Nicole François et Micheline Sajot, mécaniciennes en confection.

Chapitre

Titre: Les débuts dans la confection de Micheline Sajot
Durée: 00:04:43   [00:00:00 > 00:04:43]
Micheline Sajot est originaire d'Issoudun. Elle raconte avec regret : "Quand je suis sortie de l'école, c'était obligatoire, la confection... parce qu'il y avait du travail. On choisissait pas beaucoup dans les années 60". Elle effectue donc 3 ans d'apprentissage, obtient son CAP, puis travaille pendant 2 ans chez Clicman à Issoudun. Venue à Vierzon pour rejoindre son mari, elle travaillera ensuite pendant 19 ans aux établissements Robinet, puis 18 ans chez Rodier. Son premier emploi chez Clicman, entreprise de confection industrielle, consistait entre autres à monter des poches et des manches.
Sujet: Entrée dans la vie professionnelle
Topique: accès au premier emploi
Titre: Apprentissage et premier emploi de Nicole François en confection
Durée: 00:05:15   [00:04:43 > 00:09:59]
Originaire du Loir-et-Cher, Nicole François a fait son apprentissage de couture à partir de ses 14 ans, pendant 3 ans, à Meung-sur-Loire. Même si son premier souhait aurait été d'être coiffeuse, elle reconnaît ne pas regretter cette orientation professionnelle. Après sa formation, elle trouve du travail chez Waskène à Salbris pendant 7 ans, dans l'atelier des modélistes. Elle juge le travail intéressant et détaille la chaîne de création, de la styliste en passant par la modéliste, la patronnière... Waskène travaillait pour des maisons de couture comme Cardin mais avait également sa propre marque.
Sujet: Entrée dans la vie professionnelle
Topique: accès au premier emploi
Titre: Un travail répétitif à l'entreprise de confection Tierçeau à Romorantin
Durée: 00:03:06   [00:09:59 > 00:13:05]
Nicole François évoque son deuxième emploi, chez Tiersault à Romorantin. Elle se souvient des rendements demandés, très soutenus. Simone Blondeau, ancienne contremaîtresse des établissements Robinet rejoint les deux amies à ce moment de l'entretien. Tiersault fabriquait des séries de 40 000 pièces pour La Redoute ou les 3 Suisses. Les ouvrières travaillaient parfois 4 mois sur le même modèle, à effectuer le même geste. Nicole François se souvient qu'elle ne s'y plaisait pas du tout. Elle y est cependant restée 4 ans puis est venue s'installer à Vierzon, à 27 ans, où elle a été embauchée très rapidement aux établissements de confection Rodier.
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité psychologique / morale
Titre: Le travail aux établissements Robinet
Durée: 00:02:36   [00:13:05 > 00:15:42]
Micheline Sajot a commencé à travailler aux établissements Robinet en 1965. Elle appréciait le fait que les vêtements fabriqués étaient plus jolis que ceux produits par son entreprise précédente. Elle se souvient que les machines étaient parfois déplacées, et que les mécaniciennes changeaient de place dans l'atelier, souvent en cas d'arrivée d'une nouvelle machine. Nicole François se souvient, elle, que chez Rodier, il arrivait que les machines soient bougées pour séparer des mécaniciennes trop bavardes. Micheline Sajot souligne que le travail effectué chez Rodier était encore plus haut de gamme, notamment à cause des tissus travaillés, plus fins...
Titre: Un licenciement mal vécu
Durée: 00:04:27   [00:15:42 > 00:20:10]
Micheline Sajot évoque son licenciement économique, "sec" de chez Robinet en 1984 : "c'est mémorable... Le lendemain, vous ne savez pas ce que vous faites sur terre". Elle évoque avec amertume des collègues mauvaises langues qui colportaient des rumeurs infondées à son sujet et ont, selon elle, contribué à ce qu'elle fasse partie des 24 licenciés de cette période. C'est pendant ces années de travail che Robinet que sont nés ses deux fils.
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité psychologique / morale
Sujet: Evolutions professionnelles
Topique: Ruptures professionnelles
Titre: Le travail haut de gamme chez Rodier
Durée: 00:02:21   [00:20:10 > 00:22:32]
Les deux amies évoquent le travail qualitatif et varié effectué au sein des établissements Rodier, notamment à partir de l'arrivée du styliste Michel Sungari dans l'entreprise. Elles se remémorent le rendement demandé, 480 minutes par jour, qui était difficile à tenir. Elles réalisaient aussi bien des cols, des manches que des pièces entières.
