Le postmodernisme comme impasse pour les sciences sociales. GODELIER Maurice

Chapitre

Titre: Le postmodernisme et la critique de l’autorité scientifique
Durée: 00:46:53   [00:00:00 > 00:46:53]
Genre: Extrait d'un séminaire de recherche filmé
Maurice GODELIER indique en introduction de cette séance la nécessité pour chaque anthropologue de s’interroger sur son autorité à parler d’autrui par rapport à d’autres types de discours (artistiques, politiques, etc.) A cette question, le postmodernisme américain dans sa version la plus extrême répond que l’anthropologue n’a plus d’autorité qu’un autre à émettre un discours. Cet argument de la science comme narration prend racine d’une part dans l’histoire de l’anthropologie américaine, mais aussi dans la réception de philosophes français tels que Jacques DERRIDA et Paul DE MAN aux Etats-Unis. S’inscrivant contre cette idée, Maurice GODELIER se demande comment il est méthodologiquement possible d’échapper à cette réponse, interrogeant cependant à raison les rapports entre observateurs et individus observés. Cette question mène logiquement à celle de l’écriture des livres anthropologiques. La critique postmoderniste demande à ce que les ouvrages ne soient pas uniquement écrits par les anthropologues, mais aussi pas les individus enquêtés, afin de faire parler toutes les voix (« multi-vocalité »). A travers l’exemple d’un ouvrage de Sally PRICE, Maurice GODELIER rappelle que la discipline anthropologique a le mérite d’écouter et de faire parlers les individus. A travers diverses expériences personnelles, Maurice GODELIER entend montrer que si la critique moderniste s’appuie sur des problèmes épistémologiques réels, elle contient de nombreuses contradictions menant à une impasse : cette critique indique par exemple dans ses versions les plus dures que toute théorisation serait une imposition hégémonique de sens. Pour en sortir, Maurice GODELIER propose donc une démarche méthodologique rigoureuse. Il rappelle ainsi la pertinence d’une démarche structuraliste (en tant qu’explication de la manière dont les parties forment un tout) pour expliquer et comprendre le monde social.
Titre: L’impasse de la critique postmoderniste
Durée: 00:12:43   [00:46:53 > 00:59:37]
Maurice GODELIER invalide l’idée centrale du postmodernisme suivante : la validité d’analyses en sciences sociales étant réduite à néant, il suffirait donc de substituer à celles-ci la parole des acteurs pour obtenir la vérité sur le monde social. Il indique au contraire que le monde étant de plus en plus complexe, les exigences théoriques et pratiques pour en rendre compte semblent être de plus en plus grandes. Il indique par la suite que la chute des théories marxistes a laissé place aux Etats-Unis à de nouvelles critiques dites « radicales ». A ce propos, il recommande l’ouvrage « French Theory » de l’historien François CUSSET. Selon Maurice GODELIER, le problème principal est que ces courants de pensée ont anéanti toute distinction entre imaginaire et réel : la référence à la vérité n’a donc plus de sens. Par ailleurs, le postmodernisme postule également une altérité absolue. Maurice GODELIER, à l’aide de données empiriques, indique que celle-ci est toujours relative, ce qui rend possible sa compréhension.
Titre: La compréhension des logiques sociales d'autrui à travers la constitution d’un moi cognitif
Durée: 00:24:46   [00:59:37 > 01:24:23]
Le but de l’anthropologie n’est en effet pas de « se mettre dans la peau des autres », mais plutôt de comprendre la logique de leurs formes d’action. Cela est selon Maurice GODELIER rendu possible par la constitution d’un « moi cognitif », distinct du « moi intime » et du « moi social », comme il l’avait déjà expliqué dans une séance de séminaire précédente. Il rappelle ensuite que ce qui intéresse l’anthropologue est l’organisation ou la configuration d’éléments communs au sein d’une société plus que leur contenu, même s’il faut prendre celui-ci en compte. Il développe cet exemple à travers une expérience personnelle aux Balkans. En somme, les courants postmodernistes américains, s’ils posent des questions importantes en sciences sociales, n’offrent aucun moyen d’y répondre. Ils mènent donc à la dissolution des sciences sociales.
