Séance 4- Ethnographie des chants thérapeutiques Kunas. Carlo SEVERI

Chapitre

Titre: L'hypothèse de la tradition orale: confronter les concepts aux observations de terrain
Durée: 00:07:25   [00:00:00 > 00:07:25]
Genre: Extrait d'une enquête ethnographique filmée
Une tradition orale peut être pensée en imaginant une scène familière, dans laquelle un conteur nous amène dans une autre dimension à travers la captation de notre attention reposant sur une séquence d’évènements liés entre eux par une certaine intrigue. Dans les traditions africaines on a ainsi des intrigues sommairement esquissées qui passent de bouche en bouche, d’oreille en oreille, dans une sorte de flux continuel. Une des interprétations sociologiques possibles, dit SEVERI, serait de dire que cette pratique appartiendrait aux sociétés «sans mémoire». Or il explique comment il a contré cette interprétation en créant une hypothèse différente, centrée sur un contexte de travail ethnographique. En étudiant les Kunas de Panama (Côte atlantique de la Comarca de San Blas),qui ont une tradition chamanique prospère, il a provoqué des «aller et retour» entre les concepts et les faits de terrain, ce qui a permis une révision progressive de l’outillage conceptuel.
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Titre: La place de la narration dans les chants thérapeutiques Kunas
Durée: 00:06:19   [00:07:25 > 00:13:45]
La première démarche est de se débarrasser des mots inertes comme par exemple «narration», expose SEVERI. Il donne un exemple concret en examinant la forme (très différente d’une forme narrative) et le contexte d’énonciation. Il rappelle ensuite le schéma narratif classique définit par les théoriciens du chamanisme comme Mircea Eliade, qui explique le chamanisme comme une grande intrigue internationale qui irait de l’Asie centrale jusqu’à l’Océanie, et qui raconterait la disparition d’un principe spirituel : la disparition d’une âme provoque un corps souffrant. L’activité thérapeutique, selon eux, serait alors essentiellement réduite à l’intervention du retour à l’ordre, c’est-à-dire la recherche de l’âme perdue et son rétablissement dans le corps pour lui redonner la santé. SEVERI prétend que ce schéma narratif ne se trouve qu’en toile de fond et que du point de vue de la forme, on trouve plutôt de façon récurrente une organisation presque musicale de groupes de mots qui, selon lui, a un sens. Il précise d’ailleurs que ces séquences de mots n’ont rien d’une interlocution directe puisque les témoins ne comprennent rien à ce que le chant communique et qu’on trouve des interlocuteurs animaux dans ce chant, ce qui signifie qu’on utilise une langue dont la source n’est pas humaine.
Sujet: Pratique religieuse
Topique: Chamanisme kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Ethnolinguistique
Libellé: Narration dans les chants chamaniques kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Titre: La position du conteur
Durée: 00:08:14   [00:13:45 > 00:21:59]
Genre: Extrait d'une recherche de terrain filmée
La narration traditionnelle occidentale joue avec l’attention et provoque une mise en attente d’un développement ou d’une surprise. La position d’énonciation n’est pas marquée: c’est une parole qui est à tout le monde et qui acquiert une valeur par sa diffusion. Elle fait partie des grands patrimoines communs, explique SEVERI. Le chant chamanique, lui, s’énonce dans certaines conditions spécifiques, ce qui multiplie les obstacles à la propagation. Il s’agit d’une tradition orale qui est aussi chorégraphique, qui n’a pas de structure narrative, et qui contient des parties qui ne doivent jamais être énoncées. SEVERI revient sur la définition du mot «chant»: le terme indigène Igala signifie «parcours» et il n’est en aucun cas question de musique, même si les mots sont assemblés de manière sonore. SEVERI démontre que le modèle de la tradition orale, qu’on aurait pu être tenté de prendre comme référence, ne fonctionne pas pour le chant chamanique Kuna.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Ethnolinguistique
Libellé: Enonciation dans les chants chamaniques kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Titre: La fonction des chants thérapeutiques et le contexte culturel
Durée: 00:10:01   [00:21:59 > 00:32:01]
Dans le contexte enrichi de l’ethnographie, une fonction attribuée à un chant prend en compte les mots du chant ainsi que les commentaires des profanes et des thérapeutes. Le premier aspect permet d’examiner ce que les mots du chaman apportent à la santé du malade, le deuxième s’attarde sur l’association d’un chant et d’un patient. L’étude de la forme, du contexte et de la fonction sont rattachés au concept de mémoire sociale. La forme est présente en tant que technique de représentation mentale, le contexte pour l’énonciation des segments et la diffusion dans la société, et la fonction pour la préservation d’un savoir partagé dans le temps, à l’intérieur de la communauté. L’étude de la fonction implique la prise en compte d’un «extérieur» dans lequel les Kunas distinguent les végétaux et les animaux, cette dernière catégorie étant celle dans laquelle ils classent «les blancs» et sur laquelle SEVERI s’attarde longuement.