Titre: Les travaux de la finition chez Rodier
Durée: 00:03:06   [00:22:32 > 00:25:38]
Micheline Sajot explique qu'elle travaillait souvent à la finition aux établissements Rodier : étiquettes à coudre à la main, contrôle, arrondissement des robes sur mannequin, technique que les trois amies expliquent en détail, ainsi que celle du bourdonnage, réalisée par une machine spéciale. Chaque mécanicienne avait une machine à coudre attitrée dans l'atelier, aussi bien chez Robinet que chez Rodier.
Sujet: Chaîne opératoire
Topique: geste technique / savoir-faire
Sujet: Chaîne opératoire
Topique: opérations techniques
Titre: Une fermeture et un licenciement difficiles à accepter
Durée: 00:02:08   [00:25:38 > 00:27:46]
Alors que les établissements Rodier comptaient jusqu'à 110 personnes lors de leurs arrivées respectives, Micheline Sajot souligne la brutalité de la fermeture de l'entreprise tandis que Nicole François se souvient de vagues de licenciements régulières. Micheline Sajot revient sur son licenciement de chez Robinet en 1984 et détaille les raisons de sa surprise et de sa déception à son annonce. Elle raconte qu'elle a postulé dès le lendemain chez Rodier où elle a été embauchée très rapidement.
Sujet: Evolutions professionnelles
Topique: ruptures professionnelles
Titre: La pression psychologique exercée par la contremaîtresse dans l'atelier
Durée: 00:05:05   [00:27:46 > 00:32:51]
Nicole François indique que les effectifs de chez Rodier ont commencé à diminuer régulièrement et qu'il fallait néanmoins continuer à fournir le travail, y compris celui des ouvrières parties. L'ambiance qui régnait dans les ateliers dépendait de l'humeur de Monsieur Rodier et surtout de celle de la contremaîtresse, "une peste", qui est restée une dizaine d'années et a causé de nombreuses crises de larmes, voire des dépressions parmi les ouvrières. Monsieur Rodier, le fils du fondateur plutôt spécialisé à l'époque dans les chapeaux, s'est séparée d'elle quand il s'est rendu compte de l'ampleur de son autoritarisme.
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité psychologique / morale
Titre: Les horaires de travail et le manque de reconnaissance financière
Durée: 00:00:50   [00:32:51 > 00:33:42]
Nicole François et Micheline Sajot détaillent les horaires de travail chez Rodier. En périodes de travail important, la journée démarrait plus tôt et elles devaient venir travailler le samedi matin. Elles s'accordent sur le fait que leur travail n'a jamais été bien payé. Le travail le samedi matin leur permettait de recevoir une prime de 5 francs si elles venaient travailler 4 samedis matins... mais un avertissement si elles s'y refusaient.
Sujet: Gestion du temps professionnel
Topique: Temps de travail
Sujet: Gestion du temps professionnel
Topique: variabilité des horaires
Titre: Conseils pris auprès de la Maison des syndicats de Bourges après des avertissements reçus chez Rodier
Durée: 00:03:45   [00:33:42 > 00:37:27]
Nicole François indique qu'elle a reçu plusieurs avertissements aux établissements Rodier parce qu'elle répondait à la contremaîtresse. Elle adressait un courrier en réponse à chaque avertissement et après un passage décevant auprès des syndicats de Vierzon, s'est rendue à la Maison des syndicats à Bourges, où elle a été rassurée sur ses droits. Elle est donc restée travailler jusqu'à la fermeture définitive, après les rachats successifs par un Yougoslave puis un patron de Laval, Luc Couture. Micheline Sajot souligne que les syndicats à Vierzon s'occupaient davantage de l'industrie et pas des entreprises de confection.
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité psychologique / morale
Sujet: Conflits du travail
Topique: vie syndicale
Titre: Peu de mouvements sociaux dans le milieu de la confection
Durée: 00:03:05   [00:37:27 > 00:40:33]
Aux établissements Rodier, certaines ouvrières étaient syndiquées mais il n'y a eu que peu de mouvements sociaux. Nicole François souligne avec honnêteté que la confection étant mal payée, une journée de salaire en moins représentait beaucoup pour les ouvrières. En remontant dans le temps, pendant les mouvements de mai 68, Micheline Sajot était en congé de maternité, et Nicole François travaillait encore à Salbris chez Tiersault, dont la production n'a pas été perturbée par les grèves, qui selon elle, concernaient davantage les grandes villes ou les autres industries que celle de la confection.
