Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs. AMSELLE Jean-Loup

Chapitre

Titre: Parcours et intérêts
Durée: 00:04:18   [00:00:00 > 00:04:18]
Jean-Loup AMSELLE présente son parcours, ses maîtres de pensée ainsi que ses intérêts premiers.
Professeur à l’EHESS, Jean-Loup AMSELLE est directeur des masters et des doctorats à l'EHESS en anthropologie et rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines. Il est anthropologue et africaniste mais il dit s’éloigner un peu de l’Afrique. Il est anthropologue bien qu’il ait une formation de sociologue de la Sorbonne. Car à son époque il n’existait qu’un certificat d’ethnologie du Musée de l’Homme. Il a eu comme professeur André LEROI-GOURHAN ou Roger BASTIDE. A l’époque ils faisaient encore de l’anthropologie physique, travaillant avec le poids de la raciologie du 19ème siècle. Il s’est détaché de ça et a suivi les enseignements de Georges BALANDIER à l’EPHE qui, dit-il, a apporté une bouffée d’air frais dans les études du tiers monde et l’africanisme car il mettait l’accent sur la situation coloniale, ce qui correspondait à ses engagements et celui des tiers-mondistes qui étaient alors contre la guerre d’Algérie, du Vietnam du Laos et du Cambodge. Il s’est de suite tourné vers lui et a fait sa thèse avec Georges BALANDIER. Il pense qu’il est allé en Afrique grâce à ses engagements politiques. Il avait aussi un intérêt pour ceux qu’ils appelaient les noirs américains ou africains américains et s’intéressait au jazz, puis il s’est intéressé aux « black muslims » (musulmans noirs américains comme Malcom X) ce qu’il l’a amené à s’intéresser à l’Afrique et la négritude.
Titre: Classification et notions
Sous-titre: Logiques métisses, hybridité et branchements
Durée: 00:18:17   [00:04:18 > 00:22:36]
Jean-Loup AMSELLE explique quand et comment il s'est rendu compte de la non-pertinence de la classification ethnique africaine et explique que ça l'a poussé à écrire "Logiques métisses". Il évoque aussi la notion d'hybridité et présentera son choix d'utiliser le terme "branchements" pour parler des métissages.
Sa première recherche s’est faite avec Claude MEILLASSOUX, qui s’intéressait aux systèmes économiques africains pré coloniaux. Dans le cas de cette recherche collective, Jean-Loup AMSELLE s’était intéressé aux systèmes marchands africains. Il avait établi des relations de voyages et il s’était rendu compte que, contrairement à ce qu’on apprenait à l’université, mettre l’accent sur l’Afrique des ethnies n’était pas pertinent. Il a justement été frappé par l’ouverture des sociétés africaines grâce notamment au commerce. Son premier travail au Mali consistait à étudier une société marchande en réseau et répartie dans toute l’Afrique de l’ouest. Ça l’a amené à remettre en cause la notion d’ethnie comme enseignée à l’université. Il s’est rendu compte avec un de ses collègues que la catégorie d’ethnie n’était pas pertinente pour étudier les sociétés africaines. Ce découpage de l’Afrique en ethnies, comme de l’Inde en castes ou du monde arabe en fondamentalismes, est un stéréotype européen. Ils ont donc fait un livre en 1985 « Au cœur de l’ethnie » qui fut un pavé dans la marre car les anthropologues, les historiens se sont demandés comment travailler sans ethnies. Ce livre a été réédité et traduit plusieurs fois. Dans la foulée, Jean-Loup AMSELLE a entrepris un autre travail sur une série de populations entre le sud-ouest du Mali, le nord-est de la Guinée et nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Habituellement, les anthropologues travaillent sur une petite population et étendent leurs résultats à toute une ethnie ou une région. Lui a choisi de travailler sur un ensemble de groupes ethniques : Peuhls, Bambaras, Malinkés, Sénoufos et Minyankas (ou Mamaras). Il a essayé de les envisager comme un système de transformations. Il voulait montrer qu’on n’était pas Peuhl ou Bambara depuis l’éternité mais qu’on le devenait. Par exemple, certains Peuhls étaient d’origine Sénoufos. Dans cette région les Peuhls sont des « faux Peuhls » : ils sont sédentaires, parlent