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Titre: Explication mythologique de la maladie (folie)
Durée: 00:18:42   [00:32:01 > 00:50:43]
La notion de maladie chez les Kunas est associée à différents degrés de folie, et pleinement liée à la voix. Dans le chant, on retrouve trois types d’évènements, raconte SEVERI : tout d’abord la crise de «locura» (folie), puis une explication possible donnée par un mythe nocturne, et enfin par un mythe diurne. On retrouve des éléments récurrents: la présence des animaux et surtout celle du «jaguar du ciel» avec lequel le patient a eu des relations sexuelles en rêve, ce qui a provoqué une transformation intérieure qui a fait apparaître une pathologie du langage. SEVERI décrit ensuite les trois degrés de folie que distinguent les Kunas : «ceux qui font comme le vent» et qui présentent des indices d’une petite folie à travers un comportement agité, «ceux qui imitent les animaux» et qui sont entrés dans la grande folie, et enfin une catégorie très distincte, qui s’apparente à la sorcellerie, «ceux qui deviennent les complices du jaguar du ciel» volontairement, catégorie dans laquelle on classe aussi les tueurs, explique-t-il.
Sujet: Médecine traditionnelle
Topique: Chant chamanique kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Figure de vénération
Topique: Jaguar du ciel kuna
Détail particulier: Panama
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Vie culturelle
Topique: Textes, récits, mythologies de référence
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Titre: Explications autour du chant de "La voix de Mu" et de l'article de Lévi-Strauss "L'efficacité symbolique"
Durée: 00:12:33   [00:50:43 > 01:03:17]
Genre: Extrait d'une recherche de terrain filmée
«La voix de Mu» est le premier texte magico-religieux publié en 1947 par les anthropologues Nils M. Holmer et H. Wassen. Ce chant évoque l’esprit féminin de l’engendrement (Mu) auquel les chamanes font appel lors d’un accouchement difficile. Carlo SEVERI commente dans ce passage l’article de Claude Lévi-Strauss, «L’efficacité symbolique», dans lequel il décrypte le déroulement du chant Kuna par rapport aux schémas traditionnels narratifs des chants chamaniques.
Sujet: Pratique religieuse
Topique: Efficacité symbolique (Claude Lévi-Strauss)
Détail particulier: Claude Lévi-Strauss
Sujet: Culture religieuse et croyance populaire
Topique: Voix de Mu (1947)
Détail particulier: Nils M. Holmer et H. Wassen
Localisation spatiale du thème: Panamá
Type: Essais de recherche
Auteur: Claude Lévi-strauss
Url: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1949_num_135_1_5632
"Le premier grand texte magico-religieux connu, relevant des cultures sud-américaines, qui vient d'être publié par MM. Wassen et Homer, jette un jour très nouveau sur certains aspects de la cure shamanistique, et pose des problèmes d'interprétation théorique que l'excellent commmentaire des éditeurs ne suffit certes pas à épuiser. [...] L'objet du chant est d'aider à un accouchement difficile. [...] Lévi-Strauss Claude. L'efficacité symbolique. In: Revue de l'histoire des religions, tome 135 n°1, 1949. pp. 5-27.
