Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3). AGUDELO Carlos, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, BERLOQUIN-CHASSANY Pascale, BOIDIN Capucine, CUNIN Elisabeth, DIOUF Mamadou, GILROY Paul, NDIAYE Pap

Chapitre

Titre: Présentation par Mamadou DIOUF
Durée: 00:01:29   [00:00:00 > 00:01:29]
Mamadou DIOUF est professeur d’études africaines à l’université de Columbia. Il présente très brièvement cette seconde séance du colloque avant de laisser la parole à Paul GILROY.
Titre: La portée de l’Atlantique noir dans le contexte de recherche français par Paul GILROY
Durée: 00:31:32   [00:01:29 > 00:33:02]
Paul GILROY ouvre cette deuxième séance en se concentrant sur les notions de racisme et de mélancolie postcoloniale. Selon lui, la fin de l’expérience multiculturaliste en Europe a provoqué une réponse en termes d’identité nationale. Une opposition entre diversité et solidarité s’est mise en place à une échelle globale. L’auteur de l’Atlantique noir développe ce thème avant de laisser la parole aux intervenants.
Titre: Les identités noires en France, les usages de la diaspora par Pap NDIAYE
Durée: 00:19:52   [00:33:02 > 00:52:54]
Pap NDIAYE est professeur d’histoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, spécialisé en histoire nord-américaine. Sa communication vise à confronter des thèmes évoqués aussi bien dans « L’Atlantique noir » que dans deux autres ouvrages non traduits en France : « There Ain’t No Black In The Union Jack » (1987) ainsi que « Against Race » (2000) à l’enquête qu’il a menée sur des populations noires en France. Il cherchera donc ici à confronter ces identités noires de France à des processus transnationaux et multiculturels. Pap NDIAYE indique en premier lieu que les différentes identités constitutives d’un même individu (ethnique, sociale, nationale, etc.), peuvent être combinées selon des modalités bien spécifiques. Parmi les personnes interrogées lors de son enquête, la grande majorité indiquait ressentir une tension l’identité noire et l’identité française, redoublant leur attachement à cette dernière. D’autres combinaisons, moins fréquentes, consistaient en la mention du pays d’origine, de celui des parents, d’une origine ethnique, ou encore d’une identité raciale. Pap NDIAYE en vient à distinguer identité choisie et identité prescrite, qui entretiennent toutes deux des relations : à la complexité des identités choisies est opposée la simplification des identités prescrites. Selon l’historien, un apport de Paul GILROY est d’arriver à réfuter l’essentialisme d’une culture noire homogène pour un groupe défini sans pour autant nier l’existence des cultures noires en s’appuyant sur la notion de diaspora. Pap NDIAYE relate ensuite son intérêt du chapitre sur la musique dans « L’Atlantique noir ». Cependant, malgré les apports de celui-ci, il note un manque d’étude sociologique de la réception de ces œuvres permettant de comprendre les effets de celles-ci sur les identités, en particulier dans le cas français. Une autre difficulté liée à l’Atlantique noir est que la France n’y est que peu présente, alors qu’elle a été très présente dans cet Atlantique. Pap NDIAYE indique ainsi que dans le cas français, il n’existe pas de peuple noir, rassemblé autour d’une identité épaisse et commune. Pap NDIAYE conclut sur le fait que si la disparition des identités racialisées fonctionnant comme stigmates sociaux est souhaitable, elle ne signifie pas pour autant la disparition des identités épaisses, c’est-à-dire des cultures africaines et caribéennes.
