L’empirisme logique. JACOB Pierre

Chapitre

Titre: L'empirisme logique et le cercle de Vienne
Durée: 00:08:40   [00:00:00 > 00:08:40]
Genre: Extrait d'un séminaire de recherche filmé
Pierre JACOB définit ici le programme de l’empirisme logique. Dans les années 1920 en Europe centrale, des philosophes, logiciens et scientifiques se réunissaient dans des cercles, dont celui de Vienne. Ils se donnaient alors pour tâche d’élucider la nature de la démarche et des théories scientifiques. Ils voulaient, à l’aide de la logique alors bouleversée par les travaux de Gottlob FREGE, Bertrand RUSSELL et Alfred North WHITEHEAD, analyser la nature des théories scientifiques. Les deux idées fondamentales de l’empirisme logique sont d’une part, qu’il convient d’utiliser la logique pour analyser les théories scientifiques, et d’autre part, que les théories ont un rapport privilégié avec l’observation et l’expérience. Pour les tenants de l’empirisme, s’opposant aux rationalistes, la connaissance du monde découle de l’observation de la réalité. Pourtant, Pierre JACOB explique que certaines critiques ont montré qu’il existe une certaine pensée rationaliste chez les empiristes logiques.
Titre: L'empirisme et le positivisme
Durée: 00:05:15   [00:08:40 > 00:13:55]
Le philosophe distingue ici entre les termes positivisme et empirisme. Dans les années 1920, les philosophes se réclamant du positivisme (inspirés par Auguste COMTE, John Stuart MILL et Ernst MACH) espèrent pouvoir éliminer la métaphysique et l’abstraction s’éloignant de l’observation et de l’expérience. Les empiristes logiques ont donc l’espoir de pouvoir, à travers la logique, trouver un critère de démarcation entre théories scientifiques et non scientifiques. Ils épousent ainsi les visées positivistes en réagissant à la phénoménologie idéaliste de Martin HEIDEGGER se développant alors à l’époque.
Titre: La nouvelle logique: Frege et Russell
Durée: 00:12:52   [00:13:55 > 00:26:48]
Que l’on parle de positivisme ou d’empirisme, il convient de s’arrêter sur le sens du terme « logique ». Les philosophes du cercle de Vienne considèrent que la nouvelle logique créée par Gottlob FREGE et Bertrand RUSSELL permet de faire une analyse rigoureuse des théories scientifiques. L’idée de ces derniers était de créer un langage capable d’exprimer l’ensemble des vérités arithmétiques : ce programme se nomme « logicisme ». Cette volonté de vouloir réduire l’arithmétique à la logique a cependant des limites. Leur contribution a toutefois été importante pour le programme de l’empirisme logique, de deux manières. D’une part, des philosophes comme Rudolf CARNAP ont repris à leur compte les idées développées par Bertrand RUSSELL à propos de l’arithmétique. Par ailleurs, la caractérisation de la logique et des mathématiques permet d’élargir l’analyse aux théories scientifiques dans leur intégralité, et à la réalité. Pierre JACOB envisagera ici ces deux conséquences tour à tour.
Titre: Wittgenstein
Durée: 00:12:12   [00:26:48 > 00:39:01]
Les philosophes, logiciens et scientifiques qui se réunissaient au sein du cercle de Vienne ont été marqué par la parution du Tractacus logico-philosophicus de Ludwig WITTEGENSTEIN. Pierre JACOB recommande ici la lecture de Wittgenstein : Le devoir de génie de Ray MONK à toute personne s’intéressant à lui. Voulant devenir ingénieur, Ludwig WITTGENSTEIN découvrit vers 1910 son intérêt pour les fondements de la logique et des mathématiques. Il prit connaissance des travaux de Gottlob FREGE, et alla lui rendre visite. Ce dernier lui conseilla alors d’aller étudier à Cambridge sous la direction de Bertrand RUSSELL. Au bout de quelques mois, il convainc son professeur de ses dispositions exceptionnelles à une contribution à la logique. Supportant mal l’atmosphère régnant à Cambridge, il décida d’aller vivre seul dans une hutte en Norvège, où il continua à travailler seul.