une autre langue, donc il existe un problème avec la notion d’ethnie. En même temps la notion vraie/fausse est un non-sens. C’est vrai sur la question de l’identité ethnique mais aussi de l’identité sociale et politique. Contrairement à ce qui est dit des sociétés africaines, ces sociétés ne sont pas figées dans la tradition, elles sont au contraire ouvertes. Elles peuvent être l’objet de modifications. C’est pour ça qu’il a été amené à écrire « Logiques métisses », pour montrer que toute société est originairement métisse, il n’y a pas de culture ou d’ethnie pure mais elles sont faites d’éléments mêlés. Cet ouvrage a aussi eu un écho, notamment car il fut l’un des premiers à introduire la notion de métissage en ethnologie. Cette notion est devenue un concept de marketing : on ne peut plus rien vendre qui ne soit métisse (une voiture hybride, la mode vestimentaire, la cuisine, les arts). Au fond, le recours à un élément exotique est vu comme permettant une régénération de l’élément occidental. C’est aussi devenu un objet de marketing intellectuel : les termes de l’hybridité et du métissage, sont devenus des must intellectuels dans le post colonialisme, post-modernisme et du sub-alternisme, surtout chez les anglo-saxons. Les cultures du Sud, sont vues comme créatures hybrides, que leurs porteurs soient restés au Sud ou dans des pays occidentaux. Le thème de créolisation exprime lui aussi, par exemple chez Edouard GLISSANT, que les cultures caraïbes ne peuvent pas se référer à un ancêtre, ils ne peuvent se référer qu’aux bateaux négriers et aux plantations. Jean-Loup AMSELLE trouve gênant l’histoire de métissage, d’hybridité ou créolisation car ça suppose qu’il y ait eu des cultures dites ataviques comme l’indique Edouard GLISSANT. Des cultures où on se définit uniquement par rapport à l’ancestralité. Il croit qu’il n’y a pas de cultures ataviques. Selon Jean-Loup AMSELLE, toute culture est métisse, dans un sens différent utilisé par les post colonialistes. Il a donc renoncé à la notion de métissage parce qu’il trouvait que ça avait une connotation trop biologique. Comme en zoologie, pour métisser il faut d’abord sélectionner des cultures ou lignées pures pour les croiser et obtenir des hybrides. C’est donc le paradoxe du métissage qui retombe dans le travers qu’il prétend dénoncer. Il est donc passé à la notion de « branchements » à travers un travail de terrain qui est consacré à une multinationale culturelle ou secte : un mouvement culturel, idéologique fondé par un marabout guinéen Solomana KANTE qui a inventé un alphabet combinant l’alphabet latin et arabe, le n’ko. Son idée était qu’on ne pouvait pas transcrire les langues africaines avec ces deux alphabets parce qu’on ne pouvait pas noter les tons. A cette époque les linguistes ne notaient pas les tons. Il a eu une sorte de révélation et a reçu en rêve cet alphabet et s’est mis à écrire une série d’ouvrages en Malinké et a traduit le Coran en Malinké en utilisant le n’ko. En Afrique de l’ouest les femmes ne reçoivent pas d’éducation coranique donc grâce à cette traduction en Malinké et cet alphabet simple à apprendre elles y avaient accès. Ces ouvrages fabriqués au Caire ont connu un grand succès. Solamana KANTE a utilisé la culture européenne contre la culture arabo-musulmane pour mieux promouvoir la culture Malinké. AMSELLE a utilisé la notion de branchement car elle emprunte au registre de l’électricité et échappe à l’aspect biologique.
Sujet: Théories et notions scientifiques en SHS
Topique: Notions d'hybridité et de métissage
Mots-clés: Hybridité, Métissage, Créolisation
Discipline, domaine: Anthropologie culturelle
Discipline, domaine: Anthropologie sociale
Mots-clés: Hybridité, Métissage, Créolisation
Type de discours consacré au sujet: Critique ; Désapprobation ; Entretien ; Explication
Jean-Loup AMSELLE explique ici pourquoi il désapprouve l'usage des termes d'hybridité et métissage et les critiques qu'il fait à l'égard des utilisateurs et utilisations de ces notions. Il présente alors la notion de "branchements" dont il défend la légitimité d'usage.