Titre: La diffusion du postmodernisme américain : l’exemple des subaltern studies en Inde
Durée: 00:18:36   [01:24:23 > 01:42:59]
Maurice GODELIER envisage ensuite la diffusion des courants postmodernistes américains dans d’autres parties du monde. Les subaltern studies sont historiquement nées d’une contestation de l’écriture de l’histoire indienne par les colonisateurs anglais. Un problème théorique était ici posé : penser l’histoire Indienne comme la formation d’un Etat-Nation semble être soumis aux cadres de pensée occidentaux, cette région du monde ayant contribué à imposer sous l’ère coloniale cet appareil étatique. Les membres des subaltern studies cherchaient donc, à l’origine, à écrire l’histoire de groupes qui n’auraient pas été soumis à l’hégémonie occidentale. Si l’ambition de départ des subaltern studies peut être ainsi résumée, ce courant de pensée s’est transformé sous l’influence du postmodernisme, et notamment de Michel FOUCAULT et de sa théorie des pouvoirs, contestant une centralité de celui-ci. Maurice GODELIER indique cependant qu’il existe à son sens une certaine hiérarchie des pouvoirs dans les rapports sociaux : les forces les plus puissantes au sein des sociétés modernes seraient la politique et l’économie. L’anthropologue invite en définitive à reprendre de manière critique les thèses développées par les courants postmodernistes, afin de progresser dans la connaissance scientifique.
Type: Articles scientifiques
Auteur: Isabelle MERLE
Url: www.cairn.info/revue-geneses-2004-3-page-131.htm.
Merle Isabelle, « Les Subaltern Studies. Retour sur les principes fondateurs d'un projet historiographique de l'Inde coloniale», Genèses 3/2004 (no56) , p. 131-147
Titre: Conclusion
Durée: 00:17:45   [01:42:59 > 02:00:44]
Maurice GODELIER rappelle les thèmes principaux qui ont parcouru cette séance : l’importance de la réflexivité scientifique ; l’échec de la multi-vocalité, puisque c’est en définitive toujours le chercheur qui sélectionne les citations des informateurs ; la nécessité de la construction d’un « moi cognitif » responsable, déontologique, et conscient des enjeux politiques de sa démarche scientifique. Il conclut avec une expérience personnelle relative au cannibalisme.

5 chapitres.
  • Extrait d'un séminaire de recherche filmé. Maurice GODELIER indique en introduction de cette séance la nécessité pour chaque anthropologue de s’interroger sur son autorité à parler d’autrui par rapport à d’autres types de discours (artistiques, politiques, etc.) A cette question, le postmodernisme américain dans sa version la plus extrême répond que l’anthropologue n’a plus d’autorité qu’un autre à émettre un discours. Cet argument de la science comme narration prend racine d’une part dans l’histoire de l’anthropologie américaine, mais aussi dans la réception de philosophes français tels que Jacques DERRIDA et Paul DE MAN aux Etats-Unis. S’inscrivant contre cette idée, Maurice GODELIER se demande comment il est méthodologiquement possible d’échapper à cette réponse, interrogeant cependant à raison les rapports entre observateurs et individus observés. Cette question mène logiquement à celle de l’écriture des livres anthropologiques. La critique postmoderniste demande à ce que les ouvrages ne soient pas uniquement écrits par les anthropologues, mais aussi pas les individus enquêtés, afin de faire parler toutes les voix (« multi-vocalité »). A travers l’exemple d’un ouvrage de Sally PRICE, Maurice GODELIER rappelle que la discipline anthropologique a le mérite d’écouter et de faire parlers les individus. A travers diverses expériences personnelles, Maurice GODELIER entend montrer que si la critique moderniste s’appuie sur des problèmes épistémologiques réels, elle contient de nombreuses contradictions menant à une impasse : cette critique indique par exemple dans ses versions les plus dures que toute théorisation serait une imposition hégémonique de sens. Pour en sortir, Maurice GODELIER propose donc une démarche méthodologique rigoureuse. Il rappelle ainsi la pertinence d’une démarche structuraliste (en tant qu’explication de la manière dont les parties forment un tout) pour expliquer et comprendre le monde social.
