Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 1/3. SPERBER Dan

Chapitre

Titre: Jeunesse et recherche sous la direction de G. Balandier
Durée: 00:09:11   [00:00:00 > 00:09:11]
Chercheur au CNRS depuis 1965, Dan SPERBER a tout d’abord fait partie d’un laboratoire de recherche en anthropologie à l’Université Paris X, puis a travaillé au Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée (CREA) de l’Ecole Polytechnique, avant de rejoindre lors de sa création en 2002 l’Institut Jean Nicod. Peter STOCKINGER distingue trois moments dans le parcours intellectuel du chercheur. Un premier est marqué par le structuralisme anthropologique. Dan SPERBER publie alors Le Structuralisme en anthropologie (1968/1973), Le Symbolisme en général (1974) et Le Savoir des anthropologues (1982). Le second est caractérisé par une critique de ce paradigme et plus généralement des sciences sociales. L’ouvrage La Pertinence. Communication et cognition (1986), écrit en collaboration avec la linguiste britannique Deirdre WILSON, développe alors la théorie de la pertinence. Le dernier moment se centre sur une théorie naturaliste des représentations culturelles. Les publications La contagion des idées : Théorie naturaliste de la nature (1996) et Des idées qui viennent (1999) articulent alors une théorie épidémiologique des représentations. Suite à cette présentation, Dan SPERBER indique qu’au-delà de ces périodes, sa démarche globale consiste à repenser les fondements des sciences sociales, notamment dans leur rapport avec les sciences psychologiques ou cognitives. Son intérêt pour les sciences sociales lui vient, dans le contexte de la guerre d’Algérie, d’une volonté de mieux comprendre les situations complexes qu’il observait dans le monde. Il entama alors en 1962 un doctorat avec Georges BALANDIER, de qui il retient son approche dynamique des sociétés étudiées.
Type: Revue.org - Le portail des revues en ligne
Auteur: Emmanuelle CALLAC
Url: https://lhomme.revues.org/5616
CALLAC Emmanuelle, « Roger-Pol Droit & Dan Sperber, Des idées qui viennent », L’Homme, 157 | 2001, 253-254.
Type: Persee- Le portail des revues scientifiques
Auteur: Jean-Dominique ROBERT
Url: http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1974_num_72_14_7980_t1_0429_0000_4
ROBERT Jean-Dominique, Qu'est-ce que le structuralisme ? Par Oswald Ducrot, Tzvetan Todorov, Dan Sperber, Moustafa Safouan et François Wahl. In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, tome 72, n°14, 1974. pp. 429-430.
Titre: Claude Levi-Strauss et "l'esprit humain"
Durée: 00:12:26   [00:09:11 > 00:21:38]
En 1963, il part pour Oxford, où il étudie plus spécifiquement l’anthropologie, et l’œuvre de Claude LEVI-STRAUSS. En 1965, de retour à Paris, il entre alors au CNRS, sur un projet de recherche en sociologie politique. Il prépare alors un travail de terrain en Ethiopie dans le laboratoire dirigé par Georges BALANDIER. Il mène en parallèle un travail de critique des théories existantes en anthropologie. Cela se traduit par quelques articles publiés à la fin des années 1960. Indiquant que le projet de LEVI-STRAUSS est d’expliquer la manifestation de l’esprit humain dans la diversité des cultures, il propose de le replacer dans ses dimensions cognitives et psychologiques. En effet, Dan SPERBER s’inscrit contre l’idée d’un structuralisme « pur » postulant que l’esprit humain ne serait qu’une page blanche sur laquelle viendraient s’imprimer des éléments culturels. Il considère, au contraire qu’il faut, à la manière de LEVI-STRAUSS, essayer de chercher comment des dispositions cérébrales et psychologiques se manifestent dans des contenus culturels. Il s’inspire donc du projet du célèbre anthropologue structuraliste, tout en essayant d’y apporter des réponses différentes.