Sujet: Conflits du travail
Topique: revendications et grèves
Titre: L'organisation de l'espace de travail aux établissements Rodier
Durée: 00:00:50   [00:40:33 > 00:41:24]
Les deux amies détaillent rapidement l'aménagement des ateliers de chez Rodier, avec le service de la coupe et l'expédition en bas, la finition au fond de l'atelier...
Titre: Le chronométrage, le travail à la minute chez Rodier et les différences de rémunération entre Robinet et Rodier
Durée: 00:03:52   [00:41:24 > 00:45:16]
Micheline Sajot et Nicole François évoquent le chronométrage aux établissements Rodier : il fallait faire tant de pièces à la minute. Les ouvières qui en faisaient davantage ne recevaient pas de prime de rendement mais gardaient leur avance pour des jours moins productifs. Micheline Sajot détaille un exemple lié à la couture d'ourlets de nuisette en soie. Le salaire restait fixe et correspondait au SMIC. Simone Blondeau, ancienne contremaîtresse des établissements Robinet, souligne le fait que chez Robinet, la production supplémentaire était rémunérée. Elle ajoute qu'elle a toujours refusé avec fermeté de chronométrer le travail des ouvrières. Micheline Sajot souligne encore la différence de rémunération entre les deux entreprises en se souvenant également que chez Robinet, la réalisation de modèles en grandes tailles était payée plus cher.
Sujet: Gestion du temps professionnel
Topique: Chronométrage
Sujet: Rémunérations
Topique: Mode de rémunération
Titre: La pénibilité physique du travail chez Rodier
Durée: 00:01:19   [00:45:16 > 00:46:36]
Micheline Sajot et Nicole François qualifient leur travail aux établissements Rodier de pénible et stressant. "A la fin de la journée, on a mal partout", notamment lors du travail de doublure de manteaux ou de vestes, qui nécessitait de se lever.
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité physique
Titre: Le bruit et la musique constante chez Rodier
Durée: 00:02:07   [00:46:36 > 00:48:43]
A une question sur le bruit aux établissements Rodier, Nicole François réagit vivement en se rappelant la musique diffusée dans les ateliers de 8 heures du matin jusqu'au soir, qu'elle ne supportait que très difficilement. Micheline Sajot se souvient en plus du bruit des machines, notamment des machines à boutonnières. A propos de la musique, Nicole François livre une anecdote indiquant bien le degré de stress généré par la musique diffusée dans les ateliers.
Sujet: Environnement de travail
Topique: environnement sonore, olfactif
Sujet: Pénibilité
Topique: pénibilité psychologique / morale
Titre: L'ambiance dans l'atelier chez Rodier
Durée: 00:05:15   [00:48:43 > 00:53:59]
Chez Rodier comme chez Robinet, l'atelier des mécaniciennes comprenait environ 50 personnes et celui de la coupe environ 6 personnes. A une question sur l'ambiance qui régnait dans l'atelier, Micheline Sajot répond qu'il existait des clans et Nicole François ajoute qu'"un atelier de femmes, ce n'est pas rien." Micheline Sajot se souvient que ses collègues l'appelaient différemment chez Robinet et chez Rodier. Les deux amies s'accordent sur le fait qu'il existait peu de solidarités entre ouvrières. Madame Sajot ajoute que certaines de ses ex-collègues chez Robinet sont devenues des amies après son licenciement. Elle reconnaît avoir eu du mal à s'adapter lors de son arrivée chez Rodier et souligne l'influence et la froideur de la contremaîtresse, ainsi que la difficulté liée selon elle à son récent statut de licenciée. Nicole François adoucit ses propos en insistant sur la spécificité de chaque atelier et la nécessité de s'adapter, y compris à l'ambiance qui règne.
Titre: Deux types de patrons différents chez Robinet et chez Rodier
Durée: 00:03:17   [00:53:59 > 00:57:16]
Micheline Sajot reconnaît que les patrons de chez Robinet étaient plus humains que celui de Rodier. Elle livre deux anecdotes, l'une sur la dureté de monsieur Rodier, l'autre sur la générosité de Madame Galland à l'égard de ses enfants venus l'attendre alors qu'elle faisait des heures supplémentaires. Nicole François ajoute que monsieur Rodier "en plus, c'était un radin complet... même pas une crotte en chocolat à Noël !"