  • Maurice GODELIER invalide l’idée centrale du postmodernisme suivante : la validité d’analyses en sciences sociales étant réduite à néant, il suffirait donc de substituer à celles-ci la parole des acteurs pour obtenir la vérité sur le monde social. Il indique au contraire que le monde étant de plus en plus complexe, les exigences théoriques et pratiques pour en rendre compte semblent être de plus en plus grandes. Il indique par la suite que la chute des théories marxistes a laissé place aux Etats-Unis à de nouvelles critiques dites « radicales ». A ce propos, il recommande l’ouvrage « French Theory » de l’historien François CUSSET. Selon Maurice GODELIER, le problème principal est que ces courants de pensée ont anéanti toute distinction entre imaginaire et réel : la référence à la vérité n’a donc plus de sens. Par ailleurs, le postmodernisme postule également une altérité absolue. Maurice GODELIER, à l’aide de données empiriques, indique que celle-ci est toujours relative, ce qui rend possible sa compréhension.
  • Le but de l’anthropologie n’est en effet pas de « se mettre dans la peau des autres », mais plutôt de comprendre la logique de leurs formes d’action. Cela est selon Maurice GODELIER rendu possible par la constitution d’un « moi cognitif », distinct du « moi intime » et du « moi social », comme il l’avait déjà expliqué dans une séance de séminaire précédente. Il rappelle ensuite que ce qui intéresse l’anthropologue est l’organisation ou la configuration d’éléments communs au sein d’une société plus que leur contenu, même s’il faut prendre celui-ci en compte. Il développe cet exemple à travers une expérience personnelle aux Balkans. En somme, les courants postmodernistes américains, s’ils posent des questions importantes en sciences sociales, n’offrent aucun moyen d’y répondre. Ils mènent donc à la dissolution des sciences sociales.
  • Maurice GODELIER envisage ensuite la diffusion des courants postmodernistes américains dans d’autres parties du monde. Les subaltern studies sont historiquement nées d’une contestation de l’écriture de l’histoire indienne par les colonisateurs anglais. Un problème théorique était ici posé : penser l’histoire Indienne comme la formation d’un Etat-Nation semble être soumis aux cadres de pensée occidentaux, cette région du monde ayant contribué à imposer sous l’ère coloniale cet appareil étatique. Les membres des subaltern studies cherchaient donc, à l’origine, à écrire l’histoire de groupes qui n’auraient pas été soumis à l’hégémonie occidentale. Si l’ambition de départ des subaltern studies peut être ainsi résumée, ce courant de pensée s’est transformé sous l’influence du postmodernisme, et notamment de Michel FOUCAULT et de sa théorie des pouvoirs, contestant une centralité de celui-ci. Maurice GODELIER indique cependant qu’il existe à son sens une certaine hiérarchie des pouvoirs dans les rapports sociaux : les forces les plus puissantes au sein des sociétés modernes seraient la politique et l’économie. L’anthropologue invite en définitive à reprendre de manière critique les thèses développées par les courants postmodernistes, afin de progresser dans la connaissance scientifique.
  • Maurice GODELIER rappelle les thèmes principaux qui ont parcouru cette séance : l’importance de la réflexivité scientifique ; l’échec de la multi-vocalité, puisque c’est en définitive toujours le chercheur qui sélectionne les citations des informateurs ; la nécessité de la construction d’un « moi cognitif » responsable, déontologique, et conscient des enjeux politiques de sa démarche scientifique. Il conclut avec une expérience personnelle relative au cannibalisme.
Titre: Le postmodernisme comme impasse pour les sciences sociales
Sous-titre: Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué – Séance du 6 mars 2006
Auteur(s): GODELIER Maurice
Date de réalisation: 06/03/2006
Lieu de réalisation: Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) 54 boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Cours d'enseignement supérieur filmé
Langue(s): Français
Cette troisième séance du séminaire « Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué », mené durant l’année 2005-2006 à l’EHESS, est consacrée à l’étude des critiques adressées par le postmodernisme américain aux sciences sociales. Maurice GODELIER s’attache à les examiner et à y apporter une réponse.