Titre: L'importance de la théorie générative de Noam Chomsky pour comprendre "l'esprit humain"
Durée: 00:08:33   [00:21:38 > 00:30:11]
Claude LEVI-STRAUSS insistait sur l’importance de la linguistique, ce qui mena SPERBER à lire l’ouvrage Syntactic Structures publié en 1957 par Noam CHOMKSY. A la différence de la linguistique structurale qui traite les langues comme des exemples de modèles universels, pour CHOMSKY, les structures du langage lui sont propres et ne se retrouvent pas ailleurs. Les structures du langage sont dès lors un dispositif mental spécialisé et non pas une abstraction. Cette grammaire générative, ou faculté humaine d’apprendre des langues, semble avoir un pouvoir explicatif de l’esprit humain plus convainquant que les considérations générales de LEVI-STRAUSS sur les structures de ce même esprit.
Titre: "Structures de codes" vs. "structures de réseaux"
Durée: 00:04:30   [00:30:11 > 00:34:41]
Dans le texte Le Structuralisme en anthropologie, Dan SPERBER a donc émis deux critiques au structuralisme. La première consiste à dire qu’une fois que l’esprit humain est pris en considération dans la formation des représentations culturelles, il est nécessaire de l’étudier sérieusement. La seconde indique que LEVI-STRAUSS traitait indifféremment les structures de réseaux (dans le cas de la parenté) et les structures de codes (dans le cas de la mythologie), quand bien même celles-ci étaient différentes. Cette problématique de la nature et du lieu des biens en circulation est restée présente dans l’ensemble de l’œuvre de Dan SPERBER.
Titre: Mai 68
Durée: 00:03:31   [00:34:41 > 00:38:13]
Le chercheur se remémore ici les événements de Mai 68, qu’il vécut avec beaucoup de bonheur, en tant que militant critique de gauche.
Titre: Le terrain en Ethiopie chez les Dorzé
Durée: 00:21:00   [00:38:13 > 00:59:14]
Dan SPERBER est donc parti en 1969 en Ethiopie, et a jusqu’à 1974 effectué un terrain chez les Dorzé. Il travaillait alors sur le système religieux et de tabous de cette culture. Il évoque tout d’abord les richesses mais aussi les difficultés de l’expérience du terrain ethnographique. Il explique ensuite que ce système de tabous sert, plus que de système de contrainte, d’explication du malheur. Il relate également que si de nombreux symboles étaient présents dans cette société, il était extrêmement difficile pour lui d’en trouver une explication autre que la coutume. Il rentra donc à Paris pour traiter le problème théorique du symbolisme, qui dans la tradition structuraliste, fonctionne comme une signification de sens.
Titre: "Le symbolisme en général" (1974)
Durée: 00:20:10   [00:59:14 > 01:19:24]
Genre: Extrait d'entretien filmé
De retour à Paris, il entreprit donc l’écriture du Symbolisme en général. Il critiqua systématiquement les théories (psychanalytiques, structuralistes, etc.) attribuant aux symboles culturels une signification. Il propose une autre perspective, qui consiste à s’interroger sur le rôle cognitif des symboles en général. Il postule que les symboles créent un problème de compréhension, suscitant un processus de recherche de contextualisation de ce symbole qui permettrait de l’interpréter. En somme, les symboles fonctionnent comme des stimuli cognitifs laissant perplexe, au moins un temps. Cette pluralité d’interprétations est vue par Dans SPERBER comme un facteur de stabilité culturelle, laissant une marge de manœuvre dans l’interprétation de faits collectifs. En définitive, Dans SPERBER proposait donc d’une part dans cet ouvrage d’introduire une approche cognitive en anthropologie sans pour autant réduire des faits culturels à des phénomènes entièrement psychologiques, et par ailleurs d’offrir une vision moins rigide de l’interprétation des symboles. Le chercheur entend ici préciser que loin de réduire les phénomènes culturels et sociaux à leurs dimensions psychologiques, il s’agit en revanche de tenir compte de cette dernière dans l’explication.
Titre: "Le livre avalé" : un projet (pas encore) réalisé
Durée: 00:05:14   [01:19:24 > 01:24:39]
Le livre avalé aurait été le titre de la monographie de Dan SPERBER sur son terrain éthiopien, en référence à un mythe Dorzé. Le chercheur a finalement délaissé ce projet pour s’intéresser à des questions plus théoriques.