Jean-Loup AMSELLE pense que les notions de métissage ou d'hybridité sont des concepts marketings. Tout est métisse et tout se vend mieux si c'est métisse ou hybride (il prend l'exemple des voitures ou des vêtements). Il pense que ce sont des outils marketing du point de vue intellectuel : il faut étudier et travailler autour de cette notion de métissage à l'époque du post-colonialisme, du post-modernisme et du sub-alternisme. Ces notions n'ont aucune pertinence pour MASELLE qui considère toute culture, toute ethnie comme étant métisse et non figée dans le temps.
Jean-Loup AMSELLE présente ses interprétations des notions d'hybridité et de métissage d'un point de vue d'anthropologue sortant du cadre habituel.
Sujet: Sujet
Topique: Système de la classification ehtnique africaine
Mots-clés: Ethnies, Tribus, Classification ethnique
Discipline, domaine: Anthropologie culturelle
Discipline, domaine: Anthropologie sociale
Discipline, domaine: Ethnologie
Mots-clés: Etudes anthropologiques, Culture des études anthropologiques
Localisation spatiale du sujet: France ; Mali
Jean-Loup AMSELLE parle ici de l'anthropologie comme enseignée dans les universités françaises. Puis il évoque son terrain au Mali qui lui a permis de changer son point de vue sur la classification ethnique.
Type de discours consacré au sujet: Désapprobation ; Explication
Jean-Loup AMSELLE explique ici pourquoi il est en désaccord avec la classification ethnique enseignée à l'université.
Jean-Loup AMSELLE pense que la classification ethnique africaine que l'on apprend/apprenait à l'université est non pertinente. C'est pourquoiil écrit "Au coeur de l'ethnie" avec Elikia M'BOKOLO pour revenir sur une notion réductrice et schématique.
Jean-Loup AMSELLE s'arrête ici sur les systèmes de pensée et les enseignements en anthropologie à l'époque où il étudiait. Cela concerne tous les domaines de l'anthropolgie, étudiant alors l'Afrique à travers l'études d'ethnies ou de tribus.
Titre: Langues
Durée: 00:06:50   [00:22:36 > 00:29:27]
Dans ce segment Jean-Louis AMSELLE revient plus précisémment sur la question des langues, notamment le problème de la conception classique de ce qu'est une langue, et évoque par ailleurs l'idée des langues en voie d'apparition.
Jean-Loup AMSELLE s’est intéressé aux phénomènes de langues, à travers le n’ko notamment. Dans la conception classique des langues une langue = un peuple = un territoire. C’est une situation inadéquate en Afrique car les gens parlent plusieurs langues d’une part. Aussi, les langues véhiculaires sont souvent liées à des formations politiques comme les royaumes et empires ou en réseaux commerciaux. Le malinké est lié à l’empire du Mali et après sa chute la langue fut relayée par les réseaux marchands dans toute l’Afrique de l’ouest. Pour les langues vernaculaires en Afrique, elles varient énormément. A quelques kilomètres de distance, les gens ne parlent pas la même langue. Pour communiquer les gens passent par une langue véhiculaire, le Peuhl par exemple. AMSELLE souligne l’imprécision de la notion « langue maternelle ». Il prend l’exemple des Touaregs au Niger qui utilisent en langue maternelle une langue qui n’est pas la leur, le Sonrai (ou Songhaï), et utilisent le Touareg en langue de communication avec l’extérieur. La langue maternelle est quelque chose de construit ici. Jean-Loup AMSELLE pense que la diversité culturelle et politique de patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a un discours sur des cultures et langues qui disparaissent mais il souligne que certaines apparaissent, en voie d’apparition comme le Nouchi, français parlé à Abidjan. Pour lui l’opposition entre langue et créole ne vaut pas car toute langue est un créole, comme la langue des banlieues qui pour lui est en voie de constitution. Il pense qu’il ne faut pas avoir une vision passéiste de la disparition des langues, tout comme il pense qu’il ne faut pas non plus penser que la globalisation est un phénomène purement négatif.
Sujet: Sujet
Topique: Malinké (langue)
Langue: Nouchi (langue)
Langue: Peul (langue)
Langue: Songhaï (langue)
Langue: Touareg (langue)
Libellé: Thème des transformations, disparitions et apparitions des langues
Mots-clés: Branchements, Métissage
Type de discours consacré au sujet: Exemplification ; Explication
Jean-Loup AMSELLE explique ici pourquoi la conception classique des langues est obsolète et illustre ses propos à travers divers exemples.
