L’analyse des langues amérindiennes : problèmes et hypothèses. DESVEAUX Emmanuel, DE FORNEL Michel

Chapitre

Titre: Introduction
Durée: 00:07:22   [00:00:00 > 00:07:22]
Emmanuel DESVEAUX indique que le problème auquel cette séance s’intéressera est celui de l’analyse des langues amérindiennes. En premier lieu, l’état de la question sera abordé avec notamment la « schizophrénie » de l’école américaine, qui revendique une cohérence entre cultures et langues alors que ces deux volets ne semblent pas correspondre. Dans un deuxième temps, l’approche de LEVI-STRAUSS et sa « défragmentation » des aires culturelles américaines sera envisagée. Dans un troisième temps, en poussant cette approche à son comble, l’hypothèse selon laquelle les langues seraient transformationnelles sera posée, en rupture avec les approches dominantes en la matière.
Titre: L’approche génétique
Durée: 00:07:26   [00:07:22 > 00:14:48]
Dans l’approche génétique, qui cherche à comparer les langues en créant diverses familles et arbres génétiques, la transformation n’existe que de manière très restreinte, à travers la correspondance entre différents systèmes phonétiques. Cependant, cette approche se heurte au fait que si elle est développée au niveau des langues indo-européennes, elle n’a pas le recul historique nécessaire pour les langues américaines. Des telles méthodes ont toutefois été développées pour certaines familles, algonquines par exemple. Dans cette approche, il s’agit d’identifier un noyau « génétique » central et de traiter l’écart que des langues de la même famille entretiennent par rapport à ce centre.
Titre: L’approche typologique et les alliances de langues
Durée: 00:07:01   [00:14:48 > 00:21:49]
L’approche génétique se confrontant à des limites, on a développé une hypothèse concurrente, dite d’alliances de langues. Ces dernières auraient des ressemblances malgré le fait qu’elles ne soient pas génétiquement apparentes. Cela a été développé en Europe, mais aussi pour les langues amérindiennes. L’analyse se fait alors principalement en termes de comptabilité entre structures de langues. Dans le domaine des langues amérindiennes, les deux démarches précédemment décrites sont donc celles qui sont le plus fréquemment utilisées. En somme, l’hypothèse transformationnelle n’a que peu de place dans l’analyse des langues amérindiennes.
Titre: La méthode d’Edward Sapir
Durée: 00:04:33   [00:21:49 > 00:26:23]
Enfin, une autre démarche a été adoptée dans le domaine de la linguistique amérindienne. Elle est représentée par Edward SAPIR. S’engageant dans le programme génétique, il se rend compte que les outils de la grammaire comparée ne sont pas suffisants. Il développe alors une hypothèse de rapprochement entre les langues sur la base de leur structure interne, sémantiquement fondée. Si elle reste enfermée dans le paradigme génétique, elle présente certains intérêts pour l’hypothèse transformationnelle.
Titre: L’importance du sémantisme
Durée: 00:01:45   [00:26:23 > 00:28:08]
Emmanuel DESVEAUX, en s’appuyant sur LEVI-STRAUSS, montre que c’est généralement le sémantisme qui guide les transformations.
Titre: Présentation de l’hypothèse générale : l’algonquin et le sioux
Durée: 00:02:34   [00:28:08 > 00:30:43]
Cette séance s’intéressera à deux aires : l’aire algonquine et l’aire sioux. Les langues présentes dans ces aires ont l’intérêt de ne pas se conformer aux hypothèses génétiques et typologiques, ce qui sera l’occasion de contribuer à une progression de la connaissance en la matière.
Titre: Marquage par la tête et polysynthétisme dans les langues amérindiennes
Durée: 00:08:20   [00:30:43 > 00:39:03]
D’un point de vue linguistique, deux grandes caractéristiques sont à retenir pour l’étude des langues amérindiennes. Il s’agit du marquage par la tête (le verbe) ou du marquage par le dépendant (le nom). L’essentiel des langues amérindiennes, dont l’algonquin et le sioux, organisent le marquage par la tête, lié au fait qu’elles soient polysynthétiques. Il existe cependant deux exceptions, sur la côte nord-ouest et en Californie.