Titre: Sur les symbolismes animal et verbal
Durée: 00:03:28   [01:24:39 > 01:28:07]
Le Symbolisme en général devait au départ contenir deux chapitres finalement jugés trop volumineux pour le petit ouvrage. Ceux-ci, relatifs au symbolisme verbal et animal, ont finalement été publiés sous la forme d’articles.
Titre: Travail avec Deirdre Wilson sur Paul Grice
Durée: 00:05:57   [01:28:07 > 01:34:05]
L’article sur le symbolisme verbal (ou linguistique) reposait sur des idées de Paul GRICE et défendait que des critères de pertinence guidaient les processus d’évocation suscités par des figures verbales. En 1975, Deirdre WILSON publia sa thèse dirigée par Noam CHOMSKY. Elle traitait un problème similaire. Les deux chercheurs décidèrent de travailler ensemble autour des idées de Paul GRICE. Ils développèrent une théorie pragmatique intégrée à un cadre cognitif intitulée « théorie de la pertinence » qui connut des développements institutionnels et intellectuels importants.
Titre: Au laboratoire d'ethnologie et de sociologie contemporaine de Paris X
Durée: 00:08:34   [01:34:05 > 01:42:39]
Dan SPERBER a été depuis 1968 membre du laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de l’université Paris X Nanterre fondé par Eric DE DAMPIERRE. Il évoque ici le climat intellectuel de ce laboratoire à la fin des années 1960. Lors de cette période, il développa son point de vue cognitiviste.
Titre: Le point de vue cognitiviste pour expliquer les données culturelles
Durée: 00:17:36   [01:42:39 > 02:00:15]
C’est à ce moment que Dan SPERBER reprit plus résolument son projet global d’expliquer le rôle de l’esprit humain dans les phénomènes sociaux et culturels. Se développaient alors véritablement les sciences cognitives. Il se centra alors sur deux points. Le premier concerne la richesse des structures cognitives impliquées dans la vie sociale. Contre le structuralisme envisageant l’esprit comme un objet global permettant à des dispositions de s’inscrire en lui, le chercheur mobilisa les idées de Noam CHOMSKY, envisageant l’esprit comme un objet bien plus complexe. Il soutenait alors que l’esprit humain comporte certaines structures spécialisées dans la compréhension de certains domaines cognitifs (monde vivant, objets inanimés, etc.). Ce fait a dès lors des conséquences importantes sur la compréhension des faits sociaux et culturels. Ces derniers peuvent dès lors être expliqués (en partie seulement) par des structures psychologiques individuelles. Par ailleurs, les matériaux fournis par l’ethnographique classique ne permettent pas de répondre aux interrogations sur le lien entre psychologie individuelle et culture. Le second point concerne la volonté de récolter le type de données permettant d’explorer les relations entre esprit humain et contexte culturel. Dans ce cadre, Dan SPERBER indique que contre l’approche structuraliste, le point de vue cognitiviste insiste sur le fait que l’enfant est préparé à recevoir certains types de contenus plus que d’autres lors de sa vie adulte. Le chercheur complexifie cette approche en abordant le débat entre Noam CHOMSKY et Jean PIAGET.
Titre: Le débat Chomsky-Piaget
Durée: 00:03:52   [02:00:15 > 02:04:08]
A la fin des années 1960, un groupe se réunissait régulièrement autour de la fondation Royaumont pour étudier les liens entre biologie, psychologie et culture. Scott ATRAN, jeune membre du groupe, organisa un débat entre Noam CHOMSKY et Jean PIAGET. Le premier soutenait alors qu’il existe une capacité spécifique du langage, génétiquement déterminée, quand le second soutenait une théorie générale de l’apprentissage. Ce débat donna lieu à un ouvrage.
Type: Persee- Le portail des revues scientifiques
Auteur: Daniele MANESSE et Christine BARRE-DE-MINIAC
Url: http://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1981_num_56_1_2245_t1_0070_0000_2
MANESSE Daniele, BARRE-DE-MINIAC Christine. Centre Royaumont pour une Science de l'Homme. — Théories du langage, théories de l'apprentissage : le débat entre Jean Plaget et Noam Chomsky. In: Revue française de pédagogie, volume 56, 1981. pp. 70-71.