Type: Livres numériques
Auteur: Claude Le Manchec
Url: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1991_num_208_1_1683
Dans la seconde édition de son essai sur le chamanisme, M. Eliade ajoute un épilogue où il évoque la filiation entre les créations verbales des chamans et le langage poétique. Le dialogue ainsi escompté entre l'histoire des religions et la littérature moderne repose sur l'idée de la perpétuation de la transe chamanique dans la création littéraire : en préparant sa transe, le chaman parlerait un « langage secret », véritable parangon du langage poétique. Mais Eliade ne peut apporter la preuve du rôle eminent joué par ce langage secret qui n'est qu'un épiphénomène de la créativité vocale et verbale des chamans. Celle-ci contribue avec la danse et la musique à faire de la séance chamanique un spectacle total auquel participe l'assistance. Le Manchec Claude. Mircéa Eliade, le chamanisme et la littérature. In: Revue de l'histoire des religions, tome 208 n°1, 1991. pp. 27-48.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Richard Rechtman
Url: http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=DEC_DRACH_2008_01_0179
Dans deux articles désormais célébres, parus en 1949 , Claude Lévi-Strauss forgeait la notion d'efficacité symbolique pour rendre compte de certains effets observables de la magie. La thèse était audacieuse puisque l'auteur proposait non seulement d'expliquer sociologiquement les phénomènes d'adhésion collective aux discours et aux pratiques magiques, mais également, de rendre compte de l'efficacité...
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Titre: L'intervention thérapeutique et les deux morts possibles
Durée: 00:13:21   [01:03:17 > 01:16:38]
Genre: Extrait d'entretien filmé
En Occident, la thérapie est vue comme une forme de lutte contre la mort. Pour les chamanes, ce qui compte c’est la nature de la mort, la façon dont le patient meurt. Pour eux, il n’existe que deux formes de mort, la mort dangereuse, opaque, et la mort juste et transparente. Dans la première, la mort dangereuse, on considère que le tueur inflige à sa victime son état de pollution : il y a donc une identification extrême qui devient une relation de prédation. Le chamane peut alors décider de donner la mort au patient (en lui administrant un poison) afin de transformer cette mort dangereuse en mort juste. Dans le deuxième cas, la mort transparente, on retrouve l’acte de transformation d’une mort subie en mort voulue, comme dans le cas de la médiation du gendre envers son beau-père que SEVERI raconte en détail.
Sujet: Médecine traditionnelle
Topique: Chant chamanique kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Culture religieuse et croyance populaire
Topique: La mort dans les chants thérapeutiques Kunas
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Titre: Synthèse sur le chant comme témoin du pacte entre les humains et les animaux/ Formes communicatives sonores
Durée: 00:22:05   [01:16:38 > 01:38:44]
Genre: Extrait d'entretien filmé
Le chant possède un schéma relationnel dans lequel les humains positionnent les animaux dans une sorte d’alliance pacifique. Severi rappelle les symboliques qu’il a développé précédemment (le duel au chapeau, le secret des fiançailles, la mort transparente), et conclut que dans le chant, il n’y a donc pas d’obstacles à la compréhension, mais bien une construction pensée comme une communication avec l’animal en vue de l’acte thérapeutique. Il continue en expliquant que la tradition ne raconte pas seulement une histoire, mais qu’elle investit une dimension indépendante du sens des mots à travers une régularité sonore qui mime l’existence d’une langue non humaine. Le schéma relationnel entre les animaux et les humains conditionne l’intervention thérapeutique qui se décrit à travers le concept de maladie. Il rappelle également que l’interlocuteur n’est jamais le malade et que la mort n’est pas une falsification de l’efficacité de la thérapie. SEVERI fait ensuite la distinction entre les chants chamaniques et les chants musicaux tout en démontrant les liens qui les rapprochent. Il rappelle que la musique est toujours d’origine animale et qu’elle représente un dialogue par l’intermédiaire des sons, un véritable mimétisme du langage verbal, dit-il. La forme des compositions musicales et les sons des instruments imitant les animaux rappellent les onomatopées des chants Kunas qui symbolisent une métamorphose continuelle de l’énonciateur. Il existe une lexicalisation de l’onomatopée et une synesthésie entre la dimension sonore et l’aspect sémantique et iconique. Il conclut ce passage en affirmant que la recherche anthropologique avance : la théorie habituelle réduit la tradition orale à la parole, le rôle de l’image durant ces dernières années a été pris en compte dans les études sur la mémoire, et maintenant, on a compris que la dimension sonore répondait à sa propre logique. Il faut donc déchiffrer le chant chamanique en tant qu’icône sonore, ce qui permet alors d’envisager l’organisation singulière d’une parole qu’on ne comprend pas a priori et dont la fonction est d’inviter les animaux à une sorte d’obédience à une étiquette réciproque. C’est donc la relation qui s’établit à l’intérieur de la tradition entre différents registres sémiotiques, une communication plutôt sonore que sémantique, qui définit le chant chamanique.