Sujet: De l'identité culturelle
Topique: Identités noires en France
Mots-clés: identité; Noir; France; transnationalisme; multiculturalisme
Localisation spatiale du sujet: France
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
L'historien Pap NDIAYE confronte ici les résultats de son enquête sur les identités noires en France aux processus transnationaux et multiculturels analysés par Paul GILROY dans l'Atlantique noir.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Dominic THOMAS
Url: http://gradhiva.revues.org/1594
Dominic Thomas, « Pap Ndiaye, La Condition noire. Essai sur une minorité française », Gradhiva [Online], 10 | 2009
Titre: Populations noires et politique en Amérique latine par Carlos AGUDELO
Durée: 00:16:33   [00:52:54 > 01:09:28]
Carlos AGUDELO est sociologue, spécialiste des constructions identitaires en Amériques latine et aux Caraïbes. Il vise aujourd’hui à présenter un panorama des formes d’action politique noires en Amérique latine, en essayant une montée en généralisation à l’aide du travail de Paul GILROY. En Amérique latine, l’intégration des populations noires a été marquée par une forte ambiguïté. Selon le sociologue, la forme d’action politique la plus courante pour les populations noires en Amérique latine est la participation aux partis traditionnels. Cependant, leur accès à la direction de ces structures reste très marginal. Après les années 1970, les discours de revendication, d’abord portés par l’Amérique du Nord, vont avoir un écho en Amérique latine. En ce qui concerne la période présente, on assiste à une rupture avec le modèle républicain universaliste, au profit d’un modèle multiculturel. Les protagonistes centraux restent cependant majoritairement les peuples autochtones. Carlos AGUDELO souligne cependant la formation d’un espace de revendication identitaire transnational, que décrit le concept d’Atlantique noir. Selon le sociologue, le modèle mis au point par Paul GILROY, mis au point sur l’exemple des Antilles, de l’Amérique du Nord et du Royaume-Uni, reste un référent théorique mais aussi politique, malgré plusieurs points de tension que Carlos AGUDELO soulève. Par exemple, la non-prise en compte de plusieurs caractéristiques de l’identité (genre, classe, âge, etc.) ou encore la difficile articulation des contextes transnationaux et locaux sont pointés. En définitive, le chercheur appelle à s’emparer de manière résolument critique les concepts forgés par Paul GILROY.
Sujet: De l'identité culturelle
Topique: Identité noire en Amérique du Sud
Mots-clés: identité; politique; Noir; Amérique du sud
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
Le sociologue Carlos AGUDELO met ses recherches sur les constructions identitaires et politiques noires en Amérique du sud en perspective avec le modèle théorique élaboré par Paul GILROY dans l'Atlantique noir.
Titre: Au-delà de l’Atlantique noire : les Afriques des banlieues « globales » par Rémy BAZENGUSSA-GANGA
Durée: 00:19:48   [01:09:28 > 01:29:16]
Genre: Extrait d'un colloque filmé
Rémy BAZENGUSSA-GANGA est sociologue. Sa contribution vise à évaluer l’impact de l’Atlantique noire sur les enquêtes contemporaines portant sur les Africains en France, thème de recherche dont il est spécialiste. Cet impact semble être, dans le cas français, quasi nul. Dans un premier temps, il recense les explications, en s’appuyant sur les travaux d’Abdullah GAYE et d’Achille MBEMBE à ce propos. Les deux auteurs soulignent la désaffection des sciences sociales françaises pour les théories postcoloniales, ainsi qu’une difficulté pour la républicaine française universaliste à traiter la question de la race. Le sociologue avance ensuite deux propositions d’explication personnelle de ce blocage : une vision de la « race » portée par un discours intellectuel élitiste, ainsi qu’une conception du temps mettant en avant le passé et le futur sans prendre ne compte le présent. Dans un troisième temps, il compare plusieurs thèmes relatifs aux diasporas africaines - lieu de migration, statut privilégié des migrants, catégories sociales migrantes, image de soi - dans deux contextes différents : celui de la colonisation et celui de la globalisation, à partir des années 1980. Le modèle développé dans l’Atlantique noir permet-il de déterminer si un changement de paradigme a eu lieu entre ces deux périodes ?
Sujet: Diaspora
Topique: Diaspora africaine
Mots-clés: diaspora; Afrique; colonisation; globalisation
Localisation spatiale du sujet: Afrique
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
Le sociologue Rémy BAZENGUSSA-GANGA compare ici les diasporas africaines dans le contexte de la globalisation, analysées par Paul GILROY, et dans le contexte de la globalisation. Il s'interroge sur la pertinence du modèle pour rendre compte des phénomènes diasporiques contemporains.