Titre: Pour un modèle sélectionniste pour expliquer les "récits mémorables"
Durée: 00:04:00   [02:04:08 > 02:08:08]
En 1973, Dan SPERBER publie une postface de son ouvrage paru en 1968, pour préciser un sa position sur un aspect de la pensée de LEVI-STRAUSS. Dans Les mythologiques, le structuraliste développe deux types de thèses : les mythes sont un système de signes dont on peut extraire une grammaire ; les mythes sont le résultat d’une sélection de la mémoire. Dan SPERBER se prononce en faveur de la seconde hypothèse, ajoutant que les mythes retenus sont les mieux adaptés aux structures de la mémoire humaine.
Type: INA.fr (et INA+)
Url: http://www.ina.fr/video/I06290910
Définition du mythe par Claude LEVI-STRAUSS au cours de son passage dans l'émission "Le fond et la forme", le 17 décembre 1971.
Titre: Le programme d'une épidémiologie des représentations individuelles et ses implications pour l'ethnographie
Durée: 00:22:50   [02:08:08 > 02:30:59]
Ce point de vue est devenu le point de départ de l’ « épidémiologie des représentations », selon laquelle pour étudier une société ou une culture, une démarche parmi d’autres peut être pertinente. Une société est habitée à la fois par différentes représentations mentales existant au sein des individus, mais aussi par des représentations publiques, car une partie des représentations mentales se transmet, de manière plus ou moins locale. L’objet de recherche ainsi désigné par cette proposition est l’enchainement causal entre représentations mentales et publiques. C’est donc, selon Dan SPERBER, au niveau des représentations mentales que l’on va trouver les propriétés structurales des représentations collectives. Il s’agit en définitive d’expliquer pourquoi certaines représentations parmi d’autres se stabilisent pour constituer ce que l’on désigne par culture. Cette approche ne réduit donc nullement, selon le chercheur, le culturel au psychologique : elle cherche à faire tenir ces deux pans dans l’explication interprétative. Dan SPERBER tira de cette analyse des réflexions sur l’interprétation en anthropologie, qu’il publia sous la forme d’article en 1979 dans la revue L’Homme
Titre: "Le savoir des anthropologues" (1982): les modes cognitifs de la croyance
Durée: 00:09:30   [02:30:59 > 02:40:29]
L’article publié en 1979 fut réuni avec deux autres critiques de LEVI-STRAUSS dans l’ouvrage Le savoir des anthropologues en 1982. Cet ouvrage s’intéressait, globalement, aux croyances, à leur transmission, et à leurs liens avec l’autorité. Il précise que cet ouvrage ne fut pas bien reçu par ses collègues anthropologues, en raison de sa défense d’un programme naturaliste et de la remise en cause partielle de l’interprétation dans l’explication.
Titre: Le groupe du vendredi
Durée: 00:01:59   [02:40:29 > 02:42:29]
Le « groupe du vendredi » est un groupe de philosophie analytique formé de manière informelle dans les années 1980, n’ayant pas été reconnu en tant qu’unité du CNRS. Dan SPERBER y a participé pendant un certain nombre d’années.

17 chapitres.
  • Chercheur au CNRS depuis 1965, Dan SPERBER a tout d’abord fait partie d’un laboratoire de recherche en anthropologie à l’Université Paris X, puis a travaillé au Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée (CREA) de l’Ecole Polytechnique, avant de rejoindre lors de sa création en 2002 l’Institut Jean Nicod. Peter STOCKINGER distingue trois moments dans le parcours intellectuel du chercheur. Un premier est marqué par le structuralisme anthropologique. Dan SPERBER publie alors Le Structuralisme en anthropologie (1968/1973), Le Symbolisme en général (1974) et Le Savoir des anthropologues (1982). Le second est caractérisé par une critique de ce paradigme et plus généralement des sciences sociales. L’ouvrage La Pertinence. Communication et cognition (1986), écrit en collaboration avec la linguiste britannique Deirdre WILSON, développe alors la théorie de la pertinence. Le dernier moment se centre sur une théorie naturaliste des représentations culturelles. Les publications La contagion des idées : Théorie naturaliste de la nature (1996) et Des idées qui viennent (1999) articulent alors une théorie épidémiologique des représentations. Suite à cette présentation, Dan SPERBER indique qu’au-delà de ces périodes, sa démarche globale consiste à repenser les fondements des sciences sociales, notamment dans leur rapport avec les sciences psychologiques ou cognitives. Son intérêt pour les sciences sociales lui vient, dans le contexte de la guerre d’Algérie, d’une volonté de mieux comprendre les situations complexes qu’il observait dans le monde. Il entama alors en 1962 un doctorat avec Georges BALANDIER, de qui il retient son approche dynamique des sociétés étudiées.