Jean-Loup AMSELLE dit que la notion de langue est compliquée car une langue n'est pas égale à un peuple et/ou un territoire. La notion de langue maternelle aussi, n'est pas toujours la "véritable" langue maternelle de quelqu'un : il prend l'exemple des Touaregs du Niger qui utilisent le Songhaï comme "langue maternelle".
Jean-Loup AMSELLE évoque ici la conception classique "une langue = un peuple = un territoire". Il prend l'exemple de plusieurs peuples d'Afrique de l'Ouest qui utilisent leur langue maternelle ou la langue vernaculaire de façon totalement différentes. En ce sens, AMSELLE explique que la conception classique est obsolète pour un grand nombre de populations et régions.
Titre: Notion de culture
Durée: 00:02:34   [00:29:27 > 00:32:01]
L'anthropologue explique ici sa vision de la notion de culture.
Jean-Loup AMSELLE pense que « culture » est une notion dont on devrait se débarrasser. C’est un phénomène construit dont les gens s’emparent pour parler d’une identité qui est différente selon l’environnement dans lequel l’individu se trouve. C’est un élément interactif qui dépend de l’interlocuteur que l’on a en face et qui par nature, donc, change. Ce qui le frappe c’est qu’on a tendance à beaucoup trop mettre en avant l’identité ethnique ou l’origine géographique d’un individu. C’est quelque chose qu’il pense de nouveau, une « culturalisation » du monde et qu’il pense assez dangereuse dans le contexte actuel car les grands récits universalistes ont fait faillite or c’est ce qui rejaillit sur le devant de la scène.
Sujet: Théories et notions scientifiques en SHS
Topique: Notion de culture
Mots-clés: Culture, Culturalisation
Discipline, domaine: Anthropologie
Mots-clés: Notion de culture en anthropologie
Type de discours consacré au sujet: Critique ; Explication
Jean-Loup AMSELLE critique l'utilisation de la notion de culture et explique les raisons pour lesquelle il le fait.
Pour Jean-Loup AMSELLE la notion de culture est un phénomène construit dont les gens s’emparent pour parler d’une identité qui est différente selon l’environnement dans lequel l’individu se trouve et qui par nature, donc, change. Le chercheur pense qu'on ne devrait plus utiliser cette notion.
Jean-Loup AMSELLE a un regard d'anthropologue sur la notion culture.
Titre: Bronislaw MALINOWSKI
Durée: 00:04:22   [00:32:01 > 00:36:24]
Jean-Loup AMSELLE revient sur l'invention de l'anthropologie moderne avec Bronislaw MALINOWSKI.
Les anthropologues américains disent qu’on ne peut plus faire du terrain comme avant. Le terrain a été inventé par Bronislaw MALINOWSKI et Franz BOAS. Jusqu’à MALINOWSKI on faisait de l’ethnographie itinérante en voyageant à travers les continents. MALINOWSKI faisait du terrain en Australie et en Nouvelle Guinée pendant la première Guerre Mondiale. Comme il était un sujet autrichien il a été assigné à résidence dans cette région et a commencé à voyager d’île en île. Arrivé sur une île où se trouvaient les Trobriandais, il a écrit une lettre à son maître lui disant qu’il voulait rester sur cette île pour en faire une étude localisée. C’était une révolution puisqu’il s’agissait de rester des mois ou des années à un endroit pour étudier les mœurs et les coutumes.
Sujet: Sujet
Topique: Malinowski, Bronislav
Mots-clés: Anthropologie moderne
Libellé: Thème de l'invention de l'anthropologie moderne
Mots-clés: Invention de l'anthropologie moderne, Trobriandais
Type de discours consacré au sujet: Exposé historique
Jean-Loup AMSELLE revient sur l'histoire de l'invention de l'anthropologie moderne.
Jean-Loup AMSELLE présente Bronislaw MALINOWSKI comme le fondateur de l'anthropologie moderne en racontant comment il y est arrivé.
L'anthropologie moderne a été inventée grâce à Bronislaw MALINOWSKI qui décida de rester sur une île pendant plusieurs années pour faire une étude localisée des Trobriandais. Le changement fut de rester plusieurs mois voire années à étudier une population locale.
Titre: Anthropologie postmoderne
Durée: 00:06:06   [00:36:24 > 00:42:30]
Jean-Loup AMSELLE développe ici son point de vue quant à l'anthropologie postmoderne.