Titre: L’Atlantique noir vu d’Amérique latine par Elisabeth CUNIN
Durée: 00:22:12   [01:29:16 > 01:51:29]
Elisabeth CUNIN est sociologue. Ses thèmes de recherche privilégiés sont les identités culturelles en Amérique latine. Elle a ainsi pour objectif, à l’instar d’autres contributions à ce colloque, de regarder l’Atlantique noir depuis l’Amérique du Sud : dans quelle mesure ce concept anglo-saxon peut-il être utilisé dans le cadre d’une recherche française prenant pour objet Amérique latine ? En effet, les concepts d' « ethnicité », de « nation», d' « hybridité » n'ont pas, en Amérique latine, le sens que leur donne Paul GILROY dans l'univers de référence anglo-saxon. A partir de l'exemple colombien, il s'agit d'interroger ce décalage permettant de revenir sur la « diaspora noire ». En premier lieu, elle indique qu’une supposée « tradition française » sur les Amériques noires initiée par Roger BASTIDE reste aujourd’hui très fragmentée institutionnellement. Un des apports de l’Atlantique noir est ainsi d’avoir rendu ce thème de recherche visible en France. Par ailleurs, l’Atlantique noir ne produit pas de division entre les deux côtés de l’Atlantique, et aide à en étudier collectivement la relation. Elisabeth CUNIN développe ensuite trois points de décalage mis en lumière par l’Amérique du sud par rapport au concept original : l’importance de la population indienne, l’hétérogénéité de la diaspora africaine, et la notion de métissage dans cette partie du monde.
Sujet: Régions et pays
Topique: Amérique du sud
Mots-clés: Atlantique noir; Amérique du sud
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
La sociologue Elisabeth CUNIN a pour objectif d'évaluer dans quelle mesure le concept d'Atlantique noir forgé par Paul GILROY peut être utilisé dans le cadre d’une recherche française prenant pour objet l'Amérique latine.
Titre: L’Atlantique noir sous l’angle de la création de mode : l’escale française par Pascale BERLOQUIN-CHASSANY
Durée: 00:13:57   [01:51:29 > 02:05:26]
Pascale BERLOQUIN-CHASSANY est sociologue et anthropologue. Ses recherches portent sur la construction identitaire noire, abordée par la création vestimentaire de luxe. Elle a ainsi mené une étude comparative transnationale sur ce thème, à travers des entretiens avec des créateurs de mode africains et une étude de la presse visant un public noir. Au cours de cette intervention, elle centrera son propos sur les créateurs de mode africains en France. Son observation principale est la suivante : entre 1998 et 2004, années au cours desquelles elle a effectué sa recherche, la sociologue a constaté une auto-reformulation du contenu du label « africain » que s’attribuent les créateurs de mode noirs. La chercheuse vise ici à relire son travail à la lumière des thèses de Paul GILROY. Après avoir développé ses résultats, la chercheuse indique que ceux-ci vont dans le même sens que ceux de Paul GILROY : les courants essentialistes et anti-essentialistes semblent insuffisants pour rendre compte de la complexité de l’expression de la culture africaine en France.
Sujet: De l'identité culturelle
Topique: Créateurs africains en France
Mots-clés: mode; identité noire; Afrique; France
Localisation spatiale du sujet: France
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
La sociologue Pascale BERLOQUIN-CHASSANY communique ici les résultats de son étude sur la construction identitaire noire, abordée par la création vestimentaire de luxe. Ceux-ci vont dans le même sens que la thèse de Paul GILROY : les courants essentialistes et anti-essentialistes semblent insuffisants pour rendre compte de la complexité de l’expression de la culture africaine en France.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Pascale BERLOQUIN-CHASSANY
Url: http://remi.revues.org/5001
Pascale Berloquin-Chassany, « Défilé dans le désert : les créateurs de mode vestimentaire noirs de Paris à Agadez », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 25 - n°3 | 2009
Titre: Discussion
Durée: 00:38:21   [02:05:26 > 02:43:48]
Avant de donner la parole à l’assemblée, Mamadou DIOU effectue une brève synthèse de cette deuxième série de mises à l’épreuve de l’Atlantique noir. Selon lui, une entrée intéressante des critiques est celle géographique : en effet, la prise en compte de l’Atlantique Sud semble questionner le modèle mis en place par Paul GILROY, centré essentiellement sur l’Atlantique Nord. Par ailleurs, le rapport entre temporalités et espace de l’Atlantique est à souligner. Ensuite, au-delà des aspects les plus théoriques du travail de Paul GILROY, Mamadou DIOUF rappelle ses apports pour envisager les questions du rapport du racisme au corps et à la matérialité. Enfin, il envisage la restructuration contemporaine des débats relatifs aux enjeux soulevés lors de cette journée. La première question est relative au retard des traductions de certains travaux des Cultural Studies en France. La seconde entend revenir sur la notion de « mélancolie postcocoloniale », dans le contexte du Québec. Chrisitne CHIVALLON indique ensuite que selon elle, le pouvoir de l’œuvre de Paul GILROY réside dans l’évocation de la « terreur du souvenir de l’esclavage ». La troisième question est adressée à Paul GILROY. Pourquoi la « forteresse Europe » n’est-elle pas envisagée dans ses derniers ouvrages ? La dernière envisage l’océan indien dans le modèle de Paul GILROY.