  • En 1963, il part pour Oxford, où il étudie plus spécifiquement l’anthropologie, et l’œuvre de Claude LEVI-STRAUSS. En 1965, de retour à Paris, il entre alors au CNRS, sur un projet de recherche en sociologie politique. Il prépare alors un travail de terrain en Ethiopie dans le laboratoire dirigé par Georges BALANDIER. Il mène en parallèle un travail de critique des théories existantes en anthropologie. Cela se traduit par quelques articles publiés à la fin des années 1960. Indiquant que le projet de LEVI-STRAUSS est d’expliquer la manifestation de l’esprit humain dans la diversité des cultures, il propose de le replacer dans ses dimensions cognitives et psychologiques. En effet, Dan SPERBER s’inscrit contre l’idée d’un structuralisme « pur » postulant que l’esprit humain ne serait qu’une page blanche sur laquelle viendraient s’imprimer des éléments culturels. Il considère, au contraire qu’il faut, à la manière de LEVI-STRAUSS, essayer de chercher comment des dispositions cérébrales et psychologiques se manifestent dans des contenus culturels. Il s’inspire donc du projet du célèbre anthropologue structuraliste, tout en essayant d’y apporter des réponses différentes.
  • Claude LEVI-STRAUSS insistait sur l’importance de la linguistique, ce qui mena SPERBER à lire l’ouvrage Syntactic Structures publié en 1957 par Noam CHOMKSY. A la différence de la linguistique structurale qui traite les langues comme des exemples de modèles universels, pour CHOMSKY, les structures du langage lui sont propres et ne se retrouvent pas ailleurs. Les structures du langage sont dès lors un dispositif mental spécialisé et non pas une abstraction. Cette grammaire générative, ou faculté humaine d’apprendre des langues, semble avoir un pouvoir explicatif de l’esprit humain plus convainquant que les considérations générales de LEVI-STRAUSS sur les structures de ce même esprit.
  • Dans le texte Le Structuralisme en anthropologie, Dan SPERBER a donc émis deux critiques au structuralisme. La première consiste à dire qu’une fois que l’esprit humain est pris en considération dans la formation des représentations culturelles, il est nécessaire de l’étudier sérieusement. La seconde indique que LEVI-STRAUSS traitait indifféremment les structures de réseaux (dans le cas de la parenté) et les structures de codes (dans le cas de la mythologie), quand bien même celles-ci étaient différentes. Cette problématique de la nature et du lieu des biens en circulation est restée présente dans l’ensemble de l’œuvre de Dan SPERBER.
  • Le chercheur se remémore ici les événements de Mai 68, qu’il vécut avec beaucoup de bonheur, en tant que militant critique de gauche.
  • Dan SPERBER est donc parti en 1969 en Ethiopie, et a jusqu’à 1974 effectué un terrain chez les Dorzé. Il travaillait alors sur le système religieux et de tabous de cette culture. Il évoque tout d’abord les richesses mais aussi les difficultés de l’expérience du terrain ethnographique. Il explique ensuite que ce système de tabous sert, plus que de système de contrainte, d’explication du malheur. Il relate également que si de nombreux symboles étaient présents dans cette société, il était extrêmement difficile pour lui d’en trouver une explication autre que la coutume. Il rentra donc à Paris pour traiter le problème théorique du symbolisme, qui dans la tradition structuraliste, fonctionne comme une signification de sens.
