Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 3/3. SPERBER Dan

Chapitre

Titre: Vers une théorie de la culture: l'explication causale
Durée: 00:01:49   [00:00:00 > 00:01:49]
Dan SPERBER commence ici par indiquer les éléments que devrait prendre en compte toute théorie de la culture : les aspects communicationnels ; les processus cognitifs ; les manières dont circulent ces processus. Sa démarche consiste donc à analyser les phénomènes globaux comme résultant de l’agrégation de phénomènes individuels, contre les approches holistes en sciences sociales. En définitive, les clés de l’explication causale se trouveraient du côté des expressions individuelles.
Titre: Le point de vue naturaliste (contre le postulat de l'individualisme méthodologique)
Durée: 00:05:45   [00:01:49 > 00:07:35]
Cependant, l’approche défendue par Dan SPERBER ne s’inscrit pas dans la tradition de l’individualisme méthodologique. Cette dernière postule que les phénomènes sociaux sont le résultat d’agrégation d’actions individuelles. Ces actions s’expliquent par des choix rationnels des agents. Dan SPERBER conteste ce postulat de rationalité supposée. D’un point de vue naturaliste, les individus ne sont pas des sujets rationnels mais des organismes complexes dont tous les comportements ne découlent pas de choix rationnels.
Titre: L'exemple de l'évolution des langues et la locution humaine
Durée: 00:05:40   [00:07:35 > 00:13:16]
Dan SPERBER illustre cette dernière idée. La parole est une action intentionnelle. Cependant, l’articulation, la langue, les mots venant à l’esprit, sont relativement indépendants d’une pure volonté. Dans ce cadre, l’évolution des langues est largement déterminée par les aspects de la communication qui échappent à l’intention volontaire.
Titre: Les processus cognitifs et le niveau "sub-personnel" de Daniel Dennett
Durée: 00:06:26   [00:13:16 > 00:19:42]
En somme, l’argument central contre l’individualisme méthodologique est que même les comportements volontaires ont toute une série d’aspects qui ne sont pas la réalisation d’un calcul rationnel. Ceux-ci jouent un rôle important dans l’évolution de phénomènes culturels. Il s’agit donc de les traiter dans leur totalité. En sciences cognitives, Daniel DENNETT a distingué le niveau personnel du niveau sub-personnel. Dans ce cadre, le sujet rationnel traité par l’individualisme méthodologique correspondrait au premier niveau, tandis que les comportements humains dans leur globalité et leurs différents mécanismes à l’intérieur de l’organisme (que prennent en compte les sciences cognitives) correspondraient au second.
Titre: Les antécédents d'une théorie cognitive et causale de la culture
Durée: 00:06:30   [00:19:42 > 00:26:12]
Cette conception n’est pas sans antécédent dans les sciences sociales. Le chercheur mobilise ici Gabriel TARDE, qui avait cherché à expliquer les phénomènes sociaux par des mécanismes infra-individuels. Plus récemment, un autre exemple est celui de la « théorie des mèmes » développée par le biologiste Richard DAWKINS dans son ouvrage Le gêne égoïste en 1976. Son idée était alors que, pour comprendre le processus de sélection naturelle, il est plus pertinent d’étudier l’élément reproducteur, c’est-à-dire le gène plutôt que l’organisme. Dan SPERBER se saisit de cette idée pour expliquer que les gènes ne sont pas les seuls éléments réplicateurs : les virus en seraient par exemple d’autres.