Sujet: Relations patron / salariés
Topique: Figure patronale
Sujet: Relations patron / salariés
Topique: paternalisme
Titre: Les fêtes chez Rodier et Robinet
Durée: 00:02:07   [00:57:16 > 00:59:24]
Le sujet des fêtes au sein des entreprises est abordé pendant l'entretien. Nicole François se souvient que pendant un temps, un repas était organisé aux établissements Rodier avant les vacances d'été. La Sainte-Catherine a également été fêtée, mais à de trop rares occasions... "il n'a dû faire qu'un repas, ça a dû lui coûter trop cher !" ironise-t-elle. Simone Blondeau et Micheline Sajot soulignent quant à elles que chez Robinet, "c'était des belles Sainte-Catherine", parfois avec orchestre, et que la fête se prolongait tard dans la soirée.
Sujet: Sociabilités au travail
Topique: Repas exceptionnel
Sujet: Sociabilités au travail
Topique: sainte catherine
Titre: L'évolution technique des machines à coudre
Durée: 00:01:51   [00:59:24 > 01:01:15]
Micheline Sajot et Nicole François évoquent les progrès techniques qu'elles ont connus sur leurs machines à coudre : le point d'arrêt automatique et le coupe-fil. "Tout était dans la pédale" conclut Nicole François avec drôlerie. Simone Blondeau se souvient des machines qui piquaient et surjettaient en même temps, dont elle avait suggéré l'achat pour les établissements Robinet après les avoir vues au salon de la machine à coudre.
Sujet: Outils de production
Topique: machine
Sujet: Innovation technique et organisationnelle
Topique: mécanisation
Titre: Achat de coupons pour se confectionner des vêtements
Durée: 00:02:30   [01:01:15 > 01:03:46]
Après avoir regretté le fait qu'"on ne s'habille plus" depuis les années 2000, Nicole François et Micheline Sajot racontent qu'elles se sont toujours confectionné des vêtements. Lorsqu'elles travaillaient chez Rodier, elles achetaient parfois des coupons de tissu à bas prix.
Titre: Les reprises successives de Rodier
Durée: 00:03:24   [01:03:46 > 01:07:10]
La fermeture définitive de Rodier a eu lieu en 2001. Après la retraite de monsieur Rodier vers 1995, l'entreprise a été reprise successivement par un Yougoslave pendant 4 ans puis par Luc Couture pendant 2 ans. Micheline Sajot se souvient être intervenue auprès du patron yougoslave à propos d'un contremaître qui insultait les ouvrières et qui heureusement n'est pas resté longtemps. Les divers rachats de l'entreprise se sont faits sans que le travail s'arrête.
Titre: Les clients de l'entreprise Rodier
Durée: 00:01:55   [01:07:10 > 01:09:06]
Micheline Sajot liste les clients pour lesquels l'entreprise travaillait du temps de monsieur Rodier : 1,2,3, Darel, Carol... et à partir de l'arrivée du styliste Sungari pour de grandes maisons comme Dior, Balmain, Sonia Rykiel en prêt-à-porter... Elle détaille une belle robe-bustier travaillée minutieusement à la finition et se félicite de la qualité du travail effectué.
Titre: La fermeture des établissements Rodier
Durée: 00:01:51   [01:09:06 > 01:10:58]
Nicole François et Micheline Sajot reviennent sur la fermeture définitive des établissements Rodier. Elles racontent que le travail diminuait et qu'elles acceptaient de ne pas être payées régulièrement afin de préserver leur emploi. Elles étaient néanmoins conscientes du fait que cette situation ne pouvait pas durer. Elles reconnaissent que le mouvement était général et que tous les établissement de confection fermaient les uns après les autres. Elles regrettent d'ailleurs qu'il n'y ait plus d'entreprise de confection à Vierzon. En ce qui concerne les établissements Rodier, l'affaire est passéé un jour au tribunal, "et puis après, il nous a dit : "prenez vos affaires, vous partez. C'est fini." Elles ont ensuite reçu leurs lettres de licenciement.