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Titre: Série de questions à Carlo SEVERI
Durée: 00:15:41   [01:38:44 > 01:54:26]
Donner du poison à quelqu’un qui est malade / L’allié est un ennemi potentiel (animaux/humains) / Relations synesthésiques entre les sons, les mots et les images
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source

9 chapitres.
  • Extrait d'une enquête ethnographique filmée. Une tradition orale peut être pensée en imaginant une scène familière, dans laquelle un conteur nous amène dans une autre dimension à travers la captation de notre attention reposant sur une séquence d’évènements liés entre eux par une certaine intrigue. Dans les traditions africaines on a ainsi des intrigues sommairement esquissées qui passent de bouche en bouche, d’oreille en oreille, dans une sorte de flux continuel. Une des interprétations sociologiques possibles, dit SEVERI, serait de dire que cette pratique appartiendrait aux sociétés «sans mémoire». Or il explique comment il a contré cette interprétation en créant une hypothèse différente, centrée sur un contexte de travail ethnographique. En étudiant les Kunas de Panama (Côte atlantique de la Comarca de San Blas),qui ont une tradition chamanique prospère, il a provoqué des «aller et retour» entre les concepts et les faits de terrain, ce qui a permis une révision progressive de l’outillage conceptuel.
  • La première démarche est de se débarrasser des mots inertes comme par exemple «narration», expose SEVERI. Il donne un exemple concret en examinant la forme (très différente d’une forme narrative) et le contexte d’énonciation. Il rappelle ensuite le schéma narratif classique définit par les théoriciens du chamanisme comme Mircea Eliade, qui explique le chamanisme comme une grande intrigue internationale qui irait de l’Asie centrale jusqu’à l’Océanie, et qui raconterait la disparition d’un principe spirituel : la disparition d’une âme provoque un corps souffrant. L’activité thérapeutique, selon eux, serait alors essentiellement réduite à l’intervention du retour à l’ordre, c’est-à-dire la recherche de l’âme perdue et son rétablissement dans le corps pour lui redonner la santé. SEVERI prétend que ce schéma narratif ne se trouve qu’en toile de fond et que du point de vue de la forme, on trouve plutôt de façon récurrente une organisation presque musicale de groupes de mots qui, selon lui, a un sens. Il précise d’ailleurs que ces séquences de mots n’ont rien d’une interlocution directe puisque les témoins ne comprennent rien à ce que le chant communique et qu’on trouve des interlocuteurs animaux dans ce chant, ce qui signifie qu’on utilise une langue dont la source n’est pas humaine.
  • Extrait d'une recherche de terrain filmée. La narration traditionnelle occidentale joue avec l’attention et provoque une mise en attente d’un développement ou d’une surprise. La position d’énonciation n’est pas marquée: c’est une parole qui est à tout le monde et qui acquiert une valeur par sa diffusion. Elle fait partie des grands patrimoines communs, explique SEVERI. Le chant chamanique, lui, s’énonce dans certaines conditions spécifiques, ce qui multiplie les obstacles à la propagation. Il s’agit d’une tradition orale qui est aussi chorégraphique, qui n’a pas de structure narrative, et qui contient des parties qui ne doivent jamais être énoncées. SEVERI revient sur la définition du mot «chant»: le terme indigène Igala signifie «parcours» et il n’est en aucun cas question de musique, même si les mots sont assemblés de manière sonore. SEVERI démontre que le modèle de la tradition orale, qu’on aurait pu être tenté de prendre comme référence, ne fonctionne pas pour le chant chamanique Kuna.
