Le terrain anthropologique. GODELIER Maurice

Chapitre

Titre: Les transformations contemporaines des conditions du métier d’anthropologue
Durée: 00:19:30   [00:00:00 > 00:19:30]
Genre: Extrait d'un séminaire de recherche filmé
Au cours de la séance précédente, Maurice GODELIER a indiqué que deux moments ayant transformé la pratique anthropologique. D’une part, en 1945 commencèrent les processus de décolonisation, questionnant le statut de l’anthropologie. Par ailleurs, la chute du mur de Berlin en 1989 laissa place à l’avènement de l’économie mondialisée en même temps qu’à une segmentation des sociétés sur le plan politique. Toutes ces sociétés désormais locales sont également intégrées sur le plan global, ce qui a des répercussions sur la pratique du métier d’anthropologue. Des compétences en histoire aussi bien qu’en économie sont désormais indispensables à tout anthropologue, selon Maurice GODELIER. Les phénomènes de décolonisation et de globalisation ont aussi eu des effets sur le pan théorique de la discipline. En premier lieu, la décolonisation a entrainé une critique des œuvres du XIXe siècle visant à évaluer le rapport d’anciens anthropologues occidentaux à la colonisation. Par ailleurs, des travaux ethnologiques ont été utilisés comme outils de réactivation de la mémoire par des sociétés ayant connu de fortes ruptures culturelles. Enfin, l’anthropologie s’est diversifiée culturellement au cours de ces dernières décennies : elle n’est plus l’apanage unique de l’Occident.
Titre: La formation au métier d’anthropologue
Durée: 00:14:20   [00:19:30 > 00:33:50]
Selon Maurice GODELIER, la formation au métier d’anthropologue (mais aussi à celui d’historien, ou de sociologue) passe par la construction d’un « moi cognitif », qui consiste en un décentrement de son regard par rapport à son «moi » intime et à son « moi » social, informant nos catégories de pensée. Il s’agit, à travers cette pratique, de découvrir des logiques spécifiques sans projeter sur elles ses propres jugements. En définitive, Maurice GODELIER encourage tous les jeunes praticiens des sciences sociales à se forger un outillage intellectuel spécifique, autant qu’à cultiver des expériences et pratiques relevant de ces disciplines, comme par exemple l’expérience d’un terrain ethnographique pour les anthropologues.
Titre: La pratique du terrain ethnographique
Durée: 00:08:51   [00:33:50 > 00:42:41]
Maurice GODELIER développe dans cette partie une conception critique du terrain ethnographique. Il questionne tout d’abord la notion d’observation participante, en se demandant dans quelle mesure l’ethnographe sur le terrain participe réellement aux pratiques observées. Selon lui, un anthropologue, à l’inverse des individus observés, ne produit jamais ses conditions concrètes d’existence sur le terrain. Pour Maurice GODELIER, le but du travail de terrain est de comprendre les logiques spécifiques de la société dans laquelle l’ethnographe se trouve ainsi que les significations que les individus attribuent à leurs actions, mais aussi d’observer les règles que suivent ou non les individus pour produire leurs conditions quotidiennes d’existence.
Titre: L’impasse de la critique postmoderniste
Durée: 00:35:04   [00:42:41 > 01:17:46]
Maurice GODELIER aborde ensuite un débat ayant lieu dans les sciences sociales contemporaines. Les postmodernistes anglo-saxons ont abandonné les postulats suivants : l’altérité n’est jamais absolue mais relative ; il est possible pour l’homme de comprendre ce que d’autres ont fait, même si les premiers ne s’identifient pas aux seconds. Cet abandon est selon l’anthropologue extrêmement préjudiciable aux sciences sociales, en ce qu’il sape tous les fondements de ces disciplines. Selon lui, cette critique mène à une impasse théorique, ayant également des effets politiques forts. Une manière d’en sortir est selon Maurice GODELIER de systématiser les pratiques d’observation et d’enquête, permettant ainsi de comprendre ce que font les individus et d’obtenir des données objectives. Il explique comment il a tenté de procéder de la sorte lors de ses enquêtes chez les Baruyas de Nouvelle-Guinée. Il montre par exemple le type de fiches qu’il construit pour étudier le système de parenté des Baruyas. Maurice GODELIER récuse en définitive la critique du postmodernisme selon laquelle toute connaissance de l’autre est impossible.
