Les échecs historiques pour créer une gauche mondiale. BOUTRY Philippe, WALLERSTEIN Immanuel, WIEVIORKA Michel

Chapitre

Titre: Mots d'introduction par Philippe BOUTRY
Durée: 00:02:07   [00:00:00 > 00:02:07]
Philippe BOUTRY, président de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, commence par remercier Immanuel WALLERSTEIN pour sa présence à ce cycle de conférences du Collège d'Etudes Mondiales.
Titre: Présentation par Michel WIEVIORKA
Durée: 00:03:04   [00:02:07 > 00:05:12]
Le cycle de conférences « Penser Global », organisé conjointement par la Fondation Maison des Sciences de l'Homme et l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, est celui auquel participe aujourd'hui Immanuel WALLERSTEIN. Michel WIEVIORKA, administrateur de la FMSH présente ensuite l'invité du cycle. Immanuel WALLERSTEIN est philosophe de formation, mais aussi sociologue et historien. Il est aujourd'hui professeur à l'Université de Yale aux Etats Unis, après avoir dirigé le Centre Fernand Braudel à l'Université de Binghamton. Il a notamment pensé le « système-monde », qui se nourrit des théories de la dépendance. Il est engagé politiquement au sein de mouvements altermondialistes, et a présidé des institutions telles que l'Association Internationale de Sociologie, et l'Association des Amis de la FMSH.
Titre: Introduction
Durée: 00:01:39   [00:05:12 > 00:06:52]
Les mouvements sociaux comme les partis politiques de gauche ont presque toujours revendiqué leur caractère international. Ces discours ne correspondent cependant pas à la pratique. Ces conférences visent donc à étudier la réalité de ces pratiques au cours de différentes époques historiques : hier, aujourd'hui, et demain.Le sociologue cherchera ainsi à montrer que ce qui est communément désigné comme une gauche mondiale a effectivement vu le jour, mais que ce phénomène est constaté non seulement pour la gauche, mais aussi pour la droite et le centre. Cette première conférence étudiera plus particulièrement les échecs historiques de constitution d'une gauche mondiale.
Titre: L'apparition du système-monde moderne
Durée: 00:07:48   [00:06:52 > 00:14:41]
Après avoir rappelé que des rapports de domination existent dans toutes les sociétés, Immanuel WALLERSTEIN indique que le système-monde moderne, apparu au cours du XVIe siècle sous la forme d'une économie capitaliste s'est montré d'une grande efficacité pour tirer de la plus-value d'une grande partie de la population. Cela a pu se réaliser en intégrant, outre les hiérarchies et l'exploitation, la polarisation. Celle-ci fait actuellement l'objet d'un débat, concernant le fossé séparant les 1% du reste de la population. La Révolution française a eu des effets majeurs sur la transformation du système-monde, en inventant deux concepts nouveaux : le changement, alors considéré comme normal et non plus exceptionnel, mais aussi la souveraineté qui est désormais possédée par le peuple, en opposition aux monarques et à l'aristocratie. Ce qu'Emmanuel WALLERSTEIN nomme « géoculture » s'est ensuite répandue à travers l'ensemble du système, pour le transformer en profondeur.
Titre: Les réactions au système-monde
Durée: 00:03:19   [00:14:41 > 00:18:00]
C'est en réaction à cette menace pour les dominants que des idéologies se sont développées : le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme. Le conservatisme, (de droite) représenté notamment par Edmund BURKE et Joseph DE MAISTRE, consistait à souligner l'imprudence du changement, rendant nécessaire le jugement des élites. Le libéralisme (centriste) est apparu comme un mode alternatif permettant de contenir cette menace émanant du peuple. Les libéraux envisageaient donc un processus de transformation sociale lent et limité. Le radicalisme (de gauche) a été le dernier à voir le jour. Il revendiquait le fait de confier les questions de transformation sociale aux élites et aux spécialistes, que les masses populaires continueraient.