Sujet: Evolutions professionnelles
Topique: ruptures professionnelles
Titre: Continuer à travailler après la fermeture de Rodier
Durée: 00:03:48   [01:10:58 > 01:14:46]
Micheline Sajot se souvient qu'il n'y avait plus guère de travail après la fermeture des établissements Rodier. Etant âgée de 55 ans au moment du licenciement, elle a accepté l'allocation de chômeur âgé et est donc restée au chômage jusqu'à ses 60 ans, âge auquel elle a pu bénéficier de sa retraite. Nicole François avait 51 ans :elle devait continuer à travailler. Elle raconte avoir d'abord cherché du travail sans succès pendant un an. Elle a ensuite trouvé un travail pendant 2 mois dans un atelier de maroquinerie puis elle a effectué un contrat d'entreprise de 18 mois dans une entreprise de fabrication de harnais de sécurité. Elle se souvient s'y être beaucoup plu, malgré la dureté du travail. Mais elle était mieux payée et touchait diverses primes, de rendement, de Noël, de bénéfices... En comparant avec la rémunération basse de ses années dans la confection, elle reconnaît : "Pour moi c'était le bonheur !... "
Sujet: Evolutions professionnelles
Topique: mobilité professionnelle
Sujet: Evolutions professionnelles
Topique: ruptures professionnelles
Titre: Les regrets : un travail sous-payé, un manque de reconnaissance et de transmission à la jeune génération
Durée: 00:01:46   [01:14:46 > 01:16:33]
Nicole François se souvient qu'elle a reçu une prime de licenciement plus importante après 18 mois dans sa dernière entreprise de fabrication de harnais qu'au bout de 22 ans en confection : "vous voyez qu'on s'est fait bien avoir... au niveau des salaires et des primes. Le patron, il ramassait tout", regrette-t-elle. Micheline Sajot surenchérit : "C'était vraiment le dernier des métiers à faire, la confection. C'est beau mais on y est vraiment sous-payées." Elle rappelle qu'elle voyait les robes sur lesquelles elle avait travaillé en vente sur les Champs-Elysées le triple du prix de la sortie de l'usine... pendant que les ouvrières touchaient le SMIC. Nicole François regrette également ce manque de récompense. "Et en plus, ajoute Micheline Sajot, on n'a pas donné notre savoir-faire aux jeunes... ça, ça nous a manqué..."

26 chapitres.
  • Micheline Sajot est originaire d'Issoudun. Elle raconte avec regret : "Quand je suis sortie de l'école, c'était obligatoire, la confection... parce qu'il y avait du travail. On choisissait pas beaucoup dans les années 60". Elle effectue donc 3 ans d'apprentissage, obtient son CAP, puis travaille pendant 2 ans chez Clicman à Issoudun. Venue à Vierzon pour rejoindre son mari, elle travaillera ensuite pendant 19 ans aux établissements Robinet, puis 18 ans chez Rodier. Son premier emploi chez Clicman, entreprise de confection industrielle, consistait entre autres à monter des poches et des manches.
  • Originaire du Loir-et-Cher, Nicole François a fait son apprentissage de couture à partir de ses 14 ans, pendant 3 ans, à Meung-sur-Loire. Même si son premier souhait aurait été d'être coiffeuse, elle reconnaît ne pas regretter cette orientation professionnelle. Après sa formation, elle trouve du travail chez Waskène à Salbris pendant 7 ans, dans l'atelier des modélistes. Elle juge le travail intéressant et détaille la chaîne de création, de la styliste en passant par la modéliste, la patronnière... Waskène travaillait pour des maisons de couture comme Cardin mais avait également sa propre marque.
  • Nicole François évoque son deuxième emploi, chez Tiersault à Romorantin. Elle se souvient des rendements demandés, très soutenus. Simone Blondeau, ancienne contremaîtresse des établissements Robinet rejoint les deux amies à ce moment de l'entretien. Tiersault fabriquait des séries de 40 000 pièces pour La Redoute ou les 3 Suisses. Les ouvrières travaillaient parfois 4 mois sur le même modèle, à effectuer le même geste. Nicole François se souvient qu'elle ne s'y plaisait pas du tout. Elle y est cependant restée 4 ans puis est venue s'installer à Vierzon, à 27 ans, où elle a été embauchée très rapidement aux établissements de confection Rodier.
  • Micheline Sajot a commencé à travailler aux établissements Robinet en 1965. Elle appréciait le fait que les vêtements fabriqués étaient plus jolis que ceux produits par son entreprise précédente. Elle se souvient que les machines étaient parfois déplacées, et que les mécaniciennes changeaient de place dans l'atelier, souvent en cas d'arrivée d'une nouvelle machine. Nicole François se souvient, elle, que chez Rodier, il arrivait que les machines soient bougées pour séparer des mécaniciennes trop bavardes. Micheline Sajot souligne que le travail effectué chez Rodier était encore plus haut de gamme, notamment à cause des tissus travaillés, plus fins...