  • Dans le contexte enrichi de l’ethnographie, une fonction attribuée à un chant prend en compte les mots du chant ainsi que les commentaires des profanes et des thérapeutes. Le premier aspect permet d’examiner ce que les mots du chaman apportent à la santé du malade, le deuxième s’attarde sur l’association d’un chant et d’un patient. L’étude de la forme, du contexte et de la fonction sont rattachés au concept de mémoire sociale. La forme est présente en tant que technique de représentation mentale, le contexte pour l’énonciation des segments et la diffusion dans la société, et la fonction pour la préservation d’un savoir partagé dans le temps, à l’intérieur de la communauté. L’étude de la fonction implique la prise en compte d’un «extérieur» dans lequel les Kunas distinguent les végétaux et les animaux, cette dernière catégorie étant celle dans laquelle ils classent «les blancs» et sur laquelle SEVERI s’attarde longuement.
  • La notion de maladie chez les Kunas est associée à différents degrés de folie, et pleinement liée à la voix. Dans le chant, on retrouve trois types d’évènements, raconte SEVERI : tout d’abord la crise de «locura» (folie), puis une explication possible donnée par un mythe nocturne, et enfin par un mythe diurne. On retrouve des éléments récurrents: la présence des animaux et surtout celle du «jaguar du ciel» avec lequel le patient a eu des relations sexuelles en rêve, ce qui a provoqué une transformation intérieure qui a fait apparaître une pathologie du langage. SEVERI décrit ensuite les trois degrés de folie que distinguent les Kunas : «ceux qui font comme le vent» et qui présentent des indices d’une petite folie à travers un comportement agité, «ceux qui imitent les animaux» et qui sont entrés dans la grande folie, et enfin une catégorie très distincte, qui s’apparente à la sorcellerie, «ceux qui deviennent les complices du jaguar du ciel» volontairement, catégorie dans laquelle on classe aussi les tueurs, explique-t-il.
  • Extrait d'une recherche de terrain filmée. «La voix de Mu» est le premier texte magico-religieux publié en 1947 par les anthropologues Nils M. Holmer et H. Wassen. Ce chant évoque l’esprit féminin de l’engendrement (Mu) auquel les chamanes font appel lors d’un accouchement difficile. Carlo SEVERI commente dans ce passage l’article de Claude Lévi-Strauss, «L’efficacité symbolique», dans lequel il décrypte le déroulement du chant Kuna par rapport aux schémas traditionnels narratifs des chants chamaniques.
  • Extrait d'entretien filmé. En Occident, la thérapie est vue comme une forme de lutte contre la mort. Pour les chamanes, ce qui compte c’est la nature de la mort, la façon dont le patient meurt. Pour eux, il n’existe que deux formes de mort, la mort dangereuse, opaque, et la mort juste et transparente. Dans la première, la mort dangereuse, on considère que le tueur inflige à sa victime son état de pollution : il y a donc une identification extrême qui devient une relation de prédation. Le chamane peut alors décider de donner la mort au patient (en lui administrant un poison) afin de transformer cette mort dangereuse en mort juste. Dans le deuxième cas, la mort transparente, on retrouve l’acte de transformation d’une mort subie en mort voulue, comme dans le cas de la médiation du gendre envers son beau-père que SEVERI raconte en détail.