Maurice GODELIER est anthropologue, directeur d’études à l’EHESS et directeur du Centre de Recherches et de Documentation sur l’Océanie (CREDO). Normalien et agrégé de philosophie, Maurice GODELIER entre en 1960 à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en tant que chef de travaux auprès de Fernand BRAUDEL, puis en qualité de maitre-assistant auprès de Claude LEVI-STRAUSS. Il effectue à partir de 1967 une étude ethnologique chez les Baruyas en Nouvelle-Guinée, qui aboutira notamment à la publication en 1982 de son célèbre ouvrage « La production des grands hommes ». Outre ses recherches anthropologiques, Maurice GODELIER s’est impliqué dans la structuration institutionnelle des sciences de l’homme. A titre d’exemple, il devient en 1982 chef du premier département des Sciences de l'Homme et de la Société du CNRS. En 2002, il remet au premier ministre un rapport sur « L'état des Sciences de l'Homme et de la Société en France et leur rôle dans la construction de l'Espace Européen de la Recherche ». En 2001, il reçoit la médaille d’or du CNRS pour l’ensemble de ses travaux. Au cours de cette séance de séminaire, Maurice GODELIER examine la critique adressée par le postmodernisme américain aux sciences sociales. De manière générale, le premier reproche aux secondes de n’avoir aucune autorité à énoncer un discours scientifique sur l’autre. En montrant les contradictions de cette critique et l’impasse vers laquelle elle semble mener, l’anthropologue propose une voie de sortie : dans un monde social de plus en plus complexe, le souci de réflexivité et la constitution d’un « moi cognitif » par les chercheurs en sciences sociales leur permettent d’expliquer et de comprendre de manière scientifique les logiques sociales d'autrui.
Sujet: Discipline/approche SHS
Topique: Anthropologie
Discipline(s), approche(s): Ethnologie
Discipline(s), approche(s): Histoire des idées
Libellé: Sciences sociales et postmodernisme
Mots-clés: anthropologie; sciences sociales; critique; postmodernisme
Localisation temporelle du sujet: Epoque contemporaine
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Exposé scientifique ; Interrogation ; Proposition ; Réfutation
Maurice GODELIER aborde au cours de cette séance de séminaire les rapports des sciences sociales aux courants postmodernistes.
Maurice GODELIER s'attache au cours de cette séance de séminaire à fournir une argumentation récusant les critiques adressées aux sciences sociales par le postmodernisme. En insistant sur l'impasse vers laquelle mène cette critique, il propose des solutions, telles qu'une pratique de la réflexivité et la constitution d'un "moi cognitif" distinct du moi intime et du moi social.
Sujet: Domaines et objets de recherche sur les cultures
Topique: La notion "culture"
Approche, domaine: Savoir-faire
Approche, domaine: Expérience pratique
Libellé: Méthodes en sciences sociales
Mots-clés: méthodes; sciences sociales; critique; postmodernisme; connaissance; altérité
Aspects rhétoriques et discursifs: Argumentation ; Critique ; Exposé scientifique ; Réfutation
A travers une réflexion critique sur les rapports entre sciences sociales et postmodernisme, Maurice GODELIER aborde la question des conditions de possiblité de la connaissance en sciences sociales.
Maurice GODELIER présente ici un certain nombre d'arguments défandant la possibilité d'une connaissance objective de l'autre. Il s'élève ainsi contre la critique postmoderniste adressée aux sciences sociales, leur déniant toute possibilité d'accès à l'altérité.
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour tout public
Séance de séminaire destinée à toute personne s’intéressant à l’anthropologie, aux sciences sociales et à la philosophie postmoderne.
GODELIER Maurice. « Le postmodernisme comme impasse pour les sciences sociales », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°932, 2006, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/932/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2016
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© DE PABLO Elisabeth, responsable éditoriale, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2006 © SPUTO-MIALET Margot, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2006 © MAESTRE Alice, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2006
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© GODELIER Maurice, anthropologue, CREDO (Université Aix-Marseille/EHESS/CNRS), France, 2006
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
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Titre: Analyse de la vidéo « Le postmodernisme comme impasse pour les sciences sociales »
Sous-titre: Figures du pouvoir, rapports de parenté et le corps sexué – Séance du 6 mars 2006
Langue(s): Français
Type: Analyses de base de l'objet média
Comment citer: FRINGANT Matthias. Analyse de la vidéo « Le postmodernisme comme impasse pour les sciences sociales » (Portail ARC, 2016), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: b61cd0ab-ff85-4c6f-b0aa-402f38a95446
Id vidéo: 3e30b6d5-b592-4f76-acaa-fa586f818045
Analyse de la vidéo d’une séance de séminaire de Maurice GODELIER.