Titre: Le Tractacus logico-philosophicus de Wittgenstein
Durée: 00:08:17   [00:39:01 > 00:47:18]
Au cours de la première guerre mondiale, Ludwig WITTGENSTEIN devint soldat sur le front autrichien. A la fin de la guerre, il acheva son Tractacus logico-philosophicus, fruit de ses réflexions sur la logique depuis sa rencontre avec Bertrand RUSSELL. Ce dernier s’impliqua fortement dans son processus de publication, et en rédigea une préface, que Ludwig WITTGENSTEIN réprouva. Les rapports entre les deux hommes se détériorèrent alors à partir de cette période. Cet ouvrage, qui consiste en une interprétation de la nature de la logique et des mathématiques paru en 1921, est lu attentivement par les membres du cercle de Vienne, tels que Rudolf CARNAP et Moritz SCHLICK. Ludwig WITTGENSTEIN désapprouva alors le programme des empiristes logiques, considérant que leur lecture de son ouvrage était une mauvaise interprétation de sa propre volonté : il ne cherchait pas à élaborer une philosophie des sciences, mais visait plutôt la clarté et la rigueur dans tous les domaines.
Titre: La philosophie de la logique et des mathématiques de Rudolf Carnap
Durée: 00:11:19   [00:47:18 > 00:58:38]
Le Tractacus logico-philosophicus eut une profonde influence sur les membres du cercle de Vienne, et en particulier sur Rudolf CARNAP. En premier lieu, l’interprétation wittgensteinienne du logicisme de Gottlob FREGE et Bertrand RUSSELL est l’idée que l’ensemble des vérités de l’arithmétique et de la logique servent à nous renseigner sur la signification du vocabulaire arithmétique et logique : elles sont donc tautologiques et conventionnelles. A partir de cela, les vérités logiques et mathématiques ne semblent nous informer en rien sur la réalité. D’un autre côté, les termes employés dans les sciences empiriques représenteraient et décriraient la réalité. L’autre idée fondamentale est l’analyse du vocabulaire descriptif des sciences empiriques, qui a des liens plus ou moins directs avec l’observation. Lorsque les philosophes de Vienne s’interrogent sur la scientificité d’une théorie, ils indiquent que le critère le plus important est sa vérifiabilité. L’idée importante est ici la recherche d’un critère vérificationniste de la signification. En somme, une théorie scientifique devrait pouvoir être vérifiée empiriquement.
Titre: A propos du critère de réfutabilité de Karl Popper
Durée: 00:12:09   [00:58:38 > 01:10:47]
A partir de la fin des années 1920, une controverse surgit entre les tenants d’un critère vérificationniste de la signification et un philosophe proche du cercle de Vienne : Karl POPPER. Ce dernier fit paraitre La logique des découvertes scientifiques en 1934. L’idée principale que Karl POPPER développe est celle selon laquelle la vérifiabilité ne permet pas de trancher entre théories scientifiques et métaphysiques. Il fait cette proposition en menant une réflexion sur le problème de l’induction, formulé par David HUME. Le philosophe indiquait que l’observation d’un grand nombre de cas dans une grande diversité de situations ne peut mener à une généralisation certaine. Le rapport d’induction entre observation et vérité générale est de l’ordre de la croyance. Karl POPPER a indiqué que le problème soulevé par HUME pouvait se résoudre en disant qu’il n’y a pas d’inférence inductive possible en sciences. Selon POPPER, dans le cadre des sciences, le scientifique propose une théorie, puis en tire une prédiction. Nous recherchons alors dans l’observation des contre-exemples, qui réfutent la théorie. En revanche, on ne peut pas chercher à trouver une confirmation inductive à la théorie. En définitive, POPPER, à travers cet argument, s’attaque au critère vérificationniste : il indique que les membres du cercle de Vienne font une erreur en essayant de trancher entre théories scientifiques et métaphysiques à travers la vérification, puisqu’aucune théorie n’est vérifiable, mais seulement réfutable. Les théories scientifiques se distinguent alors des autres par leur possibilité d’être réfutées.