  • Extrait d'entretien filmé. Le chant possède un schéma relationnel dans lequel les humains positionnent les animaux dans une sorte d’alliance pacifique. Severi rappelle les symboliques qu’il a développé précédemment (le duel au chapeau, le secret des fiançailles, la mort transparente), et conclut que dans le chant, il n’y a donc pas d’obstacles à la compréhension, mais bien une construction pensée comme une communication avec l’animal en vue de l’acte thérapeutique. Il continue en expliquant que la tradition ne raconte pas seulement une histoire, mais qu’elle investit une dimension indépendante du sens des mots à travers une régularité sonore qui mime l’existence d’une langue non humaine. Le schéma relationnel entre les animaux et les humains conditionne l’intervention thérapeutique qui se décrit à travers le concept de maladie. Il rappelle également que l’interlocuteur n’est jamais le malade et que la mort n’est pas une falsification de l’efficacité de la thérapie. SEVERI fait ensuite la distinction entre les chants chamaniques et les chants musicaux tout en démontrant les liens qui les rapprochent. Il rappelle que la musique est toujours d’origine animale et qu’elle représente un dialogue par l’intermédiaire des sons, un véritable mimétisme du langage verbal, dit-il. La forme des compositions musicales et les sons des instruments imitant les animaux rappellent les onomatopées des chants Kunas qui symbolisent une métamorphose continuelle de l’énonciateur. Il existe une lexicalisation de l’onomatopée et une synesthésie entre la dimension sonore et l’aspect sémantique et iconique. Il conclut ce passage en affirmant que la recherche anthropologique avance : la théorie habituelle réduit la tradition orale à la parole, le rôle de l’image durant ces dernières années a été pris en compte dans les études sur la mémoire, et maintenant, on a compris que la dimension sonore répondait à sa propre logique. Il faut donc déchiffrer le chant chamanique en tant qu’icône sonore, ce qui permet alors d’envisager l’organisation singulière d’une parole qu’on ne comprend pas a priori et dont la fonction est d’inviter les animaux à une sorte d’obédience à une étiquette réciproque. C’est donc la relation qui s’établit à l’intérieur de la tradition entre différents registres sémiotiques, une communication plutôt sonore que sémantique, qui définit le chant chamanique.
Titre: Séance 4- Ethnographie des chants thérapeutiques Kunas
Sous-titre: Anthropologie comparée des "Arts de la mémoire"
Auteur(s): Carlo SEVERI
Durée: 01:54:26
Date de réalisation: 15/11/2004
Lieu de réalisation: EHESS - 105, Boulevard Raspail, Paris
Genre: Extrait d'une enquête ethnographique filmée
Langue(s): Français
Carlo SEVERI a créé une hypothèse de travail centrée sur un contexte ethnographique, en étudiant les chants chamaniques des Kunas de Panama. Son axe de recherche est triple : la fonction, la forme et le contexte d’énonciation, qu’il rattache à la notion de mémoire sociale. La notion de maladie (différents degrés de la folie) définit l’intervention thérapeutique dans les chants chamaniques Kunas, qui révèlent un schéma récurrent dans lequel intervient une explication mythique à travers la figure du «jaguar du ciel». La forme sonore des chants présente un véritable mimétisme avec le langage et utilise des onomatopées pour dialoguer avec les animaux, ce qui pousse SEVERI à dire que cette langue n’est pas d’origine humaine. Severi conclut en expliquant que, dans les nouvelles recherches anthropologiques, c’est la relation qui s’établit à l’intérieur de la tradition entre différents registres sémiotiques, (une communication plutôt sonore que sémantique), qui définit le chant chamanique et non plus l’explication axée sur le schéma narratif.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie culturelle
Discipline, domaine: Anthropologie de la maladie
Discipline, domaine: Anthropologie de la santé
Discipline, domaine: Anthropologie du langage
Discipline, domaine: Ethnomédecine
Libellé: Chamanisme kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Pratique religieuse
Topique: Chamanisme kuna
Détail particulier: Kunas (Panama)
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Médecine traditionnelle
Topique: Chamanisme kuna
Détail particulier: Panama
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Figure de vénération
Topique: Jaguar du ciel kuna
Détail particulier: Panama
Localisation spatiale du thème: Panamá
Sujet: Les peuples aborigènes
Topique: Kuna
Localisation spatiale du thème: Panamá