Titre: Répartition géographique des langues algonquines et sioux
Durée: 00:07:56   [00:39:03 > 00:46:59]
Lors de cette partie, Emmanuel DESVEAUX présente brièvement la répartition géographique des langues algonquines et sioux en Amérique du nord. Il précise que toutes deux sont en contact.
Titre: L’algonquin : polarité animé-inanimé et système direct-inverse
Durée: 00:09:54   [00:46:59 > 00:56:54]
Michel DE FORNEL indique ici les spécificités de l’algonquin, permettant de comprendre pourquoi il a intéressé les linguistes. Le premier point notable est que l’algonquin est une famille de langues qui organise le verbe et les noms autour d’une série d’oppositions entre animé et inanimé. Cette distinction organise la structure grammaticale de l’algonquin. A ce système est associée une organisation « directe-inverse » des relations grammaticales.
Titre: L’algonquin : hiérarchie pronominale
Durée: 00:03:49   [00:56:54 > 01:00:43]
La seconde caractéristique est que lorsqu’un « je » et un « tu » sont présents dans la même phrase, le « tu » l’emporte toujours. Il y a donc une hiérarchie pronominale dans cette famille de langue.
Titre: L’algonquin : obviation
Durée: 00:01:39   [01:00:43 > 01:02:22]
Le troisième phénomène constaté est qu’il y a une hiérarchie des troisièmes personnes. Ce système est appelé « obviation ».
Titre: L’algonquin : approche systématique de la langue
Durée: 00:07:11   [01:02:22 > 01:09:33]
Comment est-il possible d’expliquer la présence de ces trois phénomènes dans cette même famille de langues ? Ce lien n’est en effet jamais considéré comme un système. Un autre problème est qu’il n’y a pas d’autre cas de hiérarchie pronominale privilégiant le « tu ».
Titre: Le sioux : polarité actif-statif
Durée: 00:09:37   [01:09:33 > 01:19:11]
Michel DE FORNEL expose ensuite le cas de la famille de langues sioux. La première caractéristique fondamentale est que les verbes s’organisent autour de la polarité actif-statif. Le linguiste développe une analyse de cette polarité.
Titre: Le sioux : passages entre constructions accusatives et ergatives
Durée: 00:05:26   [01:19:11 > 01:24:38]
Le linguiste explicite ensuite le passage entre constructions accusatives et ergatives, qui s’organise autour de la transitivité. Le sioux opère un partage au sein-même de la classe transitive, ce qui pose un problème pour classer cette langue.
Titre: Le sioux : problèmes d’agentivité
Durée: 00:08:07   [01:24:38 > 01:32:45]
Un deuxième problème majeur concerne la caractérisation de ce partage entre verbe actif et verbe statif. Des difficultés existent dans cet effort. Le critère de l’agentivité (relatif à la notion de contrôle) ne semble en effet pas résoudre ce problème.
Titre: Le sioux : extension des paradigmes
Durée: 00:07:26   [01:32:45 > 01:40:11]
En conclusion, Michel DE FORNEL propose une extension des paradigmes permettant de résoudre les problèmes posés par le sioux. L’explication avancée est qu’il existe pour les sioux une classe de verbes d’action liés à l’hexis corporelle et non pas au contrôle. Tout le reste serait mis du côté du passif. L’explication relative à l’algonquin est repoussée à la prochaine séance de séminaire, en raison de manque de temps.

16 chapitres.
