Séance 1.2 - Démarche méthodologique à partir de l’exemple occidental du Bal des victimes ou Bal à victimes (Paris - 1794). Carlo SEVERI

Chapitre

Titre: Ronald Schechter et le Bal des victimes
Durée: 00:14:50   [00:00:00 > 00:14:50]
Carlo SEVERI, en introduction, a posé la question suivante : comment fait-on du mémorable dans les traditions orales? Pour y répondre, il a fait le choix de la perspective ethnographique, cependant il rappelle qu’il est nécessaire de définir précisément son point de vue par rapport à celui des historiens. Avant de s’attacher aux kunas de Panama dont il est spécialiste, et avant d’aborder dans la suite du séminaire le thème de la folie et la thérapie des chants chamaniques, il tient tout d’abord à examiner, travers un exemple occidental, la différence de point de vue entre l’anthropologue et l’historien. L’historien Ronald Schechter publie en 1998 dans la revue «Representations» l’article intitulé «The bals of bals». La fin de la Terreur est une période très agitée, dit-il, peu fréquentée par les historiens. Une certaine littérature fait état de l'apparition des Bals des victimes caractérisés par le ruban autour du cou, la parenté avec des victimes de l’échafaud, des gestes de reconnaissance symboliques, etc., des pratiques de la «jeunesse dorée» que certains qualifient de «pratiques sauvages» et dont on ne trouve curieusement aucune source entre 1794 et 1799, explique SEVERI.
Titre: Le travail de l'historien et la remise en question des sources
Durée: 00:13:12   [00:14:50 > 00:28:02]
Les parisiens ont commencé à parler de ces Bals, 15 ans après leur début supposé. Les historiens, et en particulier Schechter, remettent en question scientifiquement, leur existence et procèdent à la critique des sources. Schechter donne deux types d’explications sur cette remise en question : d’une part, dit-il, nous sommes au début de la littérature fantastique qui peut très bien se nourrir de faits macabres et de rumeurs, d’autre part, il estime que les historiens n’ont pas vérifié leurs sources. Il en conclut que le Bal des victimes est un mythe et que son style est un roman.
Titre: Le travail de l'ethnologue et l'existence propre de l'"histoire" du Bal
Durée: 00:11:11   [00:28:02 > 00:37:54]
Le travail de l’ethnologue doit a priori doit se refuser à utiliser le mot «mythe» dans ce contexte, avance SEVERI. L’«histoire» du Bal existe de fait pour l’ethnologue, puisqu’elle est racontée et sa persistance dans l’histoire sociale est ce qui intéresse l’ethnologue. Cette «jeunesse dorée» organisait-elle des Bals ? Qu’y-a-t-il dans cette histoire qui la rend mémorable ? L’ethnologue cherche une logique indépendante de la vérité, pour lui, le protagoniste n’est pas celui qui danse, mais celui qui raconte la danse. En transposant cela chez les kuna, dit SEVERI, ce qui nous intéresse c’est la logique du point de vue indigène. La culture est un processus de représentations dans un corps social, rappelle SEVERI, on cherche donc à savoir quel patrimoine cognitif doit-on posséder pour que des histoires de ce type soient possibles. SEVERI annonce qu’il va s’intéresser au processus de propagation lui-même, c’est-à-dire le côté ironique, parodique et scandaleux de l’histoire. Pourquoi l’ironie fait-elle mémoire? Pourquoi la distanciation entre la réalité du Bal et l’histoire du Bal intéresse l’ethnologue dans le processus de mémoire sociale? C’est donc le point de vue ethnographique qui sera privilégié à travers un cas simple dont on étudiera la complexité minimale.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Ethnologie