  • Micheline Sajot évoque son licenciement économique, "sec" de chez Robinet en 1984 : "c'est mémorable... Le lendemain, vous ne savez pas ce que vous faites sur terre". Elle évoque avec amertume des collègues mauvaises langues qui colportaient des rumeurs infondées à son sujet et ont, selon elle, contribué à ce qu'elle fasse partie des 24 licenciés de cette période. C'est pendant ces années de travail che Robinet que sont nés ses deux fils.
  • Les deux amies évoquent le travail qualitatif et varié effectué au sein des établissements Rodier, notamment à partir de l'arrivée du styliste Michel Sungari dans l'entreprise. Elles se remémorent le rendement demandé, 480 minutes par jour, qui était difficile à tenir. Elles réalisaient aussi bien des cols, des manches que des pièces entières.
  • Micheline Sajot explique qu'elle travaillait souvent à la finition aux établissements Rodier : étiquettes à coudre à la main, contrôle, arrondissement des robes sur mannequin, technique que les trois amies expliquent en détail, ainsi que celle du bourdonnage, réalisée par une machine spéciale. Chaque mécanicienne avait une machine à coudre attitrée dans l'atelier, aussi bien chez Robinet que chez Rodier.
  • Alors que les établissements Rodier comptaient jusqu'à 110 personnes lors de leurs arrivées respectives, Micheline Sajot souligne la brutalité de la fermeture de l'entreprise tandis que Nicole François se souvient de vagues de licenciements régulières. Micheline Sajot revient sur son licenciement de chez Robinet en 1984 et détaille les raisons de sa surprise et de sa déception à son annonce. Elle raconte qu'elle a postulé dès le lendemain chez Rodier où elle a été embauchée très rapidement.
  • Nicole François indique que les effectifs de chez Rodier ont commencé à diminuer régulièrement et qu'il fallait néanmoins continuer à fournir le travail, y compris celui des ouvrières parties. L'ambiance qui régnait dans les ateliers dépendait de l'humeur de Monsieur Rodier et surtout de celle de la contremaîtresse, "une peste", qui est restée une dizaine d'années et a causé de nombreuses crises de larmes, voire des dépressions parmi les ouvrières. Monsieur Rodier, le fils du fondateur plutôt spécialisé à l'époque dans les chapeaux, s'est séparée d'elle quand il s'est rendu compte de l'ampleur de son autoritarisme.
  • Nicole François et Micheline Sajot détaillent les horaires de travail chez Rodier. En périodes de travail important, la journée démarrait plus tôt et elles devaient venir travailler le samedi matin. Elles s'accordent sur le fait que leur travail n'a jamais été bien payé. Le travail le samedi matin leur permettait de recevoir une prime de 5 francs si elles venaient travailler 4 samedis matins... mais un avertissement si elles s'y refusaient.
  • Nicole François indique qu'elle a reçu plusieurs avertissements aux établissements Rodier parce qu'elle répondait à la contremaîtresse. Elle adressait un courrier en réponse à chaque avertissement et après un passage décevant auprès des syndicats de Vierzon, s'est rendue à la Maison des syndicats à Bourges, où elle a été rassurée sur ses droits. Elle est donc restée travailler jusqu'à la fermeture définitive, après les rachats successifs par un Yougoslave puis un patron de Laval, Luc Couture. Micheline Sajot souligne que les syndicats à Vierzon s'occupaient davantage de l'industrie et pas des entreprises de confection.
  • Aux établissements Rodier, certaines ouvrières étaient syndiquées mais il n'y a eu que peu de mouvements sociaux. Nicole François souligne avec honnêteté que la confection étant mal payée, une journée de salaire en moins représentait beaucoup pour les ouvrières. En remontant dans le temps, pendant les mouvements de mai 68, Micheline Sajot était en congé de maternité, et Nicole François travaillait encore à Salbris chez Tiersault, dont la production n'a pas été perturbée par les grèves, qui selon elle, concernaient davantage les grandes villes ou les autres industries que celle de la confection.
  • Micheline Sajot et Nicole François évoquent le chronométrage aux établissements Rodier : il fallait faire tant de pièces à la minute. Les ouvières qui en faisaient davantage ne recevaient pas de prime de rendement mais gardaient leur avance pour des jours moins productifs. Micheline Sajot détaille un exemple lié à la couture d'ourlets de nuisette en soie. Le salaire restait fixe et correspondait au SMIC. Simone Blondeau, ancienne contremaîtresse des établissements Robinet, souligne le fait que chez Robinet, la production supplémentaire était rémunérée. Elle ajoute qu'elle a toujours refusé avec fermeté de chronométrer le travail des ouvrières. Micheline Sajot souligne encore la différence de rémunération entre les deux entreprises en se souvenant également que chez Robinet, la réalisation de modèles en grandes tailles était payée plus cher.