Les anthropologues américains postmodernes comme Georges MARCUS disent qu’on ne peut plus travailler comme avant, qu’il faut tenir compte de la mondialisation et de la globalisation, que tout le monde circule à travers le monde. La planète forme un tout unique dont les parties sont indissociables et qu’il faut faire une ethnographie multi située. Les cultures prennent la forme de diasporas. Jean-Loup AMSELLE n’est pas totalement d’accord, d’une part parce qu’une partie de la population ne bouge pas, puis parce que cette théorie induit l’idée que notre époque est totalement différente de la précédente, soutenant l’idée que nous serions passés d’une époque totalement fermée à une époque totalement ouverte. Lui a été frappé justement par des sociétés ouvertes avant même la colonisation. Il prend l’exemple de son terrain au Mali où la population n’était pas islamisée mais entourée par des villes musulmanes. Avant la colonisation beaucoup de gens étaient nus, le port des vêtements est venu de l’islamisation. Ces gens environnés par des centres musulmans importants se sont mis à développer la culture du coton. Ce coton servait à la fabrication de vêtements mais il était aussi vendu et exporté. Ce n’était pas une économie d’auto subsistance, c’était un régime de petite production marchande. Donc l’ouverture de ces sociétés est bien antérieure à la période coloniale. Selon lui, il y a eu d’autres globalisations avant celle-ci. Notamment la diffusion des religions universalistes comme le christianisme et l’islam : l’islam au sud du Sahara au 10ème siècle qui dès lors a induit un changement des sociétés ouest africaines. Donc la globalisation actuelle a des caractéristiques particulières mais elle a bien été précédée par d’autres.
Sujet: Sujet
Topique: Anthropologie
Domaine: Ethnologie
Mots-clés: Anthropologie postmoderne
Libellé: Thème des globalisations
Mots-clés: Sociétés ouvertes, Globalisations
Localisation spatiale du sujet: Mali
L'anthropologue prend l'exemple de son terrain au Mali pour expliquer l'idée de société ouverte avant la colonisation.
Type de discours consacré au sujet: Exemplification ; Explication
Jean-Loup AMSELLE explique quelles sont ses réserves à l'encontre de l'anthropologie postmoderne et justifie son avis à l'aide d'un exemple observé.
Jean-Loup AMSELLE parle ici de l'anthropologie postmoderne, notamment des anthropologes américains qui veulent faire une ethnographie multi située.
Pour illustrer son avis au sujet de l'anthropologie postmoderne, à savoir que les cultures prennent la forme de diasporas ou que notre époque est totalement différente, AMSELLE prend l'exemple des sociétés ouvertes. Il dit que même avant la colonisation, certaines populations étaient déjà ouvertes et les les gens, les cultures et les diées bougeaient déjà. Il prend par exemple la religion musulmane. Il en vient donc à dire qu'il y a eu plusieurs globalisations et pas une seule, l'actuelle.
Titre: Identités culturelles
Durée: 00:03:02   [00:42:30 > 00:45:33]
Jean-Loup AMSELLE explique ici que les cultures ou les langues (donc les identités culturelles) se perpétuent, elles ne disparaissent pas.
Selon AMSELLE, dans la mesure où l’on fige les sociétés les cultures et les langues du passé, si elles se transforment on a tendance à penser qu’elles disparaissent alors qu’elles se perpétuent. Sur le plan culturel on peut prendre l’exemple de la culture Garifunas, une culture qui existait, des individus qui ont été exterminés et mélangés avec des esclaves venus d’Afrique. Ils étaient amérindiens et maintenant ils sont noirs. Donc maintenant leur culture est reprise par des gens qui ne sont pas Garifunas à l’origine. Comme les Tasmaniens qu’on pensait disparus mais dont certaines femmes ont été retrouvées mariées à des colons. Des gens se réclament aujourd’hui d’être Tasmaniens mais comme ils sont métis on dit qu’ils ne sont pas purs. C’est le problème de l’anthropologie que de reposer sur la pureté. Les aborigènes australiens sont aussi métis, il n’y en a jamais eu de « purs » mais ils portent tout de même une culture.
Sujet: Sujet
Topique: Perpétuation des identités culturelles
Mots-clés: Transformation de la culture, Identités culturelles
Libellé: Thème de la culture
Type de discours consacré au sujet: Désapprobation ; Exemplification
L'anthropologue explique pourquoi il n'est pas d'accord avec l'idée de culture qui disaparait utilise l'exemple des cultures Garifunas et Tasmanienne.