Titre: La révolution-monde de 1848 et la naissance de mouvements anti-systémiques
Durée: 00:07:38   [00:18:00 > 00:25:39]
Cette révolution a marqué les rapports entre ces différentes idéologies. Elle a commencé par un soulèvement social à Paris, pendant lequel la gauche radicale a temporairement pris le pouvoir. Les conservateurs et libéraux ont donc noué une alliance pour réprimer cette révolution sociale. Parallèlement, des soulèvements nationalistes ont existé dans toute l'Europe, baptisés « printemps des peuples ». Ces événements ont mené à revoir les stratégies des dirigeants de ces idéologies. Les conservateurs se sont ainsi inspirés du recours à la force des « tories » britanniques : le calme régnait alors en Grande Bretagne lors de ces soulèvements. Pendant ce temps, les radicaux, ayant constaté que les mouvements spontanés étaient facilement réprimés, avaient pour objectif de substituer une organisation et une bureaucratie à cette spontanéité. Enfin, les libéraux eurent pour stratégie de jouer sur leur position centriste, consistant à transformer les idéologies conservatrices et radicales comme des variantes de la leur, alors considérée comme centrale. Cela les mener à occuper un rôle politique jusqu'à la révolution-monde de 1968.
Titre: L'hégémonie des Etats-Unis comme explication du succès des mouvements anti-systémiques
Durée: 00:35:28   [00:25:39 > 01:01:07]
C'est donc au cours du XIXe siècle que les mouvements anti-systémiques (luttant contre les structures de pouvoir) naquirent : les mouvements sociaux et nationalistes, qui s'opposent encore aujourd'hui. Le débat entre eux portait et porte encore notamment sur la place de l'Etat, les enjeux de la principale lutte à mener, et l'importance d'une structure unique et verticale de résistance au pouvoir. Ces mouvements ont pris de l'importance au cours du XIXe siècle, tout en restant relativement marginaux dans leur rapport au système-monde. En outre, ils étaient presque tous, dans la pratique, intégrés à un Etat spécifique, au moins jusqu'en 1945. Cependant, cette progression a mené à la quasi-hégémonie de ces mouvements entre la fin de la deuxième guerre mondiale et les années 1970. Cela mérite une explication prudente. Il semblerait que la fin de la deuxième Guerre Mondiale ait marqué le début de deux montées cycliques dans le système-monde moderne : le début d'une phase A du cycle de Kondratiev, et la période de l'hégémonie américaine sur le système monde. C'est uniquement dans ce contexte qu'il est possible de comprendre le succès des mouvements anti-systémiques mondiaux. Chaque période d'hégémonie, dans l'histoire du système-monde, dure de 25 à 50 ans. Ainsi,le monopole hégémonique des Etats-Unis semble reposer sur des avantages économiques et politiques, culturels, et militaires. Immanuel WALLERSTEIN se livre ensuite à une analyse de la puissance hégémonique des Etats-Unis à partir de 1945, ce qui lui permet d'indiquer que les accords tacites de Yalta conclus entre les Etats-Unis et l'URSS, dans un contexte de luttes d'influences, étaient les suivants : la division du monde en zones d'influences que les deux puissances s'engageaient à ne pas modifier par l'usage de forces militaires ; une aide économique des Etats-Unis au sein de sa zone d'influence ; la « Guerre Froide », ou un arrangement de dénonciations mutuelles qui visait principalement à maintenir la loyauté des satellites de part et d'autre de la frontière. Cet arrangement s'est effrité en raison de plusieurs facteurs, tels que la dissidence du Parti Communiste Chinois, ou encore la Guerre du Vietnam ayant affaibli l'hégémonie économique américaine en raison de son coût, etc.