Titre: Les divergences entre Carnap et Popper
Durée: 00:11:20   [01:10:47 > 01:22:07]
Selon Pierre JACOB, il serait trop simpliste de dire que Karl POPPER a résolu la querelle l’opposant au cercle de Vienne. Le philosophe explique ainsi que Rudolf CARNAP et Karl POPPER ont souligné deux aspects fondamentaux des théories des sciences empiriques. CARNAP a montré que pour choisir entre deux théories scientifiques, le critère pertinent est le plus grand degré de probabilité par rapport aux faits observés. POPPER lui a opposé l’idée que ce choix dépend de la plus grande improbabilité d’une théorie (qui nous apprend quelque chose qui n’est pas connu), confrontée aux données. En somme, les deux philosophes ne semblent pas parler de la même chose. Tandis que POPPER envisage la situation où l’on dispose de données pour imaginer une théorie, CARNAP envisage la situation où l’on dispose d’une théorie, qui doit s’accorder avec les données. Finalement, la philosophie des sciences continue de débattre cette question.
Titre: Critiques et limites du programme de l'empirisme logique
Durée: 00:18:29   [01:22:07 > 01:40:36]
Deux aspects du programme des empiristes logiques semblent montrer leurs limites. La première limite est l’idée que l’on pourrait, au sein du vocabulaire descriptif d’une théorie, distinguer nettement deux catégories de mots, selon qu’ils se rapportent à des entités observables ou non. Cette idée est aujourd’hui rejetée par de nombreux philosophes : la part revenant à l’expérience et celle revenant à la théorie ne peut être évaluée sur la base du vocabulaire. La seconde limite est la dualité entre la nature des propositions logiques (propositions analytiques) et celle des propositions des sciences empiriques (proposition synthétiques). Cette distinction formulée par Ludwig WITTGENSTEIN a été remise en cause par le philosophe Willard Van Orman QUINE dans un célèbre article : « Truth by Convention ». Son idée est que l’on ne peut, par convention, expliquer la vérité de toutes les propositions logiques. Puis, dans « Two Dogmas of Empiricism », QUINE réfutera l’idée que l’on puisse trancher entre d’un côté les propositions logiques qui fixeraient la signification des termes logiques, et d’un autre côté les propositions synthétiques. Pour QUINE, nous ne pourrions sans la logique pas avoir de connaissance du monde : tout semble donc nous informer sur le réel, avec cependant différents degrés de précision. Ainsi, lorsque nous testons une théorie à l’aide de l’observation, nous testons aussi notre logique. Nous testons donc en réalité un ensemble de propositions. QUINE a donc proposé une vision holistique de la science. Les propositions apportées par QUINE sont aujourd’hui également vivement débattues de manière très large.
Titre: De l'importance du programme de l'empirisme logique
Durée: 00:03:41   [01:40:36 > 01:44:18]
En définitive, Pierre JACOB indique que ce mouvement a très peu intéressé les philosophes français de l’époque. Il a en revanche connu des développements importants dans le monde anglo-saxon. Les membres du cercle de Vienne semblent avoir marqué par leur sens de leur rigueur, afin que l’échange d’arguments soit aussi précis que possible. Ce rôle dans l’argumentation est pour Pierre JACOB une contribution philosophique majeure.

10 chapitres.
  • Extrait d'un séminaire de recherche filmé. Pierre JACOB définit ici le programme de l’empirisme logique. Dans les années 1920 en Europe centrale, des philosophes, logiciens et scientifiques se réunissaient dans des cercles, dont celui de Vienne. Ils se donnaient alors pour tâche d’élucider la nature de la démarche et des théories scientifiques. Ils voulaient, à l’aide de la logique alors bouleversée par les travaux de Gottlob FREGE, Bertrand RUSSELL et Alfred North WHITEHEAD, analyser la nature des théories scientifiques. Les deux idées fondamentales de l’empirisme logique sont d’une part, qu’il convient d’utiliser la logique pour analyser les théories scientifiques, et d’autre part, que les théories ont un rapport privilégié avec l’observation et l’expérience. Pour les tenants de l’empirisme, s’opposant aux rationalistes, la connaissance du monde découle de l’observation de la réalité. Pourtant, Pierre JACOB explique que certaines critiques ont montré qu’il existe une certaine pensée rationaliste chez les empiristes logiques.