  • Extrait d'entretien filmé. De retour à Paris, il entreprit donc l’écriture du Symbolisme en général. Il critiqua systématiquement les théories (psychanalytiques, structuralistes, etc.) attribuant aux symboles culturels une signification. Il propose une autre perspective, qui consiste à s’interroger sur le rôle cognitif des symboles en général. Il postule que les symboles créent un problème de compréhension, suscitant un processus de recherche de contextualisation de ce symbole qui permettrait de l’interpréter. En somme, les symboles fonctionnent comme des stimuli cognitifs laissant perplexe, au moins un temps. Cette pluralité d’interprétations est vue par Dans SPERBER comme un facteur de stabilité culturelle, laissant une marge de manœuvre dans l’interprétation de faits collectifs. En définitive, Dans SPERBER proposait donc d’une part dans cet ouvrage d’introduire une approche cognitive en anthropologie sans pour autant réduire des faits culturels à des phénomènes entièrement psychologiques, et par ailleurs d’offrir une vision moins rigide de l’interprétation des symboles. Le chercheur entend ici préciser que loin de réduire les phénomènes culturels et sociaux à leurs dimensions psychologiques, il s’agit en revanche de tenir compte de cette dernière dans l’explication.
  • L’article sur le symbolisme verbal (ou linguistique) reposait sur des idées de Paul GRICE et défendait que des critères de pertinence guidaient les processus d’évocation suscités par des figures verbales. En 1975, Deirdre WILSON publia sa thèse dirigée par Noam CHOMSKY. Elle traitait un problème similaire. Les deux chercheurs décidèrent de travailler ensemble autour des idées de Paul GRICE. Ils développèrent une théorie pragmatique intégrée à un cadre cognitif intitulée « théorie de la pertinence » qui connut des développements institutionnels et intellectuels importants.
  • C’est à ce moment que Dan SPERBER reprit plus résolument son projet global d’expliquer le rôle de l’esprit humain dans les phénomènes sociaux et culturels. Se développaient alors véritablement les sciences cognitives. Il se centra alors sur deux points. Le premier concerne la richesse des structures cognitives impliquées dans la vie sociale. Contre le structuralisme envisageant l’esprit comme un objet global permettant à des dispositions de s’inscrire en lui, le chercheur mobilisa les idées de Noam CHOMSKY, envisageant l’esprit comme un objet bien plus complexe. Il soutenait alors que l’esprit humain comporte certaines structures spécialisées dans la compréhension de certains domaines cognitifs (monde vivant, objets inanimés, etc.). Ce fait a dès lors des conséquences importantes sur la compréhension des faits sociaux et culturels. Ces derniers peuvent dès lors être expliqués (en partie seulement) par des structures psychologiques individuelles. Par ailleurs, les matériaux fournis par l’ethnographique classique ne permettent pas de répondre aux interrogations sur le lien entre psychologie individuelle et culture. Le second point concerne la volonté de récolter le type de données permettant d’explorer les relations entre esprit humain et contexte culturel. Dans ce cadre, Dan SPERBER indique que contre l’approche structuraliste, le point de vue cognitiviste insiste sur le fait que l’enfant est préparé à recevoir certains types de contenus plus que d’autres lors de sa vie adulte. Le chercheur complexifie cette approche en abordant le débat entre Noam CHOMSKY et Jean PIAGET.
  • A la fin des années 1960, un groupe se réunissait régulièrement autour de la fondation Royaumont pour étudier les liens entre biologie, psychologie et culture. Scott ATRAN, jeune membre du groupe, organisa un débat entre Noam CHOMSKY et Jean PIAGET. Le premier soutenait alors qu’il existe une capacité spécifique du langage, génétiquement déterminée, quand le second soutenait une théorie générale de l’apprentissage. Ce débat donna lieu à un ouvrage.
  • En 1973, Dan SPERBER publie une postface de son ouvrage paru en 1968, pour préciser un sa position sur un aspect de la pensée de LEVI-STRAUSS. Dans Les mythologiques, le structuraliste développe deux types de thèses : les mythes sont un système de signes dont on peut extraire une grammaire ; les mythes sont le résultat d’une sélection de la mémoire. Dan SPERBER se prononce en faveur de la seconde hypothèse, ajoutant que les mythes retenus sont les mieux adaptés aux structures de la mémoire humaine.