Titre: La révolution-monde de 1968 et ses conséquences sur le système-monde
Durée: 00:16:34   [01:01:07 > 01:17:41]
C'est dans ce contexte d'affaiblissement de l'hégémonie des Etats-Unis que la révolution-monde de 1968 a éclaté, ayant deux thèmes principaux : le rejet de l'impérialisme américain, et la dénonciation de la « vieille gauche », au motif que ces mouvements n'étaient pas réellement anti-systémiques. En effet, les révolutionnaires avaient pour argument principal que ces mouvements, bien qu'ayant accédé au pouvoir, n'avaient pas changé les rapports sociaux de domination. Si ce mouvement n'a pas fondamentalement atteint ses objectifs, il a mené à de profondes transformations du système-monde. En premier lieu s'est opéré un changement de « géoculture », le règne de l'idéologie libérale sur les deux autres étant parvenu à sa fin. La gauche radicale et la droite conservatrice sont réapparues sur la scène politique en tant qu'acteurs autonomes. Dans ce cadre, les Etats-Unis ont opté pour un changement radical de stratégie afin de freiner leur déclin. La première série de projets était un changement de relations avec ses satellites européens et japonais, axées sur l'économie au prix d'une indépendance économique. La seconde consistait en l'abandon de politiques de développement national, au sein du processus de Washington. La troisième était la mise en place d'un Nouvel Ordre Mondial, afin d'endiguer la prolifération de l'arme nucléaire. Cette triple redéfinition de la stratégie américaine a connu une certaine réussite. L'effondrement des deux blocs de puissance a, selon Immanuel WALLERSTEIN, eu pour effet une transformation du système-monde et un délitement des mouvements conservateurs. Les anciens satellites soviétiques ont adopté des politiques néolibérales. Leurs effets négatifs se sont, en quelques années, fait ressentir, ce qui a eu pour effet un retour au pouvoir des vieux partis communistes qui ont mené des politiques sociales-démocrates modérées. En même temps, les partis nationalistes de droite ont regagné de l'ampleur, mais sont devenus instables.
Titre: Conclusion
Durée: 00:02:34   [01:17:41 > 01:20:16]
En somme, c'est à ce stade que les mouvements anti-systémiques sont revenus sur le devant de la scène politique : l'effondrement initial de l'Union Soviétique avait provoqué une « dépression » dans les mouvements de gauche partout dans le monde. Après quelques années, la gauche mondiale est donc revenue dans ce contexte. Cependant, si la stagnation économique mondiale impliquée par la phase B du cycle de Kondratiev permet d'expliquer le retour de la gauche mondiale, un autre facteur ne relevant pas des changements cycliques de l'économie-monde mais d'un mouvement à plus long terme permet quant à lui d'envisager la crise terminale du capitalisme. Immanuel WALLERSTEIN explorera ce thème lors de la prochaine conférence.
Titre: Échange avec le public
Durée: 00:28:00   [01:20:16 > 01:48:16]
Question 1 : Comment s'est opéré aux Etats-Unis comme ailleurs le retour de mouvements réactionnaires ? Question 2 : Comment comprendre que les mouvements autour des minorités ayant joué des rôles importants tout au cours du XXe siècle n'aient pas été mentionnés au cours de cet exposé ? Question 3 : Comment replacer la révolution de 1917 dans les deux grandes révolutions présentées (1848 et 1968) ? Question 4 : Quels sont les liens entre économie et idéologie ? Comment comprendre le conformisme idéologique aux Etats-Unis et en Europe ? Question 5 : Comment définir précisément les mouvements de gauche ? Peut-on les caractériser par une volonté anti-systémique ? Les forces de d'extrême-droite ne peuvent-elles pas être considérées comme anti-systémiques ?

10 chapitres.
  • Le cycle de conférences « Penser Global », organisé conjointement par la Fondation Maison des Sciences de l'Homme et l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, est celui auquel participe aujourd'hui Immanuel WALLERSTEIN. Michel WIEVIORKA, administrateur de la FMSH présente ensuite l'invité du cycle. Immanuel WALLERSTEIN est philosophe de formation, mais aussi sociologue et historien. Il est aujourd'hui professeur à l'Université de Yale aux Etats Unis, après avoir dirigé le Centre Fernand Braudel à l'Université de Binghamton. Il a notamment pensé le « système-monde », qui se nourrit des théories de la dépendance. Il est engagé politiquement au sein de mouvements altermondialistes, et a présidé des institutions telles que l'Association Internationale de Sociologie, et l'Association des Amis de la FMSH.