Titre: Les traits culturels comme réplicateurs: le programme mèmétique
Durée: 00:08:25   [00:26:12 > 00:34:37]
Une autre grande catégorie de réplicateurs serait, selon DAWKINS, les traits culturels. Par exemple, l’évolution des mots et de la langue seraient des réplicateurs en compétition de la linguistique. DAWKINS nomme ces réplicateurs les « mèmes ». A partir de là se développe un programme de « mèmétique » qui se propose d’analyser le monde social, en se demandant pourquoi certains traits parviennent à s’imposer par rapport à d’autres. Dan SPERBER indique ici que cette question, et plus largement les théories fondées sur le modèle darwinien, lui semblent particulièrement intéressantes pour trouver des explications causales des phénomènes socio-culturels. Le chercheur s’en démarque cependant sur un point : celles-ci présupposent que la transmission des réplicateurs s’opère de manière mécanique
Titre: Comment expliquer le phénomène de stabilité culturelle
Durée: 00:03:03   [00:34:37 > 00:37:41]
Dan SPERBER explique dans cette partie qu’une des lois de transmission des traits culturels est leur transformation et non leur réplication à l’identique. Au niveau global, cette transformation joue donc un rôle important. Comment donc expliquer la stabilisation culturelle ?
Titre: La partie limitée de l'imitation
Durée: 00:03:32   [00:37:41 > 00:41:13]
Le chercheur fait ici une parenthèse sur l’imitation. La mèmétique de DAWKINS suppose que la transmission des traits culturels repose sur l’imitation. Or, l’imitation, dans le cas humain, est limitée. Sa présence est partielle, sa qualité imparfaite, et son domaine d’application faible.
Titre: Le "tout-culturel" dans le cas des êtres humains
Durée: 00:03:47   [00:41:13 > 00:45:01]
L’humain moderne, à la différence d’espèces animales, semble être caractérisée par un « tout culturel ». Pourtant, une historicisation de cette observation permet de faire apparaitre que cette dernière n’est pas biologiquement déterminée : il n’en a pas été de même à d’autres périodes.
Titre: De la socio-biologie
Durée: 00:12:38   [00:45:01 > 00:57:39]
Dan SPERBER revient ici à la question de la stabilité des cultures humaines. Les études cognitives semblent pouvoir expliquer causalement les phénomènes culturels. A partir des années 1980 s’est développée la psychologie évolutionniste, représentée par Leda COSMIDES et John TOOBY. Pour comprendre ce courant, il semble nécessaire de voir de quelle manière les précédentes approches s’étaient saisies de la biologie. John DAWKINS expliquait que la sélection culturelle fonctionnait par analogie avec la sélection naturelle. Dans sa conception, l’esprit humain rend possible la réplication des mèmes, et ces deux processus sont totalement indépendants. En cela, sa conception de l’esprit est proche de celle défendue par l’anthropologie culturelle. Au pôle inverse se situe l’approche socio-biologique forte : les comportements sociaux animaux sont déterminés par leurs caractères biologiques. Les gènes déterminant les comportements dépendent eux-mêmes de conditions environnementales. Les socio-biologistes, dans leur expression forte, expliquent les comportements sociaux humains de la même manière. Dan SPERBER indique que cette conception est très réductrice, et contribue à nier une partie de l’histoire : les cultures humaines sont informées et non pas déclenchées par l’environnement. Par ailleurs, elles ont comme déterminant causal principal le passé de l’histoire culturelle.
Titre: La psychologie évolutionniste
Durée: 00:16:01   [00:57:39 > 01:13:41]
La psychologie évolutionniste s’est développée contre la socio-biologie dans sa tendance forte. L’objection indique que d’une part, entre le gène et le comportement, un élément médiateur existe : il s’agit de l’esprit humain. Par ailleurs, le cerveau humain a évolué sur une période longue, il existe une donc une unité de l’espèce psychique humaine : aucune différence sociale ou culturelle ne peut dès lors s’expliquer par une différence biologique. Dan SPERBER condamne ici toute pratique discriminatoire fondée sur une base biologique. Cependant, il précise que si les affinités entre pratiques discriminatoires et biologie sont réelles, les premières n’ont parfois pas besoin de la dernière pour s’exprimer. Par ailleurs, une recherche bien menée liant biologie et sciences sociales peut s’avérer scientifiquement féconde. En définitive, l’esprit humain a évolué sur des millions d’années. L’explosion culturelle, qui débuta il y a environ 40000 ans, a profondément changé le monde social dans lequel nous vivons, sans pour autant modifier notre cerveau. Selon Dan SPERBER, cela a pour conséquence que nous vivons dans un monde moderne avec un cerveau d’homme paléolithique. Dès lors, il n’y a pas de raison de penser que nos comportements, guidés par notre cerveau, soient adaptés au sens biologique du terme à l’environnement dans lequel nous nous trouvons. On a donc toutes les chances de penser que la vie sociale est neutre par rapport à l’environnement. Pour résumer, l’environnement dans lequel nous vivons et qui produit de l’histoire est très différent de celui dans lequel a évolué le cerveau humain. Il est donc vain de chercher à expliquer causalement les comportements par une expression adaptative des gènes.