Kunas http://fr.wikipedia.org/wiki/Kuna_%28tribu%29 (Panama) Les Kunas ou Cunas sont un groupe ethnique amérindien du Panamá bénéficiant d'un régime d'autonomie territoriale (comarcas). Le nom donné à l'Amérique par les Cunas Abya Yala a été adopté en 1992 par les nations indigènes d'Amérique pour désigner ce continent au lieu de le nommer d'après Amerigo Vespucci. Ils vivent principalement dans les îles San Blas et sont environ 50 000 individus. Les Cunas des îles San Blas sont une vingtaine de milliers, disposant de la citoyenneté panaméenne. Lors de la sécession du Panamá en 1903, leur système politique était tout à fait traditionnel, de type tribal avec différents chefs dans chaque île. Ils ont réussi leur passage à un système politique de type occidental en créant une confédération constitutionnelle, reconnue comme territoire à autonomie interne avec statut spécial par les lois panaméennes ; les institutions locales ont été étendues de telle sorte qu’elles remplissent des fonctions de contact et de développement (construction publique, transport, vente au détail, parfois même fourniture d’électricité), et elles contrôlent en outre l’enseignement dans les villages (le réseau est national-officiel, mais les enseignants sont cunas et, la première année, la langue cuna est utilisée). Cependant, les pratiques traditionnelles sont restées très conservatrices : la base de l’organisation du ménage reste la famille matrilocale, les équipes de travail se font entre beaux-pères et beaux-fils, et l’habillement féminin comporte encore des anneaux nasaux par exemple. Les rapports avec la République de Panama peuvent être décrits comme des rapports de suzeraineté ; c'est le résultat d’un processus de compétition politique et économique, notamment la contrebande de noix de coco avec la Colombie, qui constitue la principale activité économique.
Sujet: Pays
Topique: Panamá
Les îles San Blas du Panama constituent un archipel de 365 îlots coralliens, dont seuls 60 sont habités, situé dans la mer Caraïbe, sur la côte nord-est de l'isthme du Panama, environ 120 km. à l'est de Colon, où vivent de chasse et de pêche les indiens Kunas, dans un territoire, qui forme, avec la bande côtière, la "comarca Kuna Yala", territoire disposant d'une forte autonomie depuis la guerre d'indépendance menée par ces indiens contre le Panama dans les années 1920, même s'ils parlent pour la plupart espagnol. Les indiens Kunas ont peu à peu quitté la terre ferme du Panama durant l'invasion espagnole, en particulier lors des recherches d'or le long du Rio Atrato, où vivent encore quelques tribus de l'etnie Kuna, repliées dans la montagne. Le second gouverneur du Panama1, Balboa, s'était marié avec la fille d’un chef Kuna qui l'avait aidé à traverser l’isthme. La société Kuna est matriarcale et monogame. L'archipel a environ 50 000 habitants. Les femmes continuent à perpétuer la tradition avec leur blouse colorée ornée de dessins à thèmes, riches en couleurs, utilisant la technique de l'appliqué-inversé, les fameux molas. Les indiens Kunas ont des députés à l’assemblée nationale panaméenne et en 1999 un Kuna a été élu président de cette assemblée nationale.
Nom: SEVERI
Prénom: Carlo
Rôle: Anthropologues
Appartenance: EHESS - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Fonction: Intervenant
Adresse: Laboratoire d’Anthropologie Sociale, 52, rue du cardinal Lemoine, 75005 Paris, Paris, France
EHESS/ CNRS http://las.ehess.fr/document.php?id=264 Site personnel: http://carloseveri.net/
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
G.R.Cardona (éd) La transmissione del sapere: aspetti linguistici e antropologici, Università degli Studi di Roma "La Sapienza" -Quaderni del Dipartimento di Studi Glottoantropologici- N.5. Roma 1989, pp.225-278.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
F. Scaparro (éd) Volere la luna, Université de Milan (Unicopli), Milano 1984, pp.353-367.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
N°4, oct. 1981, pp.69-75.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
RES - Anthropology and Aesthetics, 3, Spring 1982, Peabody Museum of Archaeology and Ethnology, Cambridge Mass, pp.32-67.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
L'Homme, (106-107) "Pensée mythique et changement" pp.176-185.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
Amérindia - Revue d'ethno-linguistique amérindienne, 1983, 8, pp. 129-179.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
Communications, 41, 1985, pp.169-190.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
Res -Anthropology and Aesthetics (Peabody Museum, Harvard University) 14, Automne 1987, pp.66-85.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
M. Salvador (ed) The art of Veing Kuna, Layers of meaning Among the Kuna of Panama, Catalogue de l'Exposition, Fowler Museum of the University of California at Los Angeles, Los Angeles: 245-273
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
Mana, Estudos de Antropologia Social (publiée par le Museo Nacional et l'Université de Rio de Janeiro), 6 (1) Avril 2000:121-155
Type: Articles scientifiques
Auteur: Severi, Carlo
M.Roth, Ch. Salas (ed) Disturbing Remains: a comaprative inquiry into the representation of crisis -, Getty Institute for the History or Art and the Humanities Publications, Los Angeles, 2001.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour spécialistes
Carlo Severi dirige la Chaire "Anthropologie de la Mémoire" et a effectué trois missions consacrées à l'étude chamanique entre 1977 et 1982 chez les Indiens Kuna de Panama. Il a effectué des études sur le cycle de chants thérapeutiques "Nia Ikala", en version pictographique et orale, dont il livre une partie des résultats dans cette vidéo à travers des analyses anthropologiques, sémiologiques et linguistiques.