  • A une question sur le bruit aux établissements Rodier, Nicole François réagit vivement en se rappelant la musique diffusée dans les ateliers de 8 heures du matin jusqu'au soir, qu'elle ne supportait que très difficilement. Micheline Sajot se souvient en plus du bruit des machines, notamment des machines à boutonnières. A propos de la musique, Nicole François livre une anecdote indiquant bien le degré de stress généré par la musique diffusée dans les ateliers.
  • Chez Rodier comme chez Robinet, l'atelier des mécaniciennes comprenait environ 50 personnes et celui de la coupe environ 6 personnes. A une question sur l'ambiance qui régnait dans l'atelier, Micheline Sajot répond qu'il existait des clans et Nicole François ajoute qu'"un atelier de femmes, ce n'est pas rien." Micheline Sajot se souvient que ses collègues l'appelaient différemment chez Robinet et chez Rodier. Les deux amies s'accordent sur le fait qu'il existait peu de solidarités entre ouvrières. Madame Sajot ajoute que certaines de ses ex-collègues chez Robinet sont devenues des amies après son licenciement. Elle reconnaît avoir eu du mal à s'adapter lors de son arrivée chez Rodier et souligne l'influence et la froideur de la contremaîtresse, ainsi que la difficulté liée selon elle à son récent statut de licenciée. Nicole François adoucit ses propos en insistant sur la spécificité de chaque atelier et la nécessité de s'adapter, y compris à l'ambiance qui règne.
  • Micheline Sajot reconnaît que les patrons de chez Robinet étaient plus humains que celui de Rodier. Elle livre deux anecdotes, l'une sur la dureté de monsieur Rodier, l'autre sur la générosité de Madame Galland à l'égard de ses enfants venus l'attendre alors qu'elle faisait des heures supplémentaires. Nicole François ajoute que monsieur Rodier "en plus, c'était un radin complet... même pas une crotte en chocolat à Noël !"
  • Le sujet des fêtes au sein des entreprises est abordé pendant l'entretien. Nicole François se souvient que pendant un temps, un repas était organisé aux établissements Rodier avant les vacances d'été. La Sainte-Catherine a également été fêtée, mais à de trop rares occasions... "il n'a dû faire qu'un repas, ça a dû lui coûter trop cher !" ironise-t-elle. Simone Blondeau et Micheline Sajot soulignent quant à elles que chez Robinet, "c'était des belles Sainte-Catherine", parfois avec orchestre, et que la fête se prolongait tard dans la soirée.
  • Micheline Sajot et Nicole François évoquent les progrès techniques qu'elles ont connus sur leurs machines à coudre : le point d'arrêt automatique et le coupe-fil. "Tout était dans la pédale" conclut Nicole François avec drôlerie. Simone Blondeau se souvient des machines qui piquaient et surjettaient en même temps, dont elle avait suggéré l'achat pour les établissements Robinet après les avoir vues au salon de la machine à coudre.
  • La fermeture définitive de Rodier a eu lieu en 2001. Après la retraite de monsieur Rodier vers 1995, l'entreprise a été reprise successivement par un Yougoslave pendant 4 ans puis par Luc Couture pendant 2 ans. Micheline Sajot se souvient être intervenue auprès du patron yougoslave à propos d'un contremaître qui insultait les ouvrières et qui heureusement n'est pas resté longtemps. Les divers rachats de l'entreprise se sont faits sans que le travail s'arrête.
  • Micheline Sajot liste les clients pour lesquels l'entreprise travaillait du temps de monsieur Rodier : 1,2,3, Darel, Carol... et à partir de l'arrivée du styliste Sungari pour de grandes maisons comme Dior, Balmain, Sonia Rykiel en prêt-à-porter... Elle détaille une belle robe-bustier travaillée minutieusement à la finition et se félicite de la qualité du travail effectué.
  • Nicole François et Micheline Sajot reviennent sur la fermeture définitive des établissements Rodier. Elles racontent que le travail diminuait et qu'elles acceptaient de ne pas être payées régulièrement afin de préserver leur emploi. Elles étaient néanmoins conscientes du fait que cette situation ne pouvait pas durer. Elles reconnaissent que le mouvement était général et que tous les établissement de confection fermaient les uns après les autres. Elles regrettent d'ailleurs qu'il n'y ait plus d'entreprise de confection à Vierzon. En ce qui concerne les établissements Rodier, l'affaire est passéé un jour au tribunal, "et puis après, il nous a dit : "prenez vos affaires, vous partez. C'est fini." Elles ont ensuite reçu leurs lettres de licenciement.