Titre: Les enquêtes systématiques et la mise en évidence de la récurrence des pratiques
Durée: 00:44:42   [01:17:46 > 02:02:28]
Maurice GODELIER indique ici que l’observation systématique permet de mettre en évidence la régularité de tous types de pratiques. Il prend pour exemple l’accouchement chez les Baruyas pour illustrer ce point. Il continue ensuite en livrant plusieurs expériences d’études systématiques lors de ses multiples séjours en Nouvelle-Guinée chez les Baruyas, sur les outils de pierre, les usages du corps, la productivité du travail, etc. En définitive, les enquêtes systématiques, à l’intérieur desquels s’encastrent plusieurs problématiques, sont nécessaires pour mener un véritable travail de terrain, sur le temps long.

5 chapitres.
  • Extrait d'un séminaire de recherche filmé. Au cours de la séance précédente, Maurice GODELIER a indiqué que deux moments ayant transformé la pratique anthropologique. D’une part, en 1945 commencèrent les processus de décolonisation, questionnant le statut de l’anthropologie. Par ailleurs, la chute du mur de Berlin en 1989 laissa place à l’avènement de l’économie mondialisée en même temps qu’à une segmentation des sociétés sur le plan politique. Toutes ces sociétés désormais locales sont également intégrées sur le plan global, ce qui a des répercussions sur la pratique du métier d’anthropologue. Des compétences en histoire aussi bien qu’en économie sont désormais indispensables à tout anthropologue, selon Maurice GODELIER. Les phénomènes de décolonisation et de globalisation ont aussi eu des effets sur le pan théorique de la discipline. En premier lieu, la décolonisation a entrainé une critique des œuvres du XIXe siècle visant à évaluer le rapport d’anciens anthropologues occidentaux à la colonisation. Par ailleurs, des travaux ethnologiques ont été utilisés comme outils de réactivation de la mémoire par des sociétés ayant connu de fortes ruptures culturelles. Enfin, l’anthropologie s’est diversifiée culturellement au cours de ces dernières décennies : elle n’est plus l’apanage unique de l’Occident.
  • Selon Maurice GODELIER, la formation au métier d’anthropologue (mais aussi à celui d’historien, ou de sociologue) passe par la construction d’un « moi cognitif », qui consiste en un décentrement de son regard par rapport à son «moi » intime et à son « moi » social, informant nos catégories de pensée. Il s’agit, à travers cette pratique, de découvrir des logiques spécifiques sans projeter sur elles ses propres jugements. En définitive, Maurice GODELIER encourage tous les jeunes praticiens des sciences sociales à se forger un outillage intellectuel spécifique, autant qu’à cultiver des expériences et pratiques relevant de ces disciplines, comme par exemple l’expérience d’un terrain ethnographique pour les anthropologues.
  • Maurice GODELIER développe dans cette partie une conception critique du terrain ethnographique. Il questionne tout d’abord la notion d’observation participante, en se demandant dans quelle mesure l’ethnographe sur le terrain participe réellement aux pratiques observées. Selon lui, un anthropologue, à l’inverse des individus observés, ne produit jamais ses conditions concrètes d’existence sur le terrain. Pour Maurice GODELIER, le but du travail de terrain est de comprendre les logiques spécifiques de la société dans laquelle l’ethnographe se trouve ainsi que les significations que les individus attribuent à leurs actions, mais aussi d’observer les règles que suivent ou non les individus pour produire leurs conditions quotidiennes d’existence.
  • Maurice GODELIER aborde ensuite un débat ayant lieu dans les sciences sociales contemporaines. Les postmodernistes anglo-saxons ont abandonné les postulats suivants : l’altérité n’est jamais absolue mais relative ; il est possible pour l’homme de comprendre ce que d’autres ont fait, même si les premiers ne s’identifient pas aux seconds. Cet abandon est selon l’anthropologue extrêmement préjudiciable aux sciences sociales, en ce qu’il sape tous les fondements de ces disciplines. Selon lui, cette critique mène à une impasse théorique, ayant également des effets politiques forts. Une manière d’en sortir est selon Maurice GODELIER de systématiser les pratiques d’observation et d’enquête, permettant ainsi de comprendre ce que font les individus et d’obtenir des données objectives. Il explique comment il a tenté de procéder de la sorte lors de ses enquêtes chez les Baruyas de Nouvelle-Guinée. Il montre par exemple le type de fiches qu’il construit pour étudier le système de parenté des Baruyas. Maurice GODELIER récuse en définitive la critique du postmodernisme selon laquelle toute connaissance de l’autre est impossible.