  • Le philosophe distingue ici entre les termes positivisme et empirisme. Dans les années 1920, les philosophes se réclamant du positivisme (inspirés par Auguste COMTE, John Stuart MILL et Ernst MACH) espèrent pouvoir éliminer la métaphysique et l’abstraction s’éloignant de l’observation et de l’expérience. Les empiristes logiques ont donc l’espoir de pouvoir, à travers la logique, trouver un critère de démarcation entre théories scientifiques et non scientifiques. Ils épousent ainsi les visées positivistes en réagissant à la phénoménologie idéaliste de Martin HEIDEGGER se développant alors à l’époque.
  • Que l’on parle de positivisme ou d’empirisme, il convient de s’arrêter sur le sens du terme « logique ». Les philosophes du cercle de Vienne considèrent que la nouvelle logique créée par Gottlob FREGE et Bertrand RUSSELL permet de faire une analyse rigoureuse des théories scientifiques. L’idée de ces derniers était de créer un langage capable d’exprimer l’ensemble des vérités arithmétiques : ce programme se nomme « logicisme ». Cette volonté de vouloir réduire l’arithmétique à la logique a cependant des limites. Leur contribution a toutefois été importante pour le programme de l’empirisme logique, de deux manières. D’une part, des philosophes comme Rudolf CARNAP ont repris à leur compte les idées développées par Bertrand RUSSELL à propos de l’arithmétique. Par ailleurs, la caractérisation de la logique et des mathématiques permet d’élargir l’analyse aux théories scientifiques dans leur intégralité, et à la réalité. Pierre JACOB envisagera ici ces deux conséquences tour à tour.
  • Les philosophes, logiciens et scientifiques qui se réunissaient au sein du cercle de Vienne ont été marqué par la parution du Tractacus logico-philosophicus de Ludwig WITTEGENSTEIN. Pierre JACOB recommande ici la lecture de Wittgenstein : Le devoir de génie de Ray MONK à toute personne s’intéressant à lui. Voulant devenir ingénieur, Ludwig WITTGENSTEIN découvrit vers 1910 son intérêt pour les fondements de la logique et des mathématiques. Il prit connaissance des travaux de Gottlob FREGE, et alla lui rendre visite. Ce dernier lui conseilla alors d’aller étudier à Cambridge sous la direction de Bertrand RUSSELL. Au bout de quelques mois, il convainc son professeur de ses dispositions exceptionnelles à une contribution à la logique. Supportant mal l’atmosphère régnant à Cambridge, il décida d’aller vivre seul dans une hutte en Norvège, où il continua à travailler seul.
  • Au cours de la première guerre mondiale, Ludwig WITTGENSTEIN devint soldat sur le front autrichien. A la fin de la guerre, il acheva son Tractacus logico-philosophicus, fruit de ses réflexions sur la logique depuis sa rencontre avec Bertrand RUSSELL. Ce dernier s’impliqua fortement dans son processus de publication, et en rédigea une préface, que Ludwig WITTGENSTEIN réprouva. Les rapports entre les deux hommes se détériorèrent alors à partir de cette période. Cet ouvrage, qui consiste en une interprétation de la nature de la logique et des mathématiques paru en 1921, est lu attentivement par les membres du cercle de Vienne, tels que Rudolf CARNAP et Moritz SCHLICK. Ludwig WITTGENSTEIN désapprouva alors le programme des empiristes logiques, considérant que leur lecture de son ouvrage était une mauvaise interprétation de sa propre volonté : il ne cherchait pas à élaborer une philosophie des sciences, mais visait plutôt la clarté et la rigueur dans tous les domaines.
  • Le Tractacus logico-philosophicus eut une profonde influence sur les membres du cercle de Vienne, et en particulier sur Rudolf CARNAP. En premier lieu, l’interprétation wittgensteinienne du logicisme de Gottlob FREGE et Bertrand RUSSELL est l’idée que l’ensemble des vérités de l’arithmétique et de la logique servent à nous renseigner sur la signification du vocabulaire arithmétique et logique : elles sont donc tautologiques et conventionnelles. A partir de cela, les vérités logiques et mathématiques ne semblent nous informer en rien sur la réalité. D’un autre côté, les termes employés dans les sciences empiriques représenteraient et décriraient la réalité. L’autre idée fondamentale est l’analyse du vocabulaire descriptif des sciences empiriques, qui a des liens plus ou moins directs avec l’observation. Lorsque les philosophes de Vienne s’interrogent sur la scientificité d’une théorie, ils indiquent que le critère le plus important est sa vérifiabilité. L’idée importante est ici la recherche d’un critère vérificationniste de la signification. En somme, une théorie scientifique devrait pouvoir être vérifiée empiriquement.