  • Emmanuel DESVEAUX indique que le problème auquel cette séance s’intéressera est celui de l’analyse des langues amérindiennes. En premier lieu, l’état de la question sera abordé avec notamment la « schizophrénie » de l’école américaine, qui revendique une cohérence entre cultures et langues alors que ces deux volets ne semblent pas correspondre. Dans un deuxième temps, l’approche de LEVI-STRAUSS et sa « défragmentation » des aires culturelles américaines sera envisagée. Dans un troisième temps, en poussant cette approche à son comble, l’hypothèse selon laquelle les langues seraient transformationnelles sera posée, en rupture avec les approches dominantes en la matière.
  • Dans l’approche génétique, qui cherche à comparer les langues en créant diverses familles et arbres génétiques, la transformation n’existe que de manière très restreinte, à travers la correspondance entre différents systèmes phonétiques. Cependant, cette approche se heurte au fait que si elle est développée au niveau des langues indo-européennes, elle n’a pas le recul historique nécessaire pour les langues américaines. Des telles méthodes ont toutefois été développées pour certaines familles, algonquines par exemple. Dans cette approche, il s’agit d’identifier un noyau « génétique » central et de traiter l’écart que des langues de la même famille entretiennent par rapport à ce centre.
  • L’approche génétique se confrontant à des limites, on a développé une hypothèse concurrente, dite d’alliances de langues. Ces dernières auraient des ressemblances malgré le fait qu’elles ne soient pas génétiquement apparentes. Cela a été développé en Europe, mais aussi pour les langues amérindiennes. L’analyse se fait alors principalement en termes de comptabilité entre structures de langues. Dans le domaine des langues amérindiennes, les deux démarches précédemment décrites sont donc celles qui sont le plus fréquemment utilisées. En somme, l’hypothèse transformationnelle n’a que peu de place dans l’analyse des langues amérindiennes.
  • Enfin, une autre démarche a été adoptée dans le domaine de la linguistique amérindienne. Elle est représentée par Edward SAPIR. S’engageant dans le programme génétique, il se rend compte que les outils de la grammaire comparée ne sont pas suffisants. Il développe alors une hypothèse de rapprochement entre les langues sur la base de leur structure interne, sémantiquement fondée. Si elle reste enfermée dans le paradigme génétique, elle présente certains intérêts pour l’hypothèse transformationnelle.
  • D’un point de vue linguistique, deux grandes caractéristiques sont à retenir pour l’étude des langues amérindiennes. Il s’agit du marquage par la tête (le verbe) ou du marquage par le dépendant (le nom). L’essentiel des langues amérindiennes, dont l’algonquin et le sioux, organisent le marquage par la tête, lié au fait qu’elles soient polysynthétiques. Il existe cependant deux exceptions, sur la côte nord-ouest et en Californie.
  • Michel DE FORNEL indique ici les spécificités de l’algonquin, permettant de comprendre pourquoi il a intéressé les linguistes. Le premier point notable est que l’algonquin est une famille de langues qui organise le verbe et les noms autour d’une série d’oppositions entre animé et inanimé. Cette distinction organise la structure grammaticale de l’algonquin. A ce système est associée une organisation « directe-inverse » des relations grammaticales.
  • En conclusion, Michel DE FORNEL propose une extension des paradigmes permettant de résoudre les problèmes posés par le sioux. L’explication avancée est qu’il existe pour les sioux une classe de verbes d’action liés à l’hexis corporelle et non pas au contrôle. Tout le reste serait mis du côté du passif. L’explication relative à l’algonquin est repoussée à la prochaine séance de séminaire, en raison de manque de temps.
Titre: L’analyse des langues amérindiennes : problèmes et hypothèses
Sous-titre: Le relativisme linguistique – Langues, cultures et arts : l’approche transformationnelle II – Séance du 14 avril 2005
Auteur(s): DESVEAUX Emmanuel, DE FORNEL Michel
Date de réalisation: 14/04/2005
Lieu de réalisation: Maison des Sciences de l'Homme 54, Boulevard Raspail 75006 Paris FRANCE
Genre: Séminaire de recherche filmé
Langue(s): Français
Cette séance de séminaire est consacrée à l’analyse des langues amérindiennes, dans le cadre d’une interrogation plus globale sur le relativisme linguistique menée au cours d’un séminaire de recherche à l’EHESS.