Titre: Clôture du colloque
Durée: 00:05:14   [02:43:48 > 02:49:03]
En définitive, Mamadou DIOUF conclut brièvement ce colloque avant de passer la parole à Capucine BOIDIN, saluant la diversité des intervenants et des institutions réunis autour de cet événement.

9 chapitres.
  • Paul GILROY ouvre cette deuxième séance en se concentrant sur les notions de racisme et de mélancolie postcoloniale. Selon lui, la fin de l’expérience multiculturaliste en Europe a provoqué une réponse en termes d’identité nationale. Une opposition entre diversité et solidarité s’est mise en place à une échelle globale. L’auteur de l’Atlantique noir développe ce thème avant de laisser la parole aux intervenants.
  • Pap NDIAYE est professeur d’histoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, spécialisé en histoire nord-américaine. Sa communication vise à confronter des thèmes évoqués aussi bien dans « L’Atlantique noir » que dans deux autres ouvrages non traduits en France : « There Ain’t No Black In The Union Jack » (1987) ainsi que « Against Race » (2000) à l’enquête qu’il a menée sur des populations noires en France. Il cherchera donc ici à confronter ces identités noires de France à des processus transnationaux et multiculturels. Pap NDIAYE indique en premier lieu que les différentes identités constitutives d’un même individu (ethnique, sociale, nationale, etc.), peuvent être combinées selon des modalités bien spécifiques. Parmi les personnes interrogées lors de son enquête, la grande majorité indiquait ressentir une tension l’identité noire et l’identité française, redoublant leur attachement à cette dernière. D’autres combinaisons, moins fréquentes, consistaient en la mention du pays d’origine, de celui des parents, d’une origine ethnique, ou encore d’une identité raciale. Pap NDIAYE en vient à distinguer identité choisie et identité prescrite, qui entretiennent toutes deux des relations : à la complexité des identités choisies est opposée la simplification des identités prescrites. Selon l’historien, un apport de Paul GILROY est d’arriver à réfuter l’essentialisme d’une culture noire homogène pour un groupe défini sans pour autant nier l’existence des cultures noires en s’appuyant sur la notion de diaspora. Pap NDIAYE relate ensuite son intérêt du chapitre sur la musique dans « L’Atlantique noir ». Cependant, malgré les apports de celui-ci, il note un manque d’étude sociologique de la réception de ces œuvres permettant de comprendre les effets de celles-ci sur les identités, en particulier dans le cas français. Une autre difficulté liée à l’Atlantique noir est que la France n’y est que peu présente, alors qu’elle a été très présente dans cet Atlantique. Pap NDIAYE indique ainsi que dans le cas français, il n’existe pas de peuple noir, rassemblé autour d’une identité épaisse et commune. Pap NDIAYE conclut sur le fait que si la disparition des identités racialisées fonctionnant comme stigmates sociaux est souhaitable, elle ne signifie pas pour autant la disparition des identités épaisses, c’est-à-dire des cultures africaines et caribéennes.
  • Carlos AGUDELO est sociologue, spécialiste des constructions identitaires en Amériques latine et aux Caraïbes. Il vise aujourd’hui à présenter un panorama des formes d’action politique noires en Amérique latine, en essayant une montée en généralisation à l’aide du travail de Paul GILROY. En Amérique latine, l’intégration des populations noires a été marquée par une forte ambiguïté. Selon le sociologue, la forme d’action politique la plus courante pour les populations noires en Amérique latine est la participation aux partis traditionnels. Cependant, leur accès à la direction de ces structures reste très marginal. Après les années 1970, les discours de revendication, d’abord portés par l’Amérique du Nord, vont avoir un écho en Amérique latine. En ce qui concerne la période présente, on assiste à une rupture avec le modèle républicain universaliste, au profit d’un modèle multiculturel. Les protagonistes centraux restent cependant majoritairement les peuples autochtones. Carlos AGUDELO souligne cependant la formation d’un espace de revendication identitaire transnational, que décrit le concept d’Atlantique noir. Selon le sociologue, le modèle mis au point par Paul GILROY, mis au point sur l’exemple des Antilles, de l’Amérique du Nord et du Royaume-Uni, reste un référent théorique mais aussi politique, malgré plusieurs points de tension que Carlos AGUDELO soulève. Par exemple, la non-prise en compte de plusieurs caractéristiques de l’identité (genre, classe, âge, etc.) ou encore la difficile articulation des contextes transnationaux et locaux sont pointés. En définitive, le chercheur appelle à s’emparer de manière résolument critique les concepts forgés par Paul GILROY.