  • A partir de la fin des années 1920, une controverse surgit entre les tenants d’un critère vérificationniste de la signification et un philosophe proche du cercle de Vienne : Karl POPPER. Ce dernier fit paraitre La logique des découvertes scientifiques en 1934. L’idée principale que Karl POPPER développe est celle selon laquelle la vérifiabilité ne permet pas de trancher entre théories scientifiques et métaphysiques. Il fait cette proposition en menant une réflexion sur le problème de l’induction, formulé par David HUME. Le philosophe indiquait que l’observation d’un grand nombre de cas dans une grande diversité de situations ne peut mener à une généralisation certaine. Le rapport d’induction entre observation et vérité générale est de l’ordre de la croyance. Karl POPPER a indiqué que le problème soulevé par HUME pouvait se résoudre en disant qu’il n’y a pas d’inférence inductive possible en sciences. Selon POPPER, dans le cadre des sciences, le scientifique propose une théorie, puis en tire une prédiction. Nous recherchons alors dans l’observation des contre-exemples, qui réfutent la théorie. En revanche, on ne peut pas chercher à trouver une confirmation inductive à la théorie. En définitive, POPPER, à travers cet argument, s’attaque au critère vérificationniste : il indique que les membres du cercle de Vienne font une erreur en essayant de trancher entre théories scientifiques et métaphysiques à travers la vérification, puisqu’aucune théorie n’est vérifiable, mais seulement réfutable. Les théories scientifiques se distinguent alors des autres par leur possibilité d’être réfutées.
  • Selon Pierre JACOB, il serait trop simpliste de dire que Karl POPPER a résolu la querelle l’opposant au cercle de Vienne. Le philosophe explique ainsi que Rudolf CARNAP et Karl POPPER ont souligné deux aspects fondamentaux des théories des sciences empiriques. CARNAP a montré que pour choisir entre deux théories scientifiques, le critère pertinent est le plus grand degré de probabilité par rapport aux faits observés. POPPER lui a opposé l’idée que ce choix dépend de la plus grande improbabilité d’une théorie (qui nous apprend quelque chose qui n’est pas connu), confrontée aux données. En somme, les deux philosophes ne semblent pas parler de la même chose. Tandis que POPPER envisage la situation où l’on dispose de données pour imaginer une théorie, CARNAP envisage la situation où l’on dispose d’une théorie, qui doit s’accorder avec les données. Finalement, la philosophie des sciences continue de débattre cette question.
  • Deux aspects du programme des empiristes logiques semblent montrer leurs limites. La première limite est l’idée que l’on pourrait, au sein du vocabulaire descriptif d’une théorie, distinguer nettement deux catégories de mots, selon qu’ils se rapportent à des entités observables ou non. Cette idée est aujourd’hui rejetée par de nombreux philosophes : la part revenant à l’expérience et celle revenant à la théorie ne peut être évaluée sur la base du vocabulaire. La seconde limite est la dualité entre la nature des propositions logiques (propositions analytiques) et celle des propositions des sciences empiriques (proposition synthétiques). Cette distinction formulée par Ludwig WITTGENSTEIN a été remise en cause par le philosophe Willard Van Orman QUINE dans un célèbre article : « Truth by Convention ». Son idée est que l’on ne peut, par convention, expliquer la vérité de toutes les propositions logiques. Puis, dans « Two Dogmas of Empiricism », QUINE réfutera l’idée que l’on puisse trancher entre d’un côté les propositions logiques qui fixeraient la signification des termes logiques, et d’un autre côté les propositions synthétiques. Pour QUINE, nous ne pourrions sans la logique pas avoir de connaissance du monde : tout semble donc nous informer sur le réel, avec cependant différents degrés de précision. Ainsi, lorsque nous testons une théorie à l’aide de l’observation, nous testons aussi notre logique. Nous testons donc en réalité un ensemble de propositions. QUINE a donc proposé une vision holistique de la science. Les propositions apportées par QUINE sont aujourd’hui également vivement débattues de manière très large.