Titre: La capacité modulaire de l' "esprit humain"
Durée: 00:14:43   [01:13:41 > 01:28:24]
La question suivante est alors : en fonction des connaissances sur les conditions dans lesquelles a évolué l’esprit humain, pouvons-nous avoir des hypothèses sur l’organisation de l’esprit humain ? Le chercheur explique qu’il n’existe pas une réponse générale à cette question, puisqu’il existerait différentes dispositions à catégoriser en fonction de domaines différents. Les sciences cognitives cherchent à mettre en évidence les possibilités de ces mécanismes.
Titre: La communication humaine dans une perspective évolutionniste
Durée: 00:18:38   [01:28:24 > 01:47:02]
Dan SPERBER rappelle que des arguments de psychologie cognitive mènent à penser que l’esprit humain fonctionne en termes de modules ou capacités spécialisées. Par ailleurs, on peut tirer des hypothèses sur les types de ces modules. Dan SPERBER ouvre ici une parenthèse sur la raison. SI elle est traditionnellement conçue comme une extension générale de la cognition individuelle, le chercheur indique que dans une perspective de psychologie évolutionniste, elle semble davantage être liée à des processus d’arbitrage de la confiance lors d’échange d’informations. Si la communication comporte des avantages (coopération, etc), elle présente aussi des dangers (abus, mensonges, etc.), La raison semble ainsi être la capacité spécifique (ou modulaire) à vérifier la cohérence d’une information émise par autrui, ou, à l’inverse, la capacité à traverser les filtres des destinataires.
Titre: L'exemple de la reconnaissance des visages
Durée: 00:14:30   [01:47:02 > 02:01:33]
Le chercheur illustre l’idée développée précédemment de capacités spécialisées. Par exemple, la reconnaissance des visages semble être une capacité d’adaptation au monde social. L’existence d’un module « reconnaissance des visages » rend possible son exploitation culturelle, pouvant prendre différentes formes. Cette dernière se fait par la production de stimuli qui appartiennent au domaine du module. Le module stabilise un certain nombre de pratiques culturelles, tout en laissant libres leurs variations et interprétations.
Titre: Vers une nouvelle ontologie du social: la question des institutions
Durée: 00:16:29   [02:01:33 > 02:18:02]
Genre: Extrait d'entretien filmé
Les processus de stabilisation des contenus culturels, ne pouvant s’expliquer par la transmission de la mémoire, semblent donc trouver leurs origines dans des mécanismes cognitifs, ainsi que sociaux et naturels. Dan SPERBER indique que loin de tout réductionnisme naturaliste (consistant à dire que la culture s’explique par une structure universelle de l’esprit humain), la stabilisation des représentations culturelles doit trouver des conditions historiques et sociales lui étant favorables. Dan SPERBER rappelle que son projet scientifique vise à articuler les dimensions cognitives et sociales dans l’explication des cultures humaines. Après ces développements, il indique que l’hypothèse de modules de l’esprit humain (relativement souples) semble jouer un rôle important dans la réponse qu’il apporte. Ces modules, structurant l’esprit, sont des dispositions à apprendre (et non des savoirs acquis), qui peuvent être modifiés de manière plus ou moins radicale par les cadres sociaux et institutionnels. Cependant, le chercheur ne considère par les institutions comme des entités abstraites, mais les fait rentrer dans son explication en termes d’épidémiologie des représentations.