  • Extrait d'un colloque filmé. Rémy BAZENGUSSA-GANGA est sociologue. Sa contribution vise à évaluer l’impact de l’Atlantique noire sur les enquêtes contemporaines portant sur les Africains en France, thème de recherche dont il est spécialiste. Cet impact semble être, dans le cas français, quasi nul. Dans un premier temps, il recense les explications, en s’appuyant sur les travaux d’Abdullah GAYE et d’Achille MBEMBE à ce propos. Les deux auteurs soulignent la désaffection des sciences sociales françaises pour les théories postcoloniales, ainsi qu’une difficulté pour la républicaine française universaliste à traiter la question de la race. Le sociologue avance ensuite deux propositions d’explication personnelle de ce blocage : une vision de la « race » portée par un discours intellectuel élitiste, ainsi qu’une conception du temps mettant en avant le passé et le futur sans prendre ne compte le présent. Dans un troisième temps, il compare plusieurs thèmes relatifs aux diasporas africaines - lieu de migration, statut privilégié des migrants, catégories sociales migrantes, image de soi - dans deux contextes différents : celui de la colonisation et celui de la globalisation, à partir des années 1980. Le modèle développé dans l’Atlantique noir permet-il de déterminer si un changement de paradigme a eu lieu entre ces deux périodes ?
  • Elisabeth CUNIN est sociologue. Ses thèmes de recherche privilégiés sont les identités culturelles en Amérique latine. Elle a ainsi pour objectif, à l’instar d’autres contributions à ce colloque, de regarder l’Atlantique noir depuis l’Amérique du Sud : dans quelle mesure ce concept anglo-saxon peut-il être utilisé dans le cadre d’une recherche française prenant pour objet Amérique latine ? En effet, les concepts d' « ethnicité », de « nation», d' « hybridité » n'ont pas, en Amérique latine, le sens que leur donne Paul GILROY dans l'univers de référence anglo-saxon. A partir de l'exemple colombien, il s'agit d'interroger ce décalage permettant de revenir sur la « diaspora noire ». En premier lieu, elle indique qu’une supposée « tradition française » sur les Amériques noires initiée par Roger BASTIDE reste aujourd’hui très fragmentée institutionnellement. Un des apports de l’Atlantique noir est ainsi d’avoir rendu ce thème de recherche visible en France. Par ailleurs, l’Atlantique noir ne produit pas de division entre les deux côtés de l’Atlantique, et aide à en étudier collectivement la relation. Elisabeth CUNIN développe ensuite trois points de décalage mis en lumière par l’Amérique du sud par rapport au concept original : l’importance de la population indienne, l’hétérogénéité de la diaspora africaine, et la notion de métissage dans cette partie du monde.
  • Pascale BERLOQUIN-CHASSANY est sociologue et anthropologue. Ses recherches portent sur la construction identitaire noire, abordée par la création vestimentaire de luxe. Elle a ainsi mené une étude comparative transnationale sur ce thème, à travers des entretiens avec des créateurs de mode africains et une étude de la presse visant un public noir. Au cours de cette intervention, elle centrera son propos sur les créateurs de mode africains en France. Son observation principale est la suivante : entre 1998 et 2004, années au cours desquelles elle a effectué sa recherche, la sociologue a constaté une auto-reformulation du contenu du label « africain » que s’attribuent les créateurs de mode noirs. La chercheuse vise ici à relire son travail à la lumière des thèses de Paul GILROY. Après avoir développé ses résultats, la chercheuse indique que ceux-ci vont dans le même sens que ceux de Paul GILROY : les courants essentialistes et anti-essentialistes semblent insuffisants pour rendre compte de la complexité de l’expression de la culture africaine en France.