  • En définitive, Pierre JACOB indique que ce mouvement a très peu intéressé les philosophes français de l’époque. Il a en revanche connu des développements importants dans le monde anglo-saxon. Les membres du cercle de Vienne semblent avoir marqué par leur sens de leur rigueur, afin que l’échange d’arguments soit aussi précis que possible. Ce rôle dans l’argumentation est pour Pierre JACOB une contribution philosophique majeure.
Titre: L’empirisme logique
Sous-titre: Entretien avec Pierre JACOB
Auteur(s): JACOB Pierre
Date de réalisation: 12/12/2002
Lieu de réalisation: Maison des Sciences de l’Homme 54 Boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Ce deuxième entretien avec le philosophe et chercheur en sciences cognitives Pierre JACOB se centre sur un aspect de son travail : l’empirisme logique, auquel il consacra une thèse ainsi que deux ouvrages publiés en 1980.
Pierre JACOB est philosophe des sciences, du langage, de l’esprit, et des sciences cognitives. Ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, agrégé de philosophie, ses travaux actuels portent sur les neurosciences cognitives. Il a publié un nombre important d’ouvrages reconnus, tels que De Vienne à Cambridge, l’héritage du positivisme logique de 1950 à nos jours et L’empirisme logique en 1980, ainsi que What minds can do en 1997. Il a par ailleurs été président de la Société européenne de philosophie et psychologie.
Sujet: Discipline/approche SHS
Topique: Philosophie
Libellé: L'empirisme logique
Mots-clés: empirisme logique; philosophie; science; langage
Localisation spatiale du sujet: Europe de l'Est ; Autriche ; Vienne
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Définition ; Description ; Explication ; Exposé scientifique
Le philosophe Pierre JACOB donne au cours de cet entretien des précisions sur le travail qu'il a mené sur l'empirisme logique, courant du XXe siècle ayant contribué aux développements de la philosophie des sciences et du langage.
Dans les années 1920 en Europe centrale, des philosophes, logiciens et scientifiques se réunissaient dans des cercles, dont celui de Vienne. Ils se donnaient alors pour tâche d’élucider la nature de la démarche et des théories scientifiques. Ils voulaient, à l’aide de la logique alors bouleversée par les travaux de Gottlob FREGE, Bertrand RUSSELL et Alfred North WHITEHEAD, analyser la nature des théories scientifiques. Les deux idées fondamentales de l’empirisme logique sont d’une part, qu’il convient d’utiliser la logique pour analyser les théories scientifiques, et d’autre part, que les théories ont un rapport privilégié avec l’observation et l’expérience.
Sujet: Personnalité de référence
Topique: Wittgenstein, Ludwig
Localisation spatiale du sujet: Europe de l'Est ; Autriche
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Description ; Explication ; Exposé scientifique ; Narration ; Portrait ; Récit
Une partie de cet entretien est consacrée à Ludwig WITTGENSTEIN, dont le travail inspira -quoique de manière contradictoire - le travail du cercle de Vienne. Sa biographie, le "Tracatus logico-philosophicus", ainsi que ses effets sur la philosophie du cercle de Vienne sont ainsi abordés.
Type: Persee- Le portail des revues scientifiques
Auteur: Dan SPERBER
Url: http://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1981_num_21_4_368243
Sperber Dan. P. Jacob, L'Empirisme logique. Ses antécédents, ses critiques— De Vienne à Cambridge. L'héritage du positivisme logique de 1950 à nos jours. In: L'Homme, 1981, tome 21 n°4. pp. 115-116.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Entretien avec le philosophe Pierre JACOB destiné à toute personne s’intéressant à la philosophie des sciences et à l’empirisme logique.
JACOB Pierre. « L’empirisme logique », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°68, 2002, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/68/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BILJETINA Charles, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © CHALLULAU Hélène, réalisatrice, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © STOCKINGER Peter, professeur des universités, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© JACOB Pierre, philosophe, Institut Jean Nicod, Paris, France, 2002
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
Titre: Analyse de la vidéo « L’empirisme logique »
Sous-titre: Entretien avec Pierre JACOB
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « L’empirisme logique ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 342bbfd1-737c-4b2e-a300-bba9bb88331a
Id vidéo: 45bbec9a-4554-4253-816a-417cd82554f7
Analyse du deuxième entretien avec le philosophe et chercheur en sciences cognitives Pierre JACOB.