  • Ce point de vue est devenu le point de départ de l’ « épidémiologie des représentations », selon laquelle pour étudier une société ou une culture, une démarche parmi d’autres peut être pertinente. Une société est habitée à la fois par différentes représentations mentales existant au sein des individus, mais aussi par des représentations publiques, car une partie des représentations mentales se transmet, de manière plus ou moins locale. L’objet de recherche ainsi désigné par cette proposition est l’enchainement causal entre représentations mentales et publiques. C’est donc, selon Dan SPERBER, au niveau des représentations mentales que l’on va trouver les propriétés structurales des représentations collectives. Il s’agit en définitive d’expliquer pourquoi certaines représentations parmi d’autres se stabilisent pour constituer ce que l’on désigne par culture. Cette approche ne réduit donc nullement, selon le chercheur, le culturel au psychologique : elle cherche à faire tenir ces deux pans dans l’explication interprétative. Dan SPERBER tira de cette analyse des réflexions sur l’interprétation en anthropologie, qu’il publia sous la forme d’article en 1979 dans la revue L’Homme
  • L’article publié en 1979 fut réuni avec deux autres critiques de LEVI-STRAUSS dans l’ouvrage Le savoir des anthropologues en 1982. Cet ouvrage s’intéressait, globalement, aux croyances, à leur transmission, et à leurs liens avec l’autorité. Il précise que cet ouvrage ne fut pas bien reçu par ses collègues anthropologues, en raison de sa défense d’un programme naturaliste et de la remise en cause partielle de l’interprétation dans l’explication.
  • Le « groupe du vendredi » est un groupe de philosophie analytique formé de manière informelle dans les années 1980, n’ayant pas été reconnu en tant qu’unité du CNRS. Dan SPERBER y a participé pendant un certain nombre d’années.
Titre: Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 1/3
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Auteur(s): SPERBER Dan
Date de réalisation: 17/10/2002
Lieu de réalisation: Fondation Maison des Sciences de l'Homme 54 Boulevard Raspail 75006 Paris France
Genre: Entretien filmé
Langue(s): Français
Ce premier entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER présente son parcours scientifique ainsi que deux grands axes de sa recherche : la communication et l’analyse des cultures. Ceux-ci s’inscrivent dans un projet global de refondation des sciences sociales.
Dan SPERBER est un chercheur en sciences sociales et cognitives. Il est l’auteur de Le Structuralisme en anthropologie (Seuil 1968/1973), Le Symbolisme en général (Hermann 1974), Le Savoir des anthropologues (Hermann 1982), et La Contagion des Idées (Odile Jacob 1996). Dans ces trois livres, il a développé une conception naturaliste de la culture sous le nom d’épidémiologie des représentations. Dan SPERBER est aussi le co-auteur, avec Deirdre WILSON de l’Université de Londres de La Pertinence, Communication et Cognition (Minuit 1989 - Seconde Edition révisée en anglais : Relevance : Communication and Cognition Second Edition, Blackwell 1995). Ensemble, ils ont développé une conception cognitive de la communication sous le nom de Théorie de la pertinence. L’épidémiologie des représentations et la théorie de la pertinence ont l’une et l’autre suscité de nouvelles recherches et aussi des controverses. Au cours de ce premier entretien, Dan SPERBER expliquera sa démarche globale, et en présentera les deux grands axes. Il précisera ceux-ci lors des entretiens suivants.
SPERBER Dan. « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 1/3 », Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), n°48, 2002, [en ligne] ; URL : http://www.archivesaudiovisuelles.fr/48/
Type: Droit d'auteur relatif à la production du document source
© ESCoM-AAR (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias, Archives Audiovisuelles de la Recherche), FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Paris, France, 2015
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
© BILJETINA Charles, réalisateur, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002 © STOCKINGER Peter, professeur des universités, ESCoM-AAR/FMSH, Paris, France, 2002
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
© SPERBER Dan, chercheur en sciences sociales et cognitives, Institut Jean Nicod, Paris, France, 2002
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/
Titre: Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 1/3 »
Sous-titre: Entretien avec Dan SPERBER
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: FRINGANT, Matthias. Analyse de la vidéo « Anthropologie cognitive, langage, communication et évolution 1/3 ». (Portail ARC, 2015), http://www.arc.msh-paris.fr
Id analyse: d68b4c38-6635-4d57-b1c2-f9baaec51d8b
Id vidéo: d782cd49-d93a-47d0-9ca0-cc7d35d5d97b
Analyse du premier entretien avec le chercheur en sciences sociales et cognitives Dan SPERBER.