Carlo SEVERI. Entretien sur les "chants thérapeutiques Kunas", 2004, http://www.amsur.msh-paris.fr/Video.aspx?domain=422ede87-ce4b-42a9-8f79-b85c80665af0&language=fr&id=f1f52289-47e4-47f6-a71c-faeb54206b78&mediatype=VideoWhitShots. 2004
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la 4e séance du séminaire de Carlos SEVERI sur l’anthropologie comparée des arts de la mémoire
Sous-titre: Ethnographie des chants thérapeutiques kuna
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: PAPINO, Manuela. Analyse de la 4e séance de Carlo SEVERI sur les chants thérapeutiques Kunas", http://www.amsur.msh-paris.fr/Video.aspx?domain=422ede87-ce4b-42a9-8f79-b85c80665af0&language=fr&id=f1f52289-47e4-47f6-a71c-faeb54206b78&mediatype=VideoWithShots, 2012.
Id analyse: 8edf7ea8-0250-4aeb-af16-3780b7a4feab
Id vidéo: f1f52289-47e4-47f6-a71c-faeb54206b78
Cette vidéo est un extrait d'une série d'entretiens avec Carlo SEVERI sur ses travaux de recherche sur l’anthropologie de la mémoire et plus particulièrement ici, l'Ethnographie des chants thérapeutiques des Kuna de Panama. Il expose un nouvel axe de travail qu’il a élaboré en étudiant la fonction, la forme et le contexte culturel, ce qui lui permet de réfuter une partie des théories antérieures sur le chamanisme. Cette vidéo est destinée à un public de spécialistes, anthropologues, ethnologues, linguistes, ou sémiologues. Cependant certains passages, plus accessibles, peuvent également intéresser un public plus généraliste.
Cette vidéo est un extrait d'une série d'entretiens avec Carlo SEVERI sur l'Ethnographie des chants thérapeutiques des Kunas de Panama. Le découpage reflète la progression du discours didactique de Carlo SEVERI qui explique progressivement dans quelle mesure il est peu pertinent de classer les chants chamaniques Kuna dans les schémas habituels des sociétés de tradition orale. Il expose également l'avancée des recherches en anthropologie et les nouveaux éclairages qu'ils apportent sur le chamanisme. SEVERI rappelle des notions fondamentales pour la compréhension du contexte culturel: les différentes conceptions de la mort pour les Kunas, la notion de maladie et les trois aspects de l'explication thérapeutiques. Tout au long de cet entretien, SEVERI fait référence aux entretiens ultérieurs, tout en proposant chaque fois un résumé très synthétique permettant de suivre son discours sans avoir connaissance des entretiens précédents. Les différentes analyses qu’il propose relèvent de disciplines spécialisées comme la sémiotique, la linguistique ou l’anthropologie, qui s’entrecroisent et qui font de l’entretien une archive destinée à des spécialistes. Cette vidéo est donc tout particulièrement destinée à un public d’anthropologues, ethnologues, linguistes, ou sémiologues. Cependant certains passages, plus accessibles, peuvent également intéresser un public plus généraliste.