Jean-Loup AMSELLE soutient l'idée que les identités culturelles se transforment et, donc, se perpétuent, elles ne disaparaissent pas. En somme, des personnes qui n'ont pas de racines dites "pures" d'une culture se réclament de celle-ci. Il trouve que l'anthropologie repose trop sur la pureté d'une culture, ce qui n'existe pas vraiment.
Titre: L'art africain contemporain
Durée: 00:12:38   [00:45:33 > 00:58:12]
Jean-Loup AMSELLE s'intéresse ici à la place de l'art africain contemporain sur la scène de l'art contemporain.
Le livre de Jean-Loup AMSELLE « L’art de la friche » s’intéresse à l’art africain contemporain après s’être penché sur les écritures africaines, un thème fréquent chez les artistes contemporains africains. Ils font intervenir les alphabets mais aussi tous les signes des sociétés secrètes africaines dans leurs œuvres. Il ne s’intéresse pas spécialement aux œuvres mais à la notion d’art africain. Il s’est aussi demandé pourquoi on éprouvait le besoin de parler d’art contemporain africain. Quand on fait référence à des artistes occidentaux on ne se demande pas d’où viennent-ils, mais quand il s’agit d’art africain contemporain on tient compte du fait que l’artiste soit africain ou non, de l’authenticité de ce qu’il fait. L’Afrique ou l’Asie occupe une place dans notre imaginaire occidental. Cet art africain contemporain occupe une place liée à l’image ambiguë que l’Afrique occupe dans l’imaginaire occidental : un continent-poubelle, porteur de tous les maux, mais aussi un continent de la régénération, comme pour régénérer nos vieilles cultures avec du sang neuf. L’Afrique est le continent des origines donc un continent comme cellule souche pour l’occident. On a tout dit tout fait donc il nous faut nous retourner vers les origines donc vers l’Afrique, berceau et tombeau de l’humanité. Pour lui l’art africain contemporain est du recyclage : « ringard » du Musée du Quai Branly, l’art tribal et primitif et un recyclage plus chic, recyclage du kitsch, de choses qui pour nous appartiennent au passé mais un passé qui nous fait signe. Il fait référence à des photographes maliens comme Seydou KEÏTA ou Malik SIDIBE qui font des photos de studio. Ce sont des artisans qu’on a propulsé en tant qu’artistes. Cela nous touche en occident car ça fait référence à une Afrique joyeuse mais aussi aux photos qu’on faisait ici dans les années 1950-1960, comme les studios Harcourt, comme une certaine nostalgie de la photographie française de l’époque. C’est exotique mais ça nous parle. De même, dans le domaine artisanal la Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest qui vend des objets faits de matières recyclées. L’Occident leur envoie des détritus, des matières, qu’ils recyclent et nous renvoient comme s’ils rachetaient nos pêchés. C’est pourquoi on s’émerveille sur la capacité à recycler nos détritus or ce n’est pas parce qu’ils sont vertueux mais parce qu’ils n’ont pas trop le choix. Jean-Loup AMSELLE a plutôt fait un travail d’esthétique politique. Pourquoi cantonne-t-on les artistes africains dans un monde à part ? C’est un art aidé par la France, notamment la photographie et la danse. Un formatage de l’art africain contemporain par la France qui peut aussi se faire une réputation sur le marché de l’art africain mondial.
Titre: Musée du Quai Branly
Durée: 00:07:21   [00:58:12 > 01:05:33]
L'anthropologue donne son avis sur la proposition muséographique et architeturale du Musée du Quai Branly.
Jean-Loup AMSELLE n’a pas visité le musée du quai Branly mais il a écrit un article autour de la proposition muséographique et architecturale. Ce qui le gêne est d’abord le nom du musée, qui devait s’appeler musée des arts premiers, ce qui était très gênant car il renvoie à l’art de la préhistoire. Aussi, ça repose sur une division entre l’Europe et le reste du monde puisqu’elle est exclue du musée alors que les arts celtes ou les grottes de Lascaux sont tout aussi premiers que le reste. De plus, on ne peut pas définir l’art tribal car c’est un art anonyme et c’est pour ça qu’on a mis des étiquettes ethniques dessus. On mélange cet art à des expositions d’art africain contemporain. Il ajoute à cela la proposition architecturale qu’il dit être une mise en scène primitiviste de l’altérité : renvoyer toutes ces cultures primitives à la sauvagerie. C’est considérer que ces peuples exotiques sont des peuples de la nature. A Washington il existe un musée des indiens qui a été créé en concertation avec les communautés pour savoir ce qu’ils voulaient. Ici, aucune concertation n’a été faite. Le problème qui se pose pour tous les musées selon lui, est que beaucoup de pays demandent la restitution des œuvres. Ces questions n’ont pas été débattues mais elles risquent de se poser de plus en plus. Tout cela le dérange et le choque beaucoup. Il se demande aussi si les gens ne vont pas aller voir l’architecture du bâtiment que les œuvres exposées.

9 chapitres.
  • Dans ce segment Jean-Louis AMSELLE revient plus précisémment sur la question des langues, notamment le problème de la conception classique de ce qu'est une langue, et évoque par ailleurs l'idée des langues en voie d'apparition.
Titre: Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs
Sous-titre: Entretien avec Jean-Loup AMSELLE
Auteur(s): AMSELLE Jean-Loup
Durée: 01:05:33
Date de réalisation: 29/01/2014
Langue(s): Français
Cet entretien avec Jean-Loup AMSELLE, anthropologue et directeurs d’études à l’EHESS, reviendra sur son parcours, ses intérêts, et ses sujets d’étude comme la classification ethnique africaine, la notion de « transformations », de « culture », de « langue » ou de « métissages ». L’anthropologue reviendra aussi sur la naissance de l’anthropologie moderne et discutera enfin de l’art africain contemporain.
Jean-Loup AMSELLE est anthropologue, directeur d'études à l'EHESS ainsi que directeur de la formation doctorale Anthropologie sociale et ethnologie. Il est également rédacteur en chef des Cahiers d'études africaines. Ses principaux thèmes de recherche portent sur l'ethnicité, l'identité, le métissage, le multiculturalisme et l'art africain contemporain. Il a réalisé des travaux sur le terrain au Mali, en Côte d’Ivoire et en Guinée. Au cours de cet entretien Jean-Loup AMSELLE reviendra d’abord sur son parcours académique et ses premiers intérêts, c’est-à-dire les noirs américains puis les black muslims. Ce qui par la suite l’aura amené à s’intéresser à l’Afrique et la négritude. L’anthropologue s’arrêtera plus longuement sur la question de la classification ethnique africaine qu’il ne trouve pas pertinente. Selon lui, le découpage de l’Afrique en ethnies ne fonctionne pas. Cela l’a amené à écrire « Au cœur de l’ethnie » en 1985. Pour Jean-Loup AMSELLE, il convient plutôt de parler de transformations plutôt que d’ethnies. Car une société n’est pas figée, elle est ouverte et sujette à des transformations. En ce sens, il viendra à discuter des notions de métissage ou d’hybridité, notions qu’il n’affectionne pas car cela supposerait qu’il y ait des cultures « pures » et ces notions sont trop liées à la biologie. Il reviendra également sur les phénomènes des langues, rejoignant son idée de transformation : comme les sociétés, les langues ne disparaissent pas, elles se transforment. De même, une langue n’est pas attribuée à un peuple qui est présent sur un territoire précis. Sur le même système de pensée, Jean-Loup AMSELLE reviendra aussi sur la notion de « culture » qu’il pense être une notion dangereuse et obsolète aujourd’hui. Comme une société ou une langue, une culture change, notamment selon le contexte ou l’interlocuteur que l’on a en face de soi. Plus largement ensuite, l’anthropologue reviendra sur l’invention de l’anthropologie moderne avec Bronislaw MALINOWSKI en nous racontant comme cet homme en est venu à changer la manière de faire de l’anthropologie. Puis il reviendra sur l’anthropologie postmoderne envers laquelle il émet quelques réserves. Pour les anthropologues postmodernes qui pensent que notre époque doit être étudiée en prenant compte de la globalisation, menant à une ethnologie multi située. AMSELLE désapprouve cette idée en soutenant qu’il y a eu plusieurs globalisations, notre époque n’tant donc pas, dans le fond, radicalement différente. Enfin, Jean-Loup AMSELLE nous parlera de l’art africain contemporain et de la place qu’a cet art sur la scène de l’art contemporain mondial. Il expliquera pourquoi cet art est différencié et pourquoi il nous touche différemment. Il conclura enfin sur la question du Musée du Quai Branly dont il avait critiqué ouvertement la proposition muséographique et architecturale.
Sujet: Sujet
Topique: Anthropologie sociale
Mots-clés: Anthropologie moderne
Libellé: Thème des sociétés d'Afrique de l'Ouest
Mots-clés: Anthropologie sociale en Afrique de l'Ouest, Ethnies
Libellé: Notion de branchements
Mots-clés: Métissage, Ehtnies, Hybridité, Créolisation
Localisation spatiale du sujet:
Jean-Loup AMSELLE s'intéresse particulièrement aux groupes ethniques d'Afrique de l'Ouest : Mali, Guinée, Côte d'Ivoire.
Type de discours consacré au sujet: Désapprobation ; Exemplification ; Explication ; Exposé spécialisé
L'anthropologue désapprouve les visions classiques et/ou stéréotypées de l'anthropolgie et des visions des ethnies africaines. Il explique pourquoi en donnant des exemples et en expliquant son point de vue.
Jean-Loup AMSELLE travaille sur les thèmes de l'ethnicité, l'identité et le "métissage" (qu'il appelle lui "branchements").
Jean-Loup AMSELLE s'intéresse plus particulièrement aux sociétés d'Afrique de l'Ouest, notamment au Mali, en Côte d'Ivoire et en Guinée.
Selon Jean-Loup AMSELLE, on ne peut pas parler d'ethnie dans le sens où il n'existe pas d'ethnie "pure" puisque les ethnies, comme les sociétés ouvertes, sont amenées à changer, à se transformer. De même pour les langues ou les cultures. N'aimant guère la notion de "métissage" qui entend par défaut que c'est un croisement biologique entre deux éléments purs, l'anthopologue préfère parler de "branchements".
Sujet: Sujet
Topique: Sujet des transformations des identités culturelles
Mots-clés: Identités culturelles, Transformations culturelles, Métissage
Libellé: Thème des ethnies ouest africaines
Mots-clés: Groupes ethniques
Localisation spatiale du sujet:
L'anthropologue est spécialisé sur les groupes ethniques d'Afrique de l'Ouest, notamment en Guinée, Côte d'Ivoire et au Mali.
Type de discours consacré au sujet: Exemplification ; Explication ; Exposé spécialisé
Jean-Loup AMSELLE explique la notion de "branchements" en donnant des exemples pour appuyer son propos.
D'après l'anthropologue, les identités (culturelles) sont amenées à se transformer : rien n'est pur, tout se mélange et se transforme.
Jean-Loup AMSELLE travaille sur la question des identités culturelles des groupes ethniques ouest africains.
Nom: AMSELLE
Prénom: Jean-Loup
Rôle: Anthropologues
Appartenance: EHESS - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Fonction: Directeur d'études
Adresse: Paris, France
Jean-Loup AMSELLE est anthropologue, directeur d'études à l'EHESS ainsi que directeur de la formation doctorale Anthropologie sociale et ethnologie. Il est également rédacteur en chef des Cahiers d'études africaines . Ses principaux thèmes de recherche portent sur l'ethnicité, l'identité, le métissage, le multiculturalisme et l'art africain contemporain. Il a réalisé des travaux sur le terrain au Mali, en Côte d’Ivoire et en Guinée.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Jean-Loup AMSELLE
Url: http://etudesafricaines.revues.org/48
Article de Jean-Loup AMSELLE à propos de « La mission Griaule à Kangaba (Mali) » de Walter E. A. van Beek et Jan Jansen.
AMSELLE Jean-Loup. "Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs", Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°977, [en ligne]; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/977
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BONNEMAZOU Camille, ESCoM-FMSH, France, 2006 © DE PABLO Elisabeth, ESCoM-FMSH, France, 2006
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© AMSELLE Jean-Loup, Anthropologue, EHESS, France, 2006
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
"Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page "
Titre: Analyse générale de la vidéo "Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs"
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: MAREGLIA, Laura. Analyse générale de la vidéo "Logiques métisses et branchements : anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs". (Portail AGORA, 2015), http://www.agora.msh-paris.fr
Id analyse: 94a27c11-53da-48cd-9611-b5e1e0a9e0a5
Id vidéo: d47d582c-819b-44ac-bd38-4572293973b5
Analyse générale de l'entretien avec Jean-Loup AMSELLE autour de ses travaux.