  • Avant de donner la parole à l’assemblée, Mamadou DIOU effectue une brève synthèse de cette deuxième série de mises à l’épreuve de l’Atlantique noir. Selon lui, une entrée intéressante des critiques est celle géographique : en effet, la prise en compte de l’Atlantique Sud semble questionner le modèle mis en place par Paul GILROY, centré essentiellement sur l’Atlantique Nord. Par ailleurs, le rapport entre temporalités et espace de l’Atlantique est à souligner. Ensuite, au-delà des aspects les plus théoriques du travail de Paul GILROY, Mamadou DIOUF rappelle ses apports pour envisager les questions du rapport du racisme au corps et à la matérialité. Enfin, il envisage la restructuration contemporaine des débats relatifs aux enjeux soulevés lors de cette journée. La première question est relative au retard des traductions de certains travaux des Cultural Studies en France. La seconde entend revenir sur la notion de « mélancolie postcocoloniale », dans le contexte du Québec. Chrisitne CHIVALLON indique ensuite que selon elle, le pouvoir de l’œuvre de Paul GILROY réside dans l’évocation de la « terreur du souvenir de l’esclavage ». La troisième question est adressée à Paul GILROY. Pourquoi la « forteresse Europe » n’est-elle pas envisagée dans ses derniers ouvrages ? La dernière envisage l’océan indien dans le modèle de Paul GILROY.
  • En définitive, Mamadou DIOUF conclut brièvement ce colloque avant de passer la parole à Capucine BOIDIN, saluant la diversité des intervenants et des institutions réunis autour de cet événement.
Titre: Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3)
Sous-titre: Les enquêtes contemporaines sur l’Atlantique noir dans sa dimension culturelle et politique
Auteur(s): AGUDELO Carlos, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, BERLOQUIN-CHASSANY Pascale, BOIDIN Capucine, CUNIN Elisabeth, DIOUF Mamadou, GILROY Paul, NDIAYE Pap
Date de réalisation: 01/06/2007
Lieu de réalisation: Amphithéâtre IHEAL 28 rue Saint Guillaume 75007 Paris France
Genre: Colloque filmé
Langue(s): English ; Français
Ce colloque, organisé par plusieurs centres de recherche (IA, IHEAL - CREDAL, CEAf, GDRI Esclavages, MASCIPO) a pour but de réaliser un bilan critique de l’ouvrage « l’Atlantique noir » en présence de son auteur, le professeur de littérature britannique Paul GILROY. L'Atlantique noir s'entend comme formation culturelle transnationale, lieu d'échanges et de liens au sein duquel se construisent et se dé-construisent sans cesse les cultures noires. Le livre, publié en 1993 et traduit en France en 2003, a profondément renouvelé les travaux sur les populations d’origine africaine issues de la traite esclavagiste. Cette deuxième session envisage la réception en France de l’ouvrage « l’Atlantique noir » et son utilisation dans les travaux contemporains prenant pour objet les thèmes que le livre aborde.
Paul GILROY est un universitaire britannique. Après des études à l’université de Sussex, il obtient une thèse de doctorat (PhD) à l’université de Birmingham en 1986. Après avoir enseigné à l’université de Goldsmiths à Londres, il obtient une chaire d’études afro-américaines à l’université de Yale. Il enseigne ensuite la « théorie sociale » à la London School of Economics avant de finalement devenir, en 2012, professeur de littérature anglaise et américaine au King’s College. Au carrefour de la littérature, des cultural studies et des sciences sociales, ses essais sur la culture, la « race » et les diasporas ont contribué à renouveler les réflexions à propos de ces thèmes. Son ouvrage le plus remarqué est « The Black Atlantic : Modernity and Double Consciousness », publié en 1993 et traduit en France en 2003 sous le titre « l’Atlantique noir : Modernité et double conscience ». Cette deuxième session a pour but d’évaluer à la fois la réception en France de l’ouvrage « l’Atlantique noir » mais aussi son utilisation dans les travaux contemporains prenant pour objet les thèmes que le livre aborde.
Sujet: Diaspora
Topique: Diaspora africaine
Mots-clés: Diaspora; Afrique; Atlantique
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Conversation ; Critique ; Débat ; Dialogue ; Discussion ; Exposé scientifique ; Exposé spécialisé
Ce colloque entend étudier le phénomène de diaspora africaine en suivant de manière critique les orientations de recherche données par Paul GILROY.