  • Micheline Sajot se souvient qu'il n'y avait plus guère de travail après la fermeture des établissements Rodier. Etant âgée de 55 ans au moment du licenciement, elle a accepté l'allocation de chômeur âgé et est donc restée au chômage jusqu'à ses 60 ans, âge auquel elle a pu bénéficier de sa retraite. Nicole François avait 51 ans :elle devait continuer à travailler. Elle raconte avoir d'abord cherché du travail sans succès pendant un an. Elle a ensuite trouvé un travail pendant 2 mois dans un atelier de maroquinerie puis elle a effectué un contrat d'entreprise de 18 mois dans une entreprise de fabrication de harnais de sécurité. Elle se souvient s'y être beaucoup plu, malgré la dureté du travail. Mais elle était mieux payée et touchait diverses primes, de rendement, de Noël, de bénéfices... En comparant avec la rémunération basse de ses années dans la confection, elle reconnaît : "Pour moi c'était le bonheur !... "
  • Nicole François se souvient qu'elle a reçu une prime de licenciement plus importante après 18 mois dans sa dernière entreprise de fabrication de harnais qu'au bout de 22 ans en confection : "vous voyez qu'on s'est fait bien avoir... au niveau des salaires et des primes. Le patron, il ramassait tout", regrette-t-elle. Micheline Sajot surenchérit : "C'était vraiment le dernier des métiers à faire, la confection. C'est beau mais on y est vraiment sous-payées." Elle rappelle qu'elle voyait les robes sur lesquelles elle avait travaillé en vente sur les Champs-Elysées le triple du prix de la sortie de l'usine... pendant que les ouvrières touchaient le SMIC. Nicole François regrette également ce manque de récompense. "Et en plus, ajoute Micheline Sajot, on n'a pas donné notre savoir-faire aux jeunes... ça, ça nous a manqué..."
Titre: Nicole François et Micheline Sajot, mécaniciennes en confection
Date de réalisation: 19/04/2018
Lieu de réalisation: Méreau (18)
Genre: Entretien filmé
Nicole François et Micheline Sajot, mécaniciennes en confection, retracent leurs parcours professionnels respectifs avant d'évoquer leurs années en tant que collègues au sein des établissements Rodier à Vierzon de 1984 à 2001. Elles abordent les conditions de travail, les relations avec la contremaîtresse ou le patron, l'organisation des ateliers, les cadences... Elles parlent avec humour des progrès techniques sur les machines, et avec gravité de la difficulté à vivre un ou plusieurs licenciements. Elles soulignent avec regret le manque de reconnaissance des métiers liés à la confection. Micheline Sajot avait travaillé auparavant de 1965 à 1984 aux établissements de confection Robinet à Vierzon. Elle compare donc au cours de l'entretien les manières de travailler et l'ambiance entre les deux entreprises. Simone Blondeau, contremaîtresse chez Robinet, les rejoint au cours de l'entretien, qui a lieu chez Micheline Sajot près de Vierzon.
Sujet: Secteurs industriels
Topique: Industrie textile
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
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Titre: Nicole François et Micheline Sajot, mécaniciennes en confection
Langue(s): Français
Type: Analyses thématiques
Id analyse: 9d6e1016-87bc-4430-a90c-31cd537d06a6
Id vidéo: b03f3d5d-1b16-42dc-a496-1797d654dc8c
Nicole François et Micheline Sajot, mécaniciennes en confection, retracent leurs parcours professionnels respectifs avant d'évoquer leurs années en tant que collègues au sein des établissements Rodier à Vierzon de 1984 à 2001. Elles abordent les conditions de travail, les relations avec la contremaîtresse ou le patron, l'organisation des ateliers, les cadences... Elles parlent avec humour des progrès techniques sur les machines, et avec gravité de la difficulté à vivre un ou plusieurs licenciements. Elles soulignent avec regret le manque de reconnaissance des métiers liés à la confection. Micheline Sajot avait travaillé auparavant de 1965 à 1984 aux établissements de confection Robinet à Vierzon. Elle compare donc au cours de l'entretien les manières de travailler et l'ambiance entre les deux entreprises. Simone Blondeau, contremaîtresse chez Robinet, les rejoint au cours de l'entretien, qui a lieu chez Micheline Sajot près de Vierzon.