3 chapitres.
  • Carlo SEVERI, en introduction, a posé la question suivante : comment fait-on du mémorable dans les traditions orales? Pour y répondre, il a fait le choix de la perspective ethnographique, cependant il rappelle qu’il est nécessaire de définir précisément son point de vue par rapport à celui des historiens. Avant de s’attacher aux kunas de Panama dont il est spécialiste, et avant d’aborder dans la suite du séminaire le thème de la folie et la thérapie des chants chamaniques, il tient tout d’abord à examiner, travers un exemple occidental, la différence de point de vue entre l’anthropologue et l’historien. L’historien Ronald Schechter publie en 1998 dans la revue «Representations» l’article intitulé «The bals of bals». La fin de la Terreur est une période très agitée, dit-il, peu fréquentée par les historiens. Une certaine littérature fait état de l'apparition des Bals des victimes caractérisés par le ruban autour du cou, la parenté avec des victimes de l’échafaud, des gestes de reconnaissance symboliques, etc., des pratiques de la «jeunesse dorée» que certains qualifient de «pratiques sauvages» et dont on ne trouve curieusement aucune source entre 1794 et 1799, explique SEVERI.
  • Les parisiens ont commencé à parler de ces Bals, 15 ans après leur début supposé. Les historiens, et en particulier Schechter, remettent en question scientifiquement, leur existence et procèdent à la critique des sources. Schechter donne deux types d’explications sur cette remise en question : d’une part, dit-il, nous sommes au début de la littérature fantastique qui peut très bien se nourrir de faits macabres et de rumeurs, d’autre part, il estime que les historiens n’ont pas vérifié leurs sources. Il en conclut que le Bal des victimes est un mythe et que son style est un roman.
  • Le travail de l’ethnologue doit a priori doit se refuser à utiliser le mot «mythe» dans ce contexte, avance SEVERI. L’«histoire» du Bal existe de fait pour l’ethnologue, puisqu’elle est racontée et sa persistance dans l’histoire sociale est ce qui intéresse l’ethnologue. Cette «jeunesse dorée» organisait-elle des Bals ? Qu’y-a-t-il dans cette histoire qui la rend mémorable ? L’ethnologue cherche une logique indépendante de la vérité, pour lui, le protagoniste n’est pas celui qui danse, mais celui qui raconte la danse. En transposant cela chez les kuna, dit SEVERI, ce qui nous intéresse c’est la logique du point de vue indigène. La culture est un processus de représentations dans un corps social, rappelle SEVERI, on cherche donc à savoir quel patrimoine cognitif doit-on posséder pour que des histoires de ce type soient possibles. SEVERI annonce qu’il va s’intéresser au processus de propagation lui-même, c’est-à-dire le côté ironique, parodique et scandaleux de l’histoire. Pourquoi l’ironie fait-elle mémoire? Pourquoi la distanciation entre la réalité du Bal et l’histoire du Bal intéresse l’ethnologue dans le processus de mémoire sociale? C’est donc le point de vue ethnographique qui sera privilégié à travers un cas simple dont on étudiera la complexité minimale.
Titre: Séance 1.2 - Démarche méthodologique à partir de l’exemple occidental du Bal des victimes ou Bal à victimes (Paris - 1794)
Sous-titre: Introduction au séminaire d'anthropologie comparée des Arts de la mémoire
Auteur(s): Carlo SEVERI
Durée: 00:37:54
Date de réalisation: 15/11/2004
Lieu de réalisation: EHESS, Paris, France
Genre: Extrait d'une enquête ethnographique filmée
Langue(s): Français
Comment fait-on du mémorable dans les traditions orales ? Pour y répondre, Carlo SEVERI fait le choix de la perspective ethnographique et rappelle cependant qu’il est nécessaire de définir précisément son point de vue par rapport à celui des historiens. Il utilise l'exemple occidental du "mythe" du Bal des victimes de la fin du XVIIIe siècle à Paris, pour démontrer la différence de point de vue entre l'historien et l'ethnologue.
Sujet: Approches et thèmes de recherche
Topique: Anthropologie
Sujet: Pays
Topique: Panamá
Type: Contexte "Recherche"
Public cible: Pour spécialistes
Etudiants en anthropologie et ethnologie
Carlo SEVERI. Séance 1.2 - Démarche méthodologique à partir de l’exemple occidental du Bal des victimes ou Bal à victimes (Paris - 1794), 1ère séance du séminaire d'anthropologie comparée des Arts de la mémoire, http://www.amsur.msh-paris.fr/Video.aspx?domain=422ede87-ce4b-42a9-8f79-b85c80665af0&language=es&metaDescriptionId=e871d78f-5720-45a1-9265-8babf02590b1&cultureId=es&mediatype=VideoWithShots 2004.
Type: Droit d'auteur relatif à la réalisation du document source
Le réalisateur de cette ressource audiovisuelle est l'ESCoM (Equipe Sémiotique Cognitive et Nouveaux Médias) à la FMSH (Fondation Maison des Sciences de l'Homme) , Paris, 2004.
Type: Droit d'auteur relatif au contenu du document source
L'auteur de cette ressource audiovisuelle est Carlo SEVERI , EHESS, Paris, 2004.
Type: Régime général "Creative Commons" relatifs au document source
"Cette ressource audiovisuelle est protégée par le régime "Creative Commons". Vous êtes libres de la reproduire, distribuer et communiquer au public. Mais vous devez impérativement signaler sa paternité (son ou ses auteurs), vous n'avez pas le droit de la modifier ni d'en faire un usage commercial. Lecture, diffusion et exploitation concrète de cette ressource audiovisuelle présuppose que vous ayez accepté les règles juridiques Creative Commons décrites dans la page http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/" Veuillez, ensuite, créer 1/ le lien : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr et 2/ l'intitulé "Creative Commons - Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France" (via la boîte "Liens")
Titre: Introduction au séminaire d'anthropologie comparée des Arts de la mémoire de Carlo SEVERI
Sous-titre: L’exemple occidental du Bal des victimes ou Bal à victimes (Paris - 1794)
Langue(s): Français
Type: Analyse plus détaillé
Comment citer: PAPINO Manuela. Analyse de l'introduction au séminaire d'anthropologie comparée des Arts de la mémoire de Carlo SEVERI, http://www.amsur.msh-paris.fr/Video.aspx?domain=422ede87-ce4b-42a9-8f79-b85c80665af0&language=es&metaDescriptionId=e871d78f-5720-45a1-9265-8babf02590b1&cultureId=es&mediatype=VideoWithShots 2012.
Id analyse: e871d78f-5720-45a1-9265-8babf02590b1
Id vidéo: 1e802159-fb89-40dd-bae3-a660064a30b8
Carlo SEVERI utilise un exemple "occidental" pour illustrer la démarche ethnographique qu'il mettra en place dans la suite de son séminaire. Cet extrait est la deuxième partie de l'introduction de son séminaire d'anthropologie comparée des Arts de la mémoire, en 7 séances.