Titre: Conclusion: retour au militantisme de la jeunesse, à la question du "socialisme scientifique" et aux enjeux éthiques pour les sciences sociales
Durée: 00:14:50   [02:18:02 > 02:32:53]
En conclusion de cette série d’entretiens, Dan SPERBER indique que son questionnement s’inscrit globalement dans le domaine de la philosophie des sciences, en ce qu’il s’intéresse aux rapports entre sciences sociales et sciences naturelles. A ce titre, il rappelle l’ontologie du social de Georges GURVITCH, qu’il a eu comme professeur. Cette conception, selon lui arbitraire, a eu comme effet de lui donner une rigueur conceptuelle concernant ces questions. Selon lui, la problématique fondamentale des sciences sociales, lors de ces dernières décennies, s’est transformée sous l’influence des sciences cognitives. Il rappelle ensuite l’état embryonnaire des connaissances actuelles du monde social. Il indique qu’une compréhension des mécanismes sociaux est nécessaire pour aller vers un monde plus juste, qu’il désire. En définitive, le chercheur réaffirme la difficulté et l’incertitude des chemins intellectuels qu’il a empruntés, mais aussi leur intérêt scientifique et social.

16 chapitres.
  • Dan SPERBER commence ici par indiquer les éléments que devrait prendre en compte toute théorie de la culture : les aspects communicationnels ; les processus cognitifs ; les manières dont circulent ces processus. Sa démarche consiste donc à analyser les phénomènes globaux comme résultant de l’agrégation de phénomènes individuels, contre les approches holistes en sciences sociales. En définitive, les clés de l’explication causale se trouveraient du côté des expressions individuelles.
  • Cependant, l’approche défendue par Dan SPERBER ne s’inscrit pas dans la tradition de l’individualisme méthodologique. Cette dernière postule que les phénomènes sociaux sont le résultat d’agrégation d’actions individuelles. Ces actions s’expliquent par des choix rationnels des agents. Dan SPERBER conteste ce postulat de rationalité supposée. D’un point de vue naturaliste, les individus ne sont pas des sujets rationnels mais des organismes complexes dont tous les comportements ne découlent pas de choix rationnels.
  • En somme, l’argument central contre l’individualisme méthodologique est que même les comportements volontaires ont toute une série d’aspects qui ne sont pas la réalisation d’un calcul rationnel. Ceux-ci jouent un rôle important dans l’évolution de phénomènes culturels. Il s’agit donc de les traiter dans leur totalité. En sciences cognitives, Daniel DENNETT a distingué le niveau personnel du niveau sub-personnel. Dans ce cadre, le sujet rationnel traité par l’individualisme méthodologique correspondrait au premier niveau, tandis que les comportements humains dans leur globalité et leurs différents mécanismes à l’intérieur de l’organisme (que prennent en compte les sciences cognitives) correspondraient au second.
  • Cette conception n’est pas sans antécédent dans les sciences sociales. Le chercheur mobilise ici Gabriel TARDE, qui avait cherché à expliquer les phénomènes sociaux par des mécanismes infra-individuels. Plus récemment, un autre exemple est celui de la « théorie des mèmes » développée par le biologiste Richard DAWKINS dans son ouvrage Le gêne égoïste en 1976. Son idée était alors que, pour comprendre le processus de sélection naturelle, il est plus pertinent d’étudier l’élément reproducteur, c’est-à-dire le gène plutôt que l’organisme. Dan SPERBER se saisit de cette idée pour expliquer que les gènes ne sont pas les seuls éléments réplicateurs : les virus en seraient par exemple d’autres.
