du Développement, Genève
Adresse: Genève, SUISSE
Patrick AWONDO est chercheur invité en sociologie et anthropologie, Institut des Hautes Etudes du Développement, Genève, SUISSE.
Nom: EKOTTO
Prénom: Frieda
Rôle: Intervenants avec communication
Appartenance: Ergonyme (nom propre)
Fonction: Professeur d'études afro-américaines et africaines et de littérature comparée, University of Michigan Ann-Arbor, ETATS-UNIS
Adresse: Ann-Arbor, ETATS-UNIS
Frieda EKOTTO est professeur d'études afro-américaines et africaines et de littérature comparée, University of Michigan, Ann-Arbor, ETATS-UNIS.
Nom: GALITZINE
Prénom: Dimitri
Rôle: Réalisateurs d'oeuvres audiovisuelles
Appartenance: Ergonyme (nom propre)
Fonction: Réalisateur
Adresse: Paris, FRANCE
Dimitri GALITZINE est réalisateur indépendant, Paris, FRANCE.
Nom: GALITZINE-LOUMPET
Prénom: Alexandra
Rôle: Responsables
Appartenance: FMSH - Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, France
Fonction: Anthropologue, responsable du programme Afrique, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris
Adresse: Paris, FRANCE
Alexandra GALITZINE-LOUMPET est anthropologue, responsable du programme Afrique, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, FRANCE.
Nom: GUEBOGUO
Prénom: Charles
Rôle: Intervenants avec communication
Fonction: Doctorant en littérature comparée, University of Michigan, Ann-Arbor, ETATS-UNIS
Adresse: Ann-Arbor, ETATS-UNIS
© GUEBOGUO, Charles, doctorant en littérature comparée, University of Michigan, Ann-Arbor, ETATS-UNIS.
Nom: MBAYE
Prénom: Aminata Cécile
Rôle: Intervenants avec communication
Fonction: Doctorante en sociologie, Université de Bayreuth
Adresse: Bayreuth, ALLEMAGNE
Aminata Cécile MBAYE est doctorante en sociologie, Université de Bayreuth, ALLEMAGNE.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Colloque en sciences sociales destiné à des recherches sur l'homosexualité et l'homophobie en Afrique.
AWONDO Patrick, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, EKOTTO Frieda, DOZON Jean-Pierre, GALITZINE-LOUMPET Alexandra, GUEBOGUO Charles, MBAYE Aminata Cécile. «Homosexualité et homophobie en Afrique - Communications de l'après-midi», Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°2284, 2014, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/2284
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, FRANCE
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© AH-HEE-AYAN, Kévin, réalisateur, ESCoM-AAR, FMSH, Paris, FRANCE © GALITZINE, Dimitri, réalisateur indépendant, Paris, FRANCE © DE PABLO, Elisabeth, responsable éditorial, ESCoM-AAR, FMSH, Paris, FRANCE
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© AWONDO, Patrick, chercheur invité en sociologie et anthropologie, Institut des Hautes Etudes du Développement, Genève, SUISSE, 2014 © BAZENGUISSA-GANGA, Rémy, anthropologue, directeur d'études, EHESS, Institut des Mondes Africains, Paris, FRANCE, 2014 © EKOTTO, Frieda, professeur d'études afro-américaines et africaines et de littérature comparée, University of Michigan, Ann-Arbor, ETATS-UNIS, 2014 © DOZON, Jean-Pierre, directeur scientifique, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, FRANCE, 2014 © GALITZINE-LOUMPET, Alexandra, anthropologue, responsable du programme Afrique, FMSH, Paris, FRANCE, 2014 © GUEBOGUO, Charles, doctorant en littérature comparée, University of Michigan, Ann-Arbor, ETATS-UNIS, 2014 © MBAYE, Aminata Cécile, doctorante en sociologie, Université de Bayreuth, ALLEMAGNE, 2014
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo «Homosexualité et homophobie en Afrique – Communications de l'après-midi»
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo «Homosexualité et homophobie en Afrique - Communications de l'après-midi» (Portail AGORA, 2014): http://www.agora.msh-paris.fr/
Id analyse: 1ebb44b7-28f7-46f7-b6e9-91e17da0a9cc
Id vidéo: 1f820f27-01ea-4008-9665-48c103626800