Sujet: La mondialisation culturelle
Topique: Diaspora et mondialisation
Mots-clés: migration; recomposition identitaire; échanges interculturels; racisme; nationalisme; mondialisation
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Débat ; Dialogue ; Discussion ; Exposé scientifique ; Exposé spécialisé
Les phénomènes de migration, de recomposition identitaire, d'échanges interculturels, mais aussi de racisme et de nationalisme sont envisagés dans le contexte de mondialisation au cours de ce colloque.
Sujet: De l'identité culturelle
Topique: Identité noire
Mots-clés: construction identitaire; diaspora africaine;
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Débat ; Dialogue ; Discussion ; Exposé scientifique ; Exposé spécialisé
Les processus de construction identitaire des diasporas africaines tels qu'analysés par Paul GILROY dans l'Atlantique noir sont ici prolongés de manière critique par l'ensemble des intervenants de ce colloque.
Sujet: Processus de colonisation
Topique: Nationalisme et colonisation
Mots-clés: nationalisme; colonisation; racisme; identité; migration
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Débat ; Dialogue ; Discussion ; Exposé scientifique ; Exposé spécialisé
L'ensemble des contributions à ce colloque questionnent les phénomènes de migrations et de constructions identitaires suite à la période de colonisation. Les formes modernes d'expression de la colonisation sont interrogées à travers les discours nationalistes et racistes contemporains.
Nom: NDAYE
Prénom: Pap
Rôle: Conférenciers invités
Fonction: Historien
Adresse: Paris, France
Pap NDIAYE est historien, Sciences Po, Paris, France
Type: Livre
Auteur: Carlos AGUDELO, Capucine BOIDIN, Livio SANSONE
Url: http://books.openedition.org/iheal/2732?lang=fr
AGUDELO Carlos, BOIDIN Capucine, SANSONE Livio (coord.), Autour de « l’Atlantique noir » : une polyphonie de perspectives, Paris, IHEAL Editions, « Travaux et mémoires », 2009, 221p.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Igor MARTINACHE
Url: http://lectures.revues.org/1030
MARTINACHE Igor, « Paul Gilroy, L'Atlantique noir. Modernité et double conscience », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2010
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Colloque en sciences sociales destiné à toute personne s’intéressant aux thèmes des migrations et des constructions identitaires.
AGUDELO Carlos, BAZENGUISSA-GANGA Rémy, BERLOQUIN-CHASSANY Pascale, BOIDIN Capucine, CUNIN Elisabeth, DIOUF Mamadou, GILROY Paul, NDIAYE Pap. « Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3) », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°1047, 2007, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/1047/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2016
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BONNEMAZOU Camille, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2007 © FILLON Richard, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2007 © DE PABLO Elisabeth, responsable éditoriale, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2007
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© AGUDELO Carlos, sociologue, CNRS/IRD/Université Paris VII/Université Nice Sophia Antipolis, France, 2007 © BAZENGUISSA-GANGA Rémy, sociologue, Université Lille I, France, 2007 © BERLOQUIN-CHASSANY Pascale, sociologue et anthropologue, Paris, France, 2007 © BOIDIN Capucine, anthropologue, Université Paris III, France, 2007 © CUNIN Elisabeth, sociologue, CNRS/IRD/Université Paris VII/Université Nice Sophia Antipolis, France, 2007 © DIOUF Mamadou, professeur d’études africaines, Columbia University, New-York, Etats-Unis, 2007 © GILROY Paul, professeur de littérature, King’s College, Londres, Grande-Bretagne, 2007 © NDIAYE Pap, historien, Sciences Po, Paris, France, 2007
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/
Titre: Analyse de la vidéo « Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3) »
Sous-titre: Les enquêtes contemporaines sur l’Atlantique noir dans sa dimension culturelle et politique
Langue(s): Français
Type: Analyses de base de l'objet média
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3) » (Portail ARC, 2016), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: 95d5178b-1782-4cb2-a88b-dd1a9b8e107b
Id vidéo: 62aab121-caad-431a-900b-5e404cba14f8
Analyse de la vidéo de la deuxième session du colloque « Autour de l’ « Atlantique noir ». Rencontre avec Paul Gilroy (3/3) »