  • Une autre grande catégorie de réplicateurs serait, selon DAWKINS, les traits culturels. Par exemple, l’évolution des mots et de la langue seraient des réplicateurs en compétition de la linguistique. DAWKINS nomme ces réplicateurs les « mèmes ». A partir de là se développe un programme de « mèmétique » qui se propose d’analyser le monde social, en se demandant pourquoi certains traits parviennent à s’imposer par rapport à d’autres. Dan SPERBER indique ici que cette question, et plus largement les théories fondées sur le modèle darwinien, lui semblent particulièrement intéressantes pour trouver des explications causales des phénomènes socio-culturels. Le chercheur s’en démarque cependant sur un point : celles-ci présupposent que la transmission des réplicateurs s’opère de manière mécanique
  • Le chercheur fait ici une parenthèse sur l’imitation. La mèmétique de DAWKINS suppose que la transmission des traits culturels repose sur l’imitation. Or, l’imitation, dans le cas humain, est limitée. Sa présence est partielle, sa qualité imparfaite, et son domaine d’application faible.
  • Dan SPERBER revient ici à la question de la stabilité des cultures humaines. Les études cognitives semblent pouvoir expliquer causalement les phénomènes culturels. A partir des années 1980 s’est développée la psychologie évolutionniste, représentée par Leda COSMIDES et John TOOBY. Pour comprendre ce courant, il semble nécessaire de voir de quelle manière les précédentes approches s’étaient saisies de la biologie. John DAWKINS expliquait que la sélection culturelle fonctionnait par analogie avec la sélection naturelle. Dans sa conception, l’esprit humain rend possible la réplication des mèmes, et ces deux processus sont totalement indépendants. En cela, sa conception de l’esprit est proche de celle défendue par l’anthropologie culturelle. Au pôle inverse se situe l’approche socio-biologique forte : les comportements sociaux animaux sont déterminés par leurs caractères biologiques. Les gènes déterminant les comportements dépendent eux-mêmes de conditions environnementales. Les socio-biologistes, dans leur expression forte, expliquent les comportements sociaux humains de la même manière. Dan SPERBER indique que cette conception est très réductrice, et contribue à nier une partie de l’histoire : les cultures humaines sont informées et non pas déclenchées par l’environnement. Par ailleurs, elles ont comme déterminant causal principal le passé de l’histoire culturelle.
  • La psychologie évolutionniste s’est développée contre la socio-biologie dans sa tendance forte. L’objection indique que d’une part, entre le gène et le comportement, un élément médiateur existe : il s’agit de l’esprit humain. Par ailleurs, le cerveau humain a évolué sur une période longue, il existe une donc une unité de l’espèce psychique humaine : aucune différence sociale ou culturelle ne peut dès lors s’expliquer par une différence biologique. Dan SPERBER condamne ici toute pratique discriminatoire fondée sur une base biologique. Cependant, il précise que si les affinités entre pratiques discriminatoires et biologie sont réelles, les premières n’ont parfois pas besoin de la dernière pour s’exprimer. Par ailleurs, une recherche bien menée liant biologie et sciences sociales peut s’avérer scientifiquement féconde. En définitive, l’esprit humain a évolué sur des millions d’années. L’explosion culturelle, qui débuta il y a environ 40000 ans, a profondément changé le monde social dans lequel nous vivons, sans pour autant modifier notre cerveau. Selon Dan SPERBER, cela a pour conséquence que nous vivons dans un monde moderne avec un cerveau d’homme paléolithique. Dès lors, il n’y a pas de raison de penser que nos comportements, guidés par notre cerveau, soient adaptés au sens biologique du terme à l’environnement dans lequel nous nous trouvons. On a donc toutes les chances de penser que la vie sociale est neutre par rapport à l’environnement. Pour résumer, l’environnement dans lequel nous vivons et qui produit de l’histoire est très différent de celui dans lequel a évolué le cerveau humain. Il est donc vain de chercher à expliquer causalement les comportements par une expression adaptative des gènes.