Emmanuel DESVEAUX est anthropologue et directeur d'études à l'EHESS, directeur du projet pour la recherche et l'enseignement au Musée du Quai Branly et directeur de l'UMS 1834 destinée à produire des dispositifs multimédia d'accompagnement à la muséographie. Il a effectué de nombreuses études sur le terrain, en Côte d'Ivoire, dans le Grand Nord canadien et au Montana, chez les Crow, les Blackfeet et les Assiniboines. Michel DE FORNEL est sociolinguiste et linguiste, ainsi que directeur d’études à l’EHESS. Il a, avec Emmanuel DESVEAUX, créé en 2009 le LIAS (Linguistique, Anthropologie, Sociolinguistique), centre de recherche de l’EHESS faisant partie de l’Institut Marcel Mauss. Les deux chercheurs confronteront ici cas des familles de langues sioux et algonquines aux analyses génétiques et typologiques, permettant de sortir de ces paradigmes dominants et de proposer un début d'explication en termes transformationnels.
Sujet: Discipline/approche SHS
Topique: Anthropologie
Discipline(s), approche(s): Linguistique
Discipline(s), approche(s): Sociolinguistique
Libellé: Langues amérindiennes et approche transformationnelle
Mots-clés: langues amérindiennes; approche transformationnelle
Localisation spatiale du sujet: Etats-Unis d'Amérique
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C. ; XXe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Description ; Explication ; Exposé scientifique ; Hypothèse ; Interrogation ; Proposition
Le séminaire dirigé par Emmanuel DESVEAUX et Michel DE FORNEL vise à réexaminer le rapport entre les données de l’anthropologie et celles de la linguistique sur le terrain nord-américain, à travers une approche transformationnelle.
Sujet: Contact de langues
Topique: Contact des langues amérindiennes
Mots-clés: contact; langues amérindiennes; sioux; algonquin
Localisation spatiale du sujet: Etats-Unis d'Amérique
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C. ; XXe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Dialogue ; Explication ; Exposé scientifique ; Hypothèse ; Interrogation ; Proposition
Sujet: Les familles, groupes, ... des langues du monde
Topique: Famille des langues amérindiennes (Famille Amérinde)
Localisation spatiale du sujet: Etats-Unis d'Amérique
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C. ; XXe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Explication ; Exposé scientifique ; Hypothèse ; Proposition
Les langues amérindiennes, et plus préciséments les familles alogonquines et sioux, sont étudiées d'un point de vue anthropologique et linguistique.
Type: Sites web
Url: http://lias.ehess.fr/
Site WEB du centre de recherche "Linguistique Anthropologique et Sociolinguistique".
DESVEAUX Emmanuel, DE FORNEL Michel. « L’analyse des langues amérindiennes : problèmes et hypothèses sociolinguistique », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°358, 2005, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/358/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, FRANCE, 2005
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© MAESTRE Alice, réalisatrice, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2005
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© DESVEAUX Emmanuel, directeur d'études, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, France, 2005 © DE FORNEL Michel, directeur d'études, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, France, 2005
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « L’analyse des langues amérindiennes : problèmes et hypothèses »
Sous-titre: Le relativisme linguistique – Langues, cultures et arts : l’approche transformationnelle II – Séance du 14 avril 2005
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « L’analyse des langues amérindiennes : problèmes et hypothèses ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 297c3476-300d-4a4c-ab78-9eeaa16d0c92
Id vidéo: 076a0af2-5d00-4545-9dd2-b47243e82476
Analyse de la vidéo d’une séance de séminaire d’Emmanuel DESVEAUX et Michel DE FORNEL.