  • Maurice GODELIER indique ici que l’observation systématique permet de mettre en évidence la régularité de tous types de pratiques. Il prend pour exemple l’accouchement chez les Baruyas pour illustrer ce point. Il continue ensuite en livrant plusieurs expériences d’études systématiques lors de ses multiples séjours en Nouvelle-Guinée chez les Baruyas, sur les outils de pierre, les usages du corps, la productivité du travail, etc. En définitive, les enquêtes systématiques, à l’intérieur desquels s’encastrent plusieurs problématiques, sont nécessaires pour mener un véritable travail de terrain, sur le temps long.
Titre: Le terrain anthropologique
Sous-titre: Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué – Séance du 12 décembre 2005
Auteur(s): GODELIER Maurice
Date de réalisation: 12/12/2005
Lieu de réalisation: Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) 54 boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Cours d'enseignement supérieur filmé
Langue(s): Français
Cette deuxième séance du séminaire « Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué », mené durant l’année 2005-2006 à l’EHESS, est consacrée à une présentation générale du terrain en anthropologie, et plus largement en sciences sociales. Après avoir rappelé les transformations contemporaines ayant eu des effets sur le métier d’anthropologue, il donne des conseils aussi bien pratiques que théoriques relatifs à la formation aux métiers des sciences sociales. L’anthropologue développe ensuite une conception critique du terrain ethnographique, ce qui le mène à aborder la critique portée par les courants postmodernistes aux sciences sociales, et d’y répondre en proposant une systématisation des enquêtes.
Maurice GODELIER est anthropologue, directeur d’études à l’EHESS et directeur du Centre de Recherches et de Documentation sur l’Océanie (CREDO). Normalien et agrégé de philosophie, Maurice GODELIER entre en 1960 à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en tant que chef de travaux auprès de Fernand BRAUDEL, puis en qualité de maitre-assistant auprès de Claude LEVI-STRAUSS. Il effectue à partir de 1967 une étude ethnologique chez les Baruyas en Nouvelle-Guinée, qui aboutira notamment à la publication en 1982 de son célèbre ouvrage « La production des grands hommes ». Outre ses recherches anthropologiques, Maurice GODELIER s’est impliqué dans la structuration institutionnelle des sciences de l’homme. A titre d’exemple, il devient en 1982 chef du premier département des Sciences de l'Homme et de la Société du CNRS. En 2002, il remet au premier ministre un rapport sur « L'état des Sciences de l'Homme et de la Société en France et leur rôle dans la construction de l'Espace Européen de la Recherche ». En 2001, il reçoit la médaille d’or du CNRS pour l’ensemble de ses travaux. Au cours de cette séance de séminaire, Maurice GODELIER rappelle les transformations contemporaines ayant eu des effets sur le métier d’anthropologue. Après avoir donné des conseils aussi bien pratiques que théoriques relatifs à la formation aux métiers des sciences sociales, il développe une conception critique du terrain ethnographique. Cela le mène à aborder la critique portée par les courants postmodernistes aux sciences sociales, et d’y répondre en proposant une systématisation des enquêtes.
GODELIER Maurice. « Le terrain anthropologique », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°932, 2005, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/932/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2016
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© DE PABLO Elisabeth, responsable éditoriale, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2005 © SPUTO-MIALET Margot, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2005 © MAESTRE Alice, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2005
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© GODELIER Maurice, anthropologue, CREDO (Université Aix-Marseille/EHESS/CNRS), France, 2005
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « Le terrain anthropologique »
Sous-titre: Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué – Séance du 12 décembre 2005
Langue(s): Français
Type: Analyses de base de l'objet média
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Le terrain anthropologique » (Portail ARC, 2016), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 72540bf3-b816-4876-b860-0f389a6833ae
Id vidéo: 5a2573b7-eea7-4d8d-9c98-a47444853886
Analyse de la vidéo d’une séance de séminaire de Maurice GODELIER.