  • La question suivante est alors : en fonction des connaissances sur les conditions dans lesquelles a évolué l’esprit humain, pouvons-nous avoir des hypothèses sur l’organisation de l’esprit humain ? Le chercheur explique qu’il n’existe pas une réponse générale à cette question, puisqu’il existerait différentes dispositions à catégoriser en fonction de domaines différents. Les sciences cognitives cherchent à mettre en évidence les possibilités de ces mécanismes.
  • Dan SPERBER rappelle que des arguments de psychologie cognitive mènent à penser que l’esprit humain fonctionne en termes de modules ou capacités spécialisées. Par ailleurs, on peut tirer des hypothèses sur les types de ces modules. Dan SPERBER ouvre ici une parenthèse sur la raison. SI elle est traditionnellement conçue comme une extension générale de la cognition individuelle, le chercheur indique que dans une perspective de psychologie évolutionniste, elle semble davantage être liée à des processus d’arbitrage de la confiance lors d’échange d’informations. Si la communication comporte des avantages (coopération, etc), elle présente aussi des dangers (abus, mensonges, etc.), La raison semble ainsi être la capacité spécifique (ou modulaire) à vérifier la cohérence d’une information émise par autrui, ou, à l’inverse, la capacité à traverser les filtres des destinataires.
  • Le chercheur illustre l’idée développée précédemment de capacités spécialisées. Par exemple, la reconnaissance des visages semble être une capacité d’adaptation au monde social. L’existence d’un module « reconnaissance des visages » rend possible son exploitation culturelle, pouvant prendre différentes formes. Cette dernière se fait par la production de stimuli qui appartiennent au domaine du module. Le module stabilise un certain nombre de pratiques culturelles, tout en laissant libres leurs variations et interprétations.
  • Extrait d'entretien filmé. Les processus de stabilisation des contenus culturels, ne pouvant s’expliquer par la transmission de la mémoire, semblent donc trouver leurs origines dans des mécanismes cognitifs, ainsi que sociaux et naturels. Dan SPERBER indique que loin de tout réductionnisme naturaliste (consistant à dire que la culture s’explique par une structure universelle de l’esprit humain), la stabilisation des représentations culturelles doit trouver des conditions historiques et sociales lui étant favorables. Dan SPERBER rappelle que son projet scientifique vise à articuler les dimensions cognitives et sociales dans l’explication des cultures humaines. Après ces développements, il indique que l’hypothèse de modules de l’esprit humain (relativement souples) semble jouer un rôle important dans la réponse qu’il apporte. Ces modules, structurant l’esprit, sont des dispositions à apprendre (et non des savoirs acquis), qui peuvent être modifiés de manière plus ou moins radicale par les cadres sociaux et institutionnels. Cependant, le chercheur ne considère par les institutions comme des entités abstraites, mais les fait rentrer dans son explication en termes d’épidémiologie des représentations.
  • En conclusion de cette série d’entretiens, Dan SPERBER indique que son questionnement s’inscrit globalement dans le domaine de la philosophie des sciences, en ce qu’il s’intéresse aux rapports entre sciences sociales et sciences naturelles. A ce titre, il rappelle l’ontologie du social de Georges GURVITCH, qu’il a eu comme professeur. Cette conception, selon lui arbitraire, a eu comme effet de lui donner une rigueur conceptuelle concernant ces questions. Selon lui, la problématique fondamentale des sciences sociales, lors de ces dernières décennies, s’est transformée sous l’influence des sciences cognitives. Il rappelle ensuite l’état embryonnaire des connaissances actuelles du monde social. Il indique qu’une compréhension des mécanismes sociaux est nécessaire pour aller vers un monde plus juste, qu’il désire. En définitive, le chercheur réaffirme la difficulté et l’incertitude des chemins intellectuels qu’il a empruntés, mais aussi leur intérêt scientifique et social.