  • Les mouvements sociaux comme les partis politiques de gauche ont presque toujours revendiqué leur caractère international. Ces discours ne correspondent cependant pas à la pratique. Ces conférences visent donc à étudier la réalité de ces pratiques au cours de différentes époques historiques : hier, aujourd'hui, et demain.Le sociologue cherchera ainsi à montrer que ce qui est communément désigné comme une gauche mondiale a effectivement vu le jour, mais que ce phénomène est constaté non seulement pour la gauche, mais aussi pour la droite et le centre. Cette première conférence étudiera plus particulièrement les échecs historiques de constitution d'une gauche mondiale.
  • Après avoir rappelé que des rapports de domination existent dans toutes les sociétés, Immanuel WALLERSTEIN indique que le système-monde moderne, apparu au cours du XVIe siècle sous la forme d'une économie capitaliste s'est montré d'une grande efficacité pour tirer de la plus-value d'une grande partie de la population. Cela a pu se réaliser en intégrant, outre les hiérarchies et l'exploitation, la polarisation. Celle-ci fait actuellement l'objet d'un débat, concernant le fossé séparant les 1% du reste de la population. La Révolution française a eu des effets majeurs sur la transformation du système-monde, en inventant deux concepts nouveaux : le changement, alors considéré comme normal et non plus exceptionnel, mais aussi la souveraineté qui est désormais possédée par le peuple, en opposition aux monarques et à l'aristocratie. Ce qu'Emmanuel WALLERSTEIN nomme « géoculture » s'est ensuite répandue à travers l'ensemble du système, pour le transformer en profondeur.
  • C'est en réaction à cette menace pour les dominants que des idéologies se sont développées : le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme. Le conservatisme, (de droite) représenté notamment par Edmund BURKE et Joseph DE MAISTRE, consistait à souligner l'imprudence du changement, rendant nécessaire le jugement des élites. Le libéralisme (centriste) est apparu comme un mode alternatif permettant de contenir cette menace émanant du peuple. Les libéraux envisageaient donc un processus de transformation sociale lent et limité. Le radicalisme (de gauche) a été le dernier à voir le jour. Il revendiquait le fait de confier les questions de transformation sociale aux élites et aux spécialistes, que les masses populaires continueraient.
  • Cette révolution a marqué les rapports entre ces différentes idéologies. Elle a commencé par un soulèvement social à Paris, pendant lequel la gauche radicale a temporairement pris le pouvoir. Les conservateurs et libéraux ont donc noué une alliance pour réprimer cette révolution sociale. Parallèlement, des soulèvements nationalistes ont existé dans toute l'Europe, baptisés « printemps des peuples ». Ces événements ont mené à revoir les stratégies des dirigeants de ces idéologies. Les conservateurs se sont ainsi inspirés du recours à la force des « tories » britanniques : le calme régnait alors en Grande Bretagne lors de ces soulèvements. Pendant ce temps, les radicaux, ayant constaté que les mouvements spontanés étaient facilement réprimés, avaient pour objectif de substituer une organisation et une bureaucratie à cette spontanéité. Enfin, les libéraux eurent pour stratégie de jouer sur leur position centriste, consistant à transformer les idéologies conservatrices et radicales comme des variantes de la leur, alors considérée comme centrale. Cela les mener à occuper un rôle politique jusqu'à la révolution-monde de 1968.
  • C'est donc au cours du XIXe siècle que les mouvements anti-systémiques (luttant contre les structures de pouvoir) naquirent : les mouvements sociaux et nationalistes, qui s'opposent encore aujourd'hui. Le débat entre eux portait et porte encore notamment sur la place de l'Etat, les enjeux de la principale lutte à mener, et l'importance d'une structure unique et verticale de résistance au pouvoir. Ces mouvements ont pris de l'importance au cours du XIXe siècle, tout en restant relativement marginaux dans leur rapport au système-monde. En outre, ils étaient presque tous, dans la pratique, intégrés à un Etat spécifique, au moins jusqu'en 1945. Cependant, cette progression a mené à la quasi-hégémonie de ces mouvements entre la fin de la deuxième guerre mondiale et les années 1970. Cela mérite une explication prudente. Il semblerait que la fin de la deuxième Guerre Mondiale ait marqué le début de deux montées cycliques dans le système-monde moderne : le début d'une phase A du cycle de Kondratiev, et la période de l'hégémonie américaine sur le système monde. C'est uniquement dans ce contexte qu'il est possible de comprendre le succès des mouvements anti-systémiques mondiaux. Chaque période d'hégémonie, dans l'histoire du système-monde, dure de 25 à 50 ans. Ainsi,le monopole hégémonique des Etats-Unis semble reposer sur des avantages économiques et politiques, culturels, et militaires. Immanuel WALLERSTEIN se livre ensuite à une analyse de la puissance hégémonique des Etats-Unis à partir de 1945, ce qui lui permet d'indiquer que les accords tacites de Yalta conclus entre les Etats-Unis et l'URSS, dans un contexte de luttes d'influences, étaient les suivants : la division du monde en zones d'influences que les deux puissances s'engageaient à ne pas modifier par l'usage de forces militaires ; une aide économique des Etats-Unis au sein de sa zone d'influence ; la « Guerre Froide », ou un arrangement de dénonciations mutuelles qui visait principalement à maintenir la loyauté des satellites de part et d'autre de la frontière. Cet arrangement s'est effrité en raison de plusieurs facteurs, tels que la dissidence du Parti Communiste Chinois, ou encore la Guerre du Vietnam ayant affaibli l'hégémonie économique américaine en raison de son coût, etc.
  • C'est dans ce contexte d'affaiblissement de l'hégémonie des Etats-Unis que la révolution-monde de 1968 a éclaté, ayant deux thèmes principaux : le rejet de l'impérialisme américain, et la dénonciation de la « vieille gauche », au motif que ces mouvements n'étaient pas réellement anti-systémiques. En effet, les révolutionnaires avaient pour argument principal que ces mouvements, bien qu'ayant accédé au pouvoir, n'avaient pas changé les rapports sociaux de domination. Si ce mouvement n'a pas fondamentalement atteint ses objectifs, il a mené à de profondes transformations du système-monde. En premier lieu s'est opéré un changement de « géoculture », le règne de l'idéologie libérale sur les deux autres étant parvenu à sa fin. La gauche radicale et la droite conservatrice sont réapparues sur la scène politique en tant qu'acteurs autonomes. Dans ce cadre, les Etats-Unis ont opté pour un changement radical de stratégie afin de freiner leur déclin. La première série de projets était un changement de relations avec ses satellites européens et japonais, axées sur l'économie au prix d'une indépendance économique. La seconde consistait en l'abandon de politiques de développement national, au sein du processus de Washington. La troisième était la mise en place d'un Nouvel Ordre Mondial, afin d'endiguer la prolifération de l'arme nucléaire. Cette triple redéfinition de la stratégie américaine a connu une certaine réussite. L'effondrement des deux blocs de puissance a, selon Immanuel WALLERSTEIN, eu pour effet une transformation du système-monde et un délitement des mouvements conservateurs. Les anciens satellites soviétiques ont adopté des politiques néolibérales. Leurs effets négatifs se sont, en quelques années, fait ressentir, ce qui a eu pour effet un retour au pouvoir des vieux partis communistes qui ont mené des politiques sociales-démocrates modérées. En même temps, les partis nationalistes de droite ont regagné de l'ampleur, mais sont devenus instables.
  • En somme, c'est à ce stade que les mouvements anti-systémiques sont revenus sur le devant de la scène politique : l'effondrement initial de l'Union Soviétique avait provoqué une « dépression » dans les mouvements de gauche partout dans le monde. Après quelques années, la gauche mondiale est donc revenue dans ce contexte. Cependant, si la stagnation économique mondiale impliquée par la phase B du cycle de Kondratiev permet d'expliquer le retour de la gauche mondiale, un autre facteur ne relevant pas des changements cycliques de l'économie-monde mais d'un mouvement à plus long terme permet quant à lui d'envisager la crise terminale du capitalisme. Immanuel WALLERSTEIN explorera ce thème lors de la prochaine conférence.
  • Question 1 : Comment s'est opéré aux Etats-Unis comme ailleurs le retour de mouvements réactionnaires ? Question 2 : Comment comprendre que les mouvements autour des minorités ayant joué des rôles importants tout au cours du XXe siècle n'aient pas été mentionnés au cours de cet exposé ? Question 3 : Comment replacer la révolution de 1917 dans les deux grandes révolutions présentées (1848 et 1968) ? Question 4 : Quels sont les liens entre économie et idéologie ? Comment comprendre le conformisme idéologique aux Etats-Unis et en Europe ? Question 5 : Comment définir précisément les mouvements de gauche ? Peut-on les caractériser par une volonté anti-systémique ? Les forces de d'extrême-droite ne peuvent-elles pas être considérées comme anti-systémiques ?
Titre: Les échecs historiques pour créer une gauche mondiale
Sous-titre: Conférences « Penser global ». La gauche mondiale : hier, aujourd'hui, demain
Auteur(s): BOUTRY Philippe, WALLERSTEIN Immanuel, WIEVIORKA Michel
Date de réalisation: 05/11/2014
Lieu de réalisation: Université Paris 1 - Centre Panthéon 12 place du Panthéon 75005 Paris FRANCE
Genre: Conférence filmée
Langue(s): Français
Les conférences "Penser Global" sont organisées par le Collège d'études mondiales en partenariat avec l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En 2014/2015, c'est le sociologue américain Immanuel WALLERSTEIN qui intervient pour une série de trois conférences sur le thème : "La gauche mondiale : hier, aujourd'hui, demain" (The Global Left: Yesterday, Today, Tomorrow). Chacune des conférences analysera une période précise de l'histoire de la gauche mondiale.
Au cours de la première conférence, Immanuel WALLERSTEIN analyse les caractéristiques particulières du système-monde moderne et l'impact global de la Révolution française sur son développement. Il expose pourquoi elle a généré les trois idéologies : le conservatisme de droite,le libéralisme centriste et le radicalisme e gauche. Il analyse également les origines et les débats internes aux mouvements qu'il nomme « anti systémiques ». Il explique ensuite pourquoi le libéralisme centriste a pu dominer toute discussion de 1848 à 1968 et pourquoi la révolution-monde de 1968 a rebattu les cartes, permettant à la droite mondiale de prendre temporairement l'ascendant, jusqu'à la renaissance d'une gauche mondiale.
BOUTRY Philippe, WALLERSTEIN Immanuel, WIEVIORKA Michel. « Les échecs historiques pour créer une gauche mondiale », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°2235, 2014, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/2235
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
Le producteur de cette ressource audiovisuelle (documentaire audiovisuel, enregistrement audiovisuel, ...) est: © ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, FRANCE, 2014
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Le réalisateur (les réalisateurs) de cette ressource audiovisuelle (documentaire audiovisuel, enregistrement audiovisuel, ...) sont: © BLANCHANDIN Pierre, cadreur/réalisateur, Py Film, Sèvres, FRANCE, 2014 © DE PABLO Elisabeth, responsable éditoriale, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, FRANCE, 2014
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
L'auteur (les auteurs) de cette ressource audiovisuelle (documentaire audiovisuel, enregistrement audiovisuel, ...) sont: © BOUTRY Philippe, directeur, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Paris, FRANCE, 2014 © WALLERSTEIN Immanuel, sociologue, Université de Yale, New Haven, ETATS-UNIS, 2014 © WIEVIORKA Michel, administrateur, Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, FRANCE, 2014
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « Les échecs historiques pour créer une gauche mondiale »
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Les échecs historiques pour créer une gauche mondiale » (Portail AGORA, 2015): http://www.agora.msh-paris.fr/
Id analyse: 5b3a7d71-edbe-424a-be01-6c72c3a17ba3
Id vidéo: d21709fa-123f-494f-b9f3-3bd5fdde0c0f