Titre: Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 3/3
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Auteur(s): SPERBER Dan
Date de réalisation: 20/11/2002
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme 54 Boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Ce troisième entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER approfondit le volet de ses recherches concernant l'épidémiologie des représentations, lui servant de modèle explicatif de l'évolution et de la stabilisation des cultures.
Dan SPERBER est un chercheur en sciences sociales et cognitives. Il est l’auteur de Le Structuralisme en anthropologie (Seuil 1968/1973), Le Symbolisme en général (Hermann 1974), Le Savoir des anthropologues (Hermann 1982), et La Contagion des Idées (Odile Jacob 1996). Dans ces trois livres, il a développé une conception naturaliste de la culture sous le nom d’épidémiologie des représentations. Dan SPERBER est aussi le co-auteur, avec Deirdre WILSON de l’Université de Londres de La Pertinence, Communication et Cognition (Minuit 1989 - Seconde Edition révisée en anglais : Relevance : Communication and Cognition Second Edition, Blackwell 1995). Ensemble, ils ont développé une conception cognitive de la communication sous le nom de Théorie de la pertinence. L’épidémiologie des représentations et la théorie de la pertinence ont l’une et l’autre suscité de nouvelles recherches et aussi des controverses. Au cours de ce troisième entretien, Dan SPERBER se centrera plus spécifiquement sur l'épidémiologie des représentations.
Sujet: Discipline/approche SHS
Topique: Anthropologie cognitive
Discipline(s), approche(s): Anthropologie culturelle
Discipline(s), approche(s): Linguistique
Discipline(s), approche(s): Psychologie
Libellé: culture
Mots-clés: culture; évolution; stabilisation; sciences sociales; sciences cognitives
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Conversation ; Critique ; Définition ; Dialogue ; Discussion ; Entretien ; Exemplification ; Explication ; Exposé scientifique ; Interprétation ; Interrogation ; Présentation de soi
Le projet global du chercheur Dan SPERBER est de repenser les fondements des sciences sociales, en réintroduisant la question largement évacuée de l'esprit au sein de celles-ci. Pour cela, il adopte une approche mêlant notamment anthropologie, linguistique, et psychologie.
L'objet de recherche privilégié par le chercheur est celui de la culture. Comment comprendre l'évolution et la stabilisation de ces dernières?
Sujet: Domaines et objets de recherche sur les cultures
Topique: La notion "culture"
Approche, domaine: Transmission culturelle
Approche, domaine: Evolution culturelle
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine ; XXIe siècle ap. J.-C.
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Conversation ; Critique ; Définition ; Description ; Dialogue ; Discussion ; Entretien ; Exemplification ; Explication ; Exposé scientifique ; Interprétation ; Interrogation
Le chercheur Dan SPERBER chercher à expliquer l'évolution et la stabilisation de cultures en accordant une place importante aux structures de l'esprit humain, largement délaissées par les sciences sociales classiques. Pour cela, il adopte une démarche originale mêlant sciences sociales et cognitives.
Type: Exposé(s) scientifique(s)
Exposé scientifique sur l’anthropologie cognitive, le langage, la communication et l’évolution.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Entretien avec le chercheur Dan SPERBER destiné à toute personne s’intéressant aux sciences sociales et cognitives.
SPERBER Dan. « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 3/3 », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°62, 2002, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/62/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BILJETINA Charles, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © STOCKINGER Peter, professeur des universités, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© SPERBER Dan, chercheur en sciences sociales et cognitives, Institut Jean Nicod, Paris, France, 2002
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
Titre: Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 3/3 »
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 3/3 ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 69af96ef-7410-4529-8b30-3a6d2162ba28
Id vidéo: d1ef1ec6-7885-44ef-beec-f614bb955c99